Quels métiers portent la transformation numérique d’une entreprise ?

Publié le 09 mai 2016 Sylvie Laidet

Tout le monde est touché par la digitalisation des entreprises. Mais tandis que la plupart des collaborateurs ne sont que les spectateurs de ces changements. D’autres, comme les Chief digital officers jouent les premiers rôles aux côtés d’une équipe digitale mixant pros des maths, du web et as de la conduite de changement.
Quels métiers portent la transformation numérique d’une entreprise ?

The big boss : le Chief digital officer (CDO).

Sa mission ? Assurer la transformation digitale de l’entreprise. Autrement dit, c’est lui qui donne le la sur le sujet en interne. Pour être entendu et que la mutation réussisse, pas le choix, il doit avoir l’oreille des plus hauts dirigeants. Frédéric Levaux, CDO et directeur exécutif du cabinet de conseil EY reporte ainsi directement au président d’EY Framalux. « Je fais également un point mensuel avec le comité exécutif et je peux compter sur un correspond digital et innovation dans chaque métier du groupe, détaille-t-il. Mon rôle est la gestion du changement pour accélérer la transformation digitale de l’entreprise. Pour cela, je dois, avec mon équipe, être capable d’identifier les points de friction internes et y apporter des solutions. On sert de tour de contrôle », détaille-t-il. Cet expert en digitalisation distingue ainsi trois types de solution. La première concerne une digitalisation light basée sur des évolutions incrémentales, c’est-à-dire à partir de produits ou de services déjà existants. Le passage à la numérisation des factures en est la parfaite illustration. « Dans ce type de situation, l’équipe digitale identifie les points de friction et donne des conseils. L’aversion au risque est en général limitée. Cette digitalisation est la plus aisée », illustre-t-il. Viennent ensuite ce qu’il appelle les projets stretch, ceux qui impliquent de repenser totalement un processus. Par exemple de revoir le parcours de recrutement réputé trop lent, compliqué et peu user friendly. « À ce moment-là, l’équipe digitale fait le lien avec une start-up que nous avons repérée pour plancher sur de nouvelles applis et travaille avec les RH, donc la ligne métier interne, pour les amener à penser différemment. Notre but est de conduire les RH le plus vite possible à l’expérimentation du nouveau processus », détaille-t-il.

Ce métier requiert écoute et humilité. Pas question de débarquer dans le bureau des patrons des RH en agitant le chiffon rouge de l’ubérisation afin de l’effrayer et de le contraindre à changer. Au contraire, le CDO et ses équipes doivent recueillir le besoin, écouter les points de blocage internes afin de co-construire des solutions innovantes. La digitalisation impose également de mener à bien des projets de rupture. « Dans le cas d’EY, mieux vaut devenir le uber du conseil avant qu’un autre acteur ne vienne casser notre chaîne de valeur. Pour ce type de projet disruptif, c’est compliqué de demander à un patron de métier de révolutionner son métier ou de débarquer en disant "regarde ce que l’on a trouvé pour toi, c’est génial tu vas voir". Dans ce cas, l’équipe digitale incube le projet en sélectionnant des collaborateurs internes et des personnes extérieures. On les sort de leurs organisations d’origine, on les met dans une salle pendant 6 semaines afin qu’ils mettent au point le projet. Ensuite, c’est au board de valider ou pas le projet », détaille Frédéric Levaux.

 

L’équipe du CDO

Pour mener à bien cette vaste transformation digitale, le CDO s’appuie donc sur une équipe… digitale. Cette dernière compte des chefs de projet maîtrisant les méthodes agiles comme le design thinking ou le lean start-up management. Le profil idéal pour ce type de poste ? Des créateurs de start-up rompus à ces méthodes de travail et ayant baignés dans l’innovation dès leur plus jeune âge professionnel. Mais aussi des profils école de commerce et ingénieurs juniors ou plus expérimentés à l’aise avec les méthodes agiles. L’équipe digitale compte également des designers UI (user interface) et des designers UX (user eXperience), et des développeurs mobile et web. La mission du premier est de faire le lien entre la machine et l’homme. C’est à lui que revient la lourde tâche de concevoir l’interface générale, la clarté de la navigation, la qualité des contenus et l’optimisation des parcours des clients finaux. Il organise ainsi les éléments graphiques et textuels sur la base des normes techniques prédéfinies. De son côté, le designer UX doit faire naître de l’émotion chez l’utilisateur final. Par exemple chez le candidat. Il doit rendre le site ou l’appli accessible, facile à prendre en main et créer de la confiance. Pour ces postes peu importe le diplôme, seuls comptent la capacité à innover, à se remettre en question et à apprendre en permanence.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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