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Des cadres handicapés racontent leur quotidien au boulot

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Sylvie Laidet

12/11/2017

[Témoignages] 4 cadres en situation de handicap racontent leur quotidien mais aussi leur ressenti concernant leur carrière.

Après des dizaines de sollicitations, nous avons recueilli les quatre témoignages que vous pourrez lire ci-après. Parmi eux, deux ont préféré rester anonymes. Nous les avons questionnés sur la façon dont ils et elles ont été recruté.e.s, leur adaptation au poste de travail, leur intégration dans l’équipe, le regard des autres, leur évolution de carrière mais aussi leur salaire.

Cyrille, 33 ans, cadre en marketing et communication

D’abord embauché comme prestataire et passé en CDD au bout de 4 mois et désormais en CDI, Cyrille n’a pas de suite parlé de son handicap. Et puis, pour pouvoir passer son permis de conduire, le jeune homme atteint d’une paralysie partielle du côté gauche, a enclenché la démarche de reconnaissance de qualité de travailleur handicapé. « Au départ, je « cachais » mon handicap car j’avais honte et peur que l’on me considère pas capable d’accomplir mon boulot. Mais il y a un moment où il faut accepter et assumer de ne pas pouvoir faire tout ce que l’on veut, même si au quotidien, cela ne m’empêche pas de vivre », raconte-t-il. Sur les recommandations de la médecine du travail, il obtient une souris verticale et un clavier avec des touches plus souples « pour soulager mon bras droit que je sur-sollicite ». Dans son boulot, il est donc autonome. « Et quand on organise des événements, si j’ai un souci pour déplacer des objets, je délègue », ajoute-t-il. Depuis l’annonce de son handicap, le regard de ses collègues et collaborateurs n’a, selon lui, pas changé. « Les personnes les plus proches de moi s’intéressent en détail à mon histoire, d’autres sont plus pudiques et pour certains, ce n’est même pas un sujet. Je suis traité comme les autres salariés. Je marche moins vite qu’eux, donc parfois ils m’attendent mais toujours avec beaucoup de bienveillance », reconnaît-il Avec ses managers, point de discussion autour de son handicap. « Ils ne peuvent pas se mettre à ma place, donc si j’ai un besoin particulier, c’est moi qui les avertis », souligne-t-il. Côté salaire et évolution de carrière, pas de discrimination liée à son handicap. « Compte tenu de mon statut et de mon expérience, mon salaire est sans doute en dessous des pratiques du marché, mais cela n’a rien à voir avec mon handicap. Cela s’explique plutôt par mon incapacité à mettre en avant mes réussites et à parler de mon travail. J’attends plutôt que la reconnaissance vienne des autres. Ce qui n’est pas toujours le meilleur calcul », conclut-il.

Aude, 38 ans, responsable d’agence

Aude travaille dans une entreprise adaptée, autrement dit dans une société qui compte 80 % de personnes en situation de handicap. Et pourtant, la jeune femme, souffrant d’un déficit de mobilité du bras droit et de la main droite suite à un accident domestique, ne parle pas facilement de son handicap. « C’est un handicap invisible donc pas la peine d’en faire état. Ce qui crée parfois des situations cocasses. Ainsi quand j’ai débuté dans la boîte, j’ai rencontré d ‘autres responsables d’agence qui me demandaient ce que ça me faisait de manager des personnes handicapées. Ce à quoi j’ai répondu : « et vous, ça vous fait quoi de discuter avec une personne handicapée. Imaginez leur gêne ! Dans ce cas, l’humour permet de dédramatiser la situation. Et puis heureusement, avec le temps, les gens s’habituent », raconte-t-elle. Au quotidien, Aude ne se sent « ni mise de côté, ni trop mise en avant ». De son handicap, elle ne parle jamais à ses clients. « Handicapés ou pas, on réalise les prestations avec le même niveau d’exigence. Le handicap n’a pas à être évoqué. Je ne souhaite surtout pas de traitement de faveur », insiste-t-elle.

Aurélie Martin, 28 ans, ingénieur en bio informatique, Ipsen

Pour Aurélie Martin, en poste depuis 5 ans dans ce groupe biopharmaceutique, son handicap n’est plus un sujet de discussion. « Sauf avec les nouveaux arrivants qui s’interrogent sur la cause de mon handicap et mes déplacements en fauteuil, et avec l’assistante de direction qui organise mes déplacements en France ou à l’étranger, mais c’est tout », prévient-elle. En fait, dès sa lettre de motivation, la jeune femme a joué carte sur table en évoquant sa qualité de travailleur handicapé. Et ce « par honnêteté et aussi pour éviter l’effet surprise le jour de l’entretien ». Convaincu par le profil et les compétences de la jeune ingénieure, l’entreprise retient sa candidature et entame dans la foulée les aménagements nécessaires. « Pour cela, j’ai fait le tour du site avec la responsable de la mission handicap et le directeur des services généraux. Bilan, il a fallu agrandir les toilettes, investir dans un bureau électrique réglable en hauteur et plus récemment dans un système d’ouverture automatique de porte et d’éclairage, ainsi que d’un bras robotisé pour soulager ma main », illustre-t-elle. A part ces compensations matérielles, Aurélie travaille 5 jours par semaine dont une journée en télétravail. « Rien à voir avec un aménagement lié à mon handicap. C’est une formule proposée à tous les salariés, j’en profite donc comme les autres », insiste-t-elle. Quand on l’interroge sur son salaire, elle ne voit pas tout de suite le lien avec son handicap. « Le handicap n’intervient pas dans la fixation des objectifs et du salaire. Ipsen est en revanche très investi sur la qualité de vie au travail, qui comprend des actions sur la conciliation vie pro / vie perso, le bien-être et l’accompagnement des personnes en difficulté », explique-t-elle. Et d’ajouter, « je suis arrivée en stage dans l’entreprise, puis je suis passée en CDD et suis désormais en CDI. Je prends désormais en charge des projets de plus en plus étendus et complexes », assure-t-elle. Et sur son temps libre, elle monte d’ailleurs avec son manager une start-up (mydisease2ez.com), un réseau social à destination des personnes atteintes de maladies rares et de leur entourage.  

Julie Gaillat, 24 ans, chargée d’études affaires publiques, Société Générale

C’est suite à une candidature spontanée que cette diplômée de Sciences Po Paris décroche un entretien avec le directeur des affaires publiques de la banque. « Je l’ai informé tout de suite de mon handicap auditif car je n’ai rien à cacher et je pense même que cette différence est une force », se souvient-elle. Plutôt que de rester avec ses doutes sur son éventuelle fatigabilité, ou sur le fait qu’elle ne puisse pas suivre correctement des conférences téléphoniques, son futur manager demande des éclaircissements à la mission handicap interne. La jeune femme entame alors le process de recrutement classique, décroche le job et obtient les aménagements de poste nécessaires. Par exemple, l’installation d’une cloison acoustique pour faire barrière au bruit dans l’open space. « Le renouvellement de mes prothèses auditives est aussi entièrement pris en charge par la mission handicap. Les prochaines me permettront de recevoir directement les appels téléphoniques dans les oreilles », précise-t-elle. Avec ses collègues, pas de tabou non plus. « Il savent qu’ils doivent davantage articuler quand ils s’adressent à moi, éviter de parler d’un bureau à un autre mais plutôt en face à face car je lis parfaitement sur les lèvres », détaille-t-elle. « Au quotidien, mon handicap est une force car cela me donne une bonne capacité de mémorisation et de concentration. Et puis, je suis particulièrement à l’aise dans les relations bilatérales plutôt qu’en réunion collective. Je prends donc le temps d’aller voir les autres. Les gens apprécient vraiment ces temps d’échange privatif », illustre Julie Gaillat. Côté salaire et avancement de carrière, elle ne constate aucune discrimination. « Je suis traitée comme les autres. Et heureusement car je n’ai pas été embauchée pour mon handicap mais pour mon niveau de compétence et de formation », conclut-elle.

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