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Charlotte de Broglie, présidente de l’AdaWeek : "L'open est ouvert aux femmes, même aux autodidactes"

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Sylvia Di Pasquale

28/11/2016

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La jeune présidente de la 2e Adaweek – talks et ateliers pour les femmes dans les métiers scientifiques et technologiques – est 100% autodidacte. Venue du théâtre, elle s’est reconvertie grâce à l’open, dirige aujourd’hui une start-up et promeut en parallèle la place des femmes dans ces univers masculins. Partage d’expériences.

Cadremploi : La 2e AdaWeek dédiée aux femmes dans les STEM s’est tenue du 21 au 25 novembre à Paris. C’est donc plus large que le secteur du numérique ?

Charlotte de Broglie : Oui c’est un acronyme anglais qui désigne les métiers en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques. L’Adaweek porte sur l’ensemble des sciences fondamentales qui sont aussi constitutives du numérique mais c’est un événement qui n’est pas seulement dédié au numérique.

 

Et pourquoi avoir choisi le thème de « l’open » cette année ?

Comme son nom l’indique, l’open est très vaste. C’est la culture de l’accès, de l’ouverture, de la transparence et donc quelque part, de la responsabilité. L’open source, c’est, dans l’univers de la programmation informatique,  un mouvement qui consiste à ouvrir et à donner à accès à chacun au code source que l’on écrit. De façon que tout un chacun puisse s’en saisir pour dévélopper, par-dessus, des fonctionnalités ou adapter le code source aux usages qu’il veut en faire. C’est une culture du partage, de la liberté, de la responsabilité et de l’accessibilité.

 

Pourquoi l’open concernerait-il les femmes ?

Parce que les STEM sont des lieux de pouvoir et qu’elles n’y sont pas assez représentées. Il s’y joue pourtant des enjeux fondamentaux : la construction de la société et du monde de demain. Or les femmes y sont très très peu représentées, elles y représentent plus ou moins 25-28% selon les domaines, fonctions supports compris (administration, management, etc.) qui ne sont pas des métiers scientifiques au sens stricts. C’est encore moins dans l’open : elles y représentent 3% des effectifs, et c’est encore moins dans l’open source. Il est donc fondamental de s’attaquer à la question de la faible représentation des femmes dans les STEM car c’est un enjeu sociétal.

 

Pourquoi « l’open » serait une sorte de cheval de Troie pour les femmes ?

Parce que c’est un levier d’inclusion. Comme la culture de l’open, c’est la culture de l’accès, les règles du jeu sont transparentes pour toutes et tous. C’est pour cela que nous avons voulu mettre en lumière une batterie d’outils en libre accès pour augmenter son projet professionnel, entrepreneurial, améliorer l’efficacité de son entreprise. Grâce à l’open, les femmes peuvent s’en servir sans contrainte hiérarchique. C’est important parce qu’on sait que cela peut limiter la carrière des femmes.

 

Vous n’avez pas le bac, vous n’avez pas fait d’études scientifiques et vous faisiez de la mise en scène de théatre avant d’entrer dans cet univers... Et aujourd’hui vous travaillez dans le numérique. Quel modèle représentez-vous pour les femmes ?

Je pense qu’on peut tout faire dans la vie. Tout est possible. Si tant est que je puisse être un exemple, c’est celui de la reconversion. Et de la liberté qu’offre l’entrepreneuriat.

 

Que faites-vous aujourd’hui en dehors de l’Adaweek ?

J’ai monté une entreprise de conseil  et d’ingénierie en transformation numérique qui s’appelle ForTheFuture. Pour faire cela, j’ai appris toute seule, assez rapidemment grâce à l’open. J’ai utilisé tout ce qui était disponible en ligne, sur la foultitude de sites qui existent, le numérique, ses enjeux, ses engagements, ses perspectives. Je suis autodidacte à 100%. Je me suis spécialisée dans ce domaine et comme il est en construction, je me suis fait une place. rien n’est posé, rien n’est prédéfini, rien n’est gravé dans le marbre. Au moment où on se parle, plein de choses se définissent pour demain.

 

Est-ce que vous faites un métier scientifique aujourd’hui ?

Non. Le lien entre mon  passé de metteur en scène et l’ingénierie de projet innovant que je fais aujourd’hui, ce sont les ressources humaines : comment on met en ordre de marche des ressources humaines  pour qu’elles bâtissent quelque chose de pertinent et de performant. Par exemple en ce moment, on travaille pour un grand industriel français [Ndlr : le groupe SEB d’appareils électroménager] et on pose les premières briques d’une intelligence artificielle qui a vocation à devenir le premier assistant culinaire numérique.  Mais je travaille avec des scientifiques, des mathématiciens, des développeurs et des programmeurs. 

 

La marraine de l’Adaweek est Véronique Torner.  Pourquoi ce choix d’un modèle complètement différent du vôtre ?

C’est une dirigeante de l’open source et c’est très rare. Elle a en effet un parcours complètement différent du mien :  ingénieure, amorce de parcours dans le numérique et aujourd’hui elle dirige une entreprise qui fait 15% de croissance par an ce qui est phénoménal.  Elle succède à Claudie Haigneré qui était notre marraine l’an passé.

 

Quelles autres personnalités avez-vous invité au cours de cette semaine ?

Des personnes inspirantes dans le domaine de l’open gov, l’open démocratie. Comment se saisir du numérique pour augmenter sa vie citoyenne et avoir un impact sur la vie de son pays, de sa région. Comme Paula Cortesa, de la mission EtatLab au sein du gouvernement, en charge des questions de co-construction , de gouvernement ouvert entre les acteurs du numérique et les citoyens. Julie de Pimodan, qui a créé Fluicity, pour adresser depuis son mobile une question à son élu local. Une développeuse de Google est également venue témoigner sur son quotidien au sein d’une équipe majoritairement masculine. Nous avons aussi organisé un débat sur le futur du travail avec Isaac Getz et des observateurs du numérique.  Notre partenaire Criteo a organisé une journée de talks dans leurs locaux avec des témoignages de femmes travaillant dans leurs services R&D notamment. Ils ont aussi invité la directrice de l’innovation de Cartier, l’entrepreneuse Claude Terosier qui a créé une entreprise pour apprendre aux enfants à coder. Au total, une cinquantaine d’interventions tout au long de cette semaine fin de partager le plus possibles les points de vue.

 

Les femmes des STEM reconnaissent-elles qu’il peut y avoir des problèmes d’inclusion dans ces univers jusqu’alors réservés aux hommes ou sont-elles plutôt dans le déni ? Vous-mêmes, quel est votre avis ?

Je pense que je suis des deux bords. Certes le cadre et la culture influencés par ses membres qui sont très largement masculin, n’est pas agréable ou construit pour favoriser l’intégration des femmes puisqu’il est constitué par des hommes. Ça c’est un fait. Il faut changer les choses. On connait les obstacles, plafond de verre, biais dans les décisions…. Mais d’un autre côté, on ne peut pas se saisir de cette question sans être persuadé et intimement convaincu que…cela peut se faire sans aucun problème. A mon sens, c’est le mariage de ces deux points de vue qui fera la réussite de l’inclusion des femmes dans les sciences et les technologies.

 

A l’image d’une intervenante de l’Adaweek, Camille Lagny, ingénieure informatique chez Google, qui reconnaissait avoir été confrontée à des comportements sexistes mais qui ne s’en émeuvait pas plus que ça… Elle a entendu des choses choquantes sur l’incapacité des femmes à travailler beaucoup mais elle ne s’énerve pas. Un peu comme vous ?

C’est choquant mais c’est une affaire de culture,de sensibilisation. Le jeune homme dont elle parlait ne pensait pas à mal. Il faut le sensibiliser. Et puis, il en va de la revalorisation et du partage des tâches domestiques. Ce jeune homme vit dans un schéma patriarcal et archaïque.

 

D’accord mais n’est-ce pas à l’employeur d’interdire ce genre de discours ? Ou du moins de faire en sorte que ça ne lui vienne même plus en tête ?

Justement, Google a mis  en place une batterie d’actions pertinentes et efficaces qui permettent à Camille de s’exprimer aussi naturellement et aussi décomplexée sur le sujet. Il y a toutes sortes de training chez Google, de sensibilisation pour les femmes ou pour les hommes afin qu’ils 1) comprennent les enjeux de l’intégration des femmes 2) prendre conscience de leur biais de genre qui constituent leur pensée 3) bénéficient de trainings.


Laetitia Vitaud rappelait lors de la conférence « Le futur du travail » qu’il existe des pensées insidieuses difficiles à détecter. Elle disait « Les hommes ne sont pas ouvertement sexistes, ni mysogines. ça ne les intéresse pas de se poser la question... »

J’aime beaucoup Laetitia mais je ne suis pas d’accord avec elle. Car je ne crois pas que les hommes fassent preuve de mauvaise volonté et je pense que c’est typiquement avec ce genre de posture qu’on va cliver encore davantage et qu’on va accentuer la division entre les hommes et les femmes. Pour moi l’explication est culturelle et non naturelle : peut-on reprocher aux hommes des secteurs où ils sont majoritaires d’entretenir une culture masculine ? Non ! Dans mon parcours pro, je vois des hommes qui sont tout à fait au fait des enjeux de l’inclusion des femmes. On a vu les limites d’un système tenu en grande majorité par les hommes. Ils ont envie d’une société équilibrée qui marche sur ses deux pieds. Ils sont prêts.

 

C’est une question d’âge selon vous ?

Je ne crois pas non plus. Mais je pense que le travail est fait, l’air de rien, sur une meilleure prise de conscience de ces enjeux et que du coup les jeunes hommes sont peut être plus mûrs pour se saisir de ces questions. Ils sont volontaires, ils ont envie. Et si jamais ils sont récalcitrants, il s’agit non pas de les antagoniser mais de les sensibiliser… petites remarques par petites remarques constructives, les sensibiliser à chaque instant. Et c’est ce qu’on essaie de faire à l’Adaweek. Car des hommes sont venus !

 

Et si on a raté l’Adaweek ?

On peut revoir les sessions en vidéo et nous allons mettre des compte-rendus en ligne. Et une troisième édition aura lieu l’an prochain.  

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