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Hélène Delay (Capital Games) et Anne Devouassoux (Novaquark) : "Un bon joueur ne fait pas forcément un bon candidat"

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Sylvia Di Pasquale

17/11/2015

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Pleins feux sur les emplois de la deuxième industrie culturelle française. Vrais emplois ou jobs précaires ? Peut-on faire carrière dans les jeux vidéo ? Quels sont les bons studios et ceux qu’il faut éviter ? Faut-il rester en France ou viser plutôt l’étranger pour une carrière top niveau ? Deux fines connaisseuses du vidéoludique témoignent sur les pratiques RH des entreprises du secteur.

CADREMPLOI : deux femmes dans l’industrie du jeu vidéo... Est-ce représentatif du secteur ?

Non pas vraiment, même si on voit de plus en plus de femmes se tourner vers ces métiers.

On sait qu’un français sur deux joue aux jeux vidéo. Y a-t-il une parité parmi les joueurs ?

Il y a autant de femmes que d’hommes qui jouent aux jeux vidéo. Pas forcément aux mêmes types de jeux, mais c’est vrai que cela c’est beaucoup démocratisé et que c’est désormais aussi un loisir de femmes. Mais dans le développement du jeu vidéo, on peut noter que c'est un métier à 30 % technologique. Et donc cela signifie encore malheureusement aujourd’hui beaucoup d’ingénieurs hommes et peu d’ingénieurs femmes.

Capital Games, que vous représentez Hélène Delay, c’est environ 80 studios en Île-de-France…

Il y a 150 studios en Île-de-France, et nous en fédérons 80.

Au niveau national il y a aussi un syndicat, le Syndicat National des Jeux vidéo, dont vous faites partie du conseil d’administration. Ce syndicat annonce 800 recrutements pour l’année 2016, sauf qu’il n’y a que 150 entreprises qui ont répondu à leur sondage. Alors pensez-vous que ce soit réaliste ?

Tout à fait. Il y a de très grosses entreprises, comme Ubisoft, et tout un tissu de PME, que nous représentons d’avantage. Les PME/TPE affirment vouloir engager une à deux personnes en 2016. Ce sont de petits studios, d’environ 23 personnes, et leur capacité de recrutement est donc relative à leur taille. Mais il n’en reste pas moins que cette tendance est très globale. C’est une croissance naturelle, qui n’est pas liée à une conjoncture particulière, donc une croissance plutôt saine et durable.

Capital Games a créé avec le SNJV un référentiel des métiers du jeu vidéo. On y retrouve 5 familles principales. Est-ce que vous pouvez nous citer des profils qui recrutent beaucoup ?

Majoritairement des profils d'ingénieurs. C'est un métier pilier au sein d’un studio de développement. Les plus recherchés sont les programmeurs spécialisés dans le rendu graphique, programmeurs gameplay, lead programmeurs, programmeurs moteur notamment. Ensuite les principales offres d’emploi concernent l’infographie et les métiers du marketing.

Existe-t-il des profils que l’on n’arrive pas à trouver en France ?

Oui, les ingénieurs en font partie. Il y a aussi certains métiers du marketing. Mais la France est connue pour son tissu d’écoles et de formations solides.

Combien existe-t-il d’écoles en France ?

Environ une trentaine d’écoles de formation aux jeux vidéo.

Et arrivez-vous à discerner quels sont les métiers qui n’existent pas encore mais qui vont émerger d’ici 2020, 2030 ?

Difficile de voir si loin, car c’est un secteur qui bouge beaucoup, que ce soit en termes d’usages, de technologies… Mais ces dernières années, tout ce qui est : métiers du marketing, calcul de metrics, data analyse sont des métiers qui sont en train d’être intégrés au studio, là où avant l’éditeur remplissait un peu ce rôle.

Anne Devouassoux, vous travaillez dans une start-up au sein de laquelle vous êtes chef de projet. Mais au départ cette boîte ne faisait pas de chiffre d’affaires, puisque le jeu ne paraîtra que l’année prochaine. Est-ce que cela vous a fait peur avant de postuler ?

Non pas vraiment. Cela fait 20 ans que je fais du développement de jeu, si on ne prend pas de risques, on ne "risque" pas justement un résultat ou un succès.

Pouvez-vous nous donner votre truc pour reconnaître un bon studio ? Ceux où on peut postuler et ceux où la part de risque est trop importante ?

Je commence toujours pas regarder qui a fondé la société, et qui est l’équipe autour de ce fondateur. Mais je m’intéresse aussi au projet, je me demande comment la société va gagner de l’argent avec ce jeu, quel est son business model.

Anne Devouassoux, est ce que dans ces sociétés, comme Novaquark, on a tendance à recréer les règles de vie en société ?  Avec de nouveaux types de management, de nouvelles conceptions des relations hiérarchiques ?

Le développement de jeu nécessite que toute l’équipe travaille ensemble. Il y a beaucoup d’interactions au quotidien. Nous utilisons des méthodes managériales finalement assez classiques, mais néanmoins nous sommes dans quelque chose qui est de la créativité. Et pour laisser libre la créativité, il faut que les équipes puissent être autonomes, le plus indépendantes possible, pour pouvoir prendre des risques, en testant des choses nouvelles.

Par exemple, est-ce qu’il y a des horaires ?

C’est un sujet à débat. Certaines sociétés ont essayé de travailler sans horaires, mais au final les gens finissent par se recaler, car ils ont besoin les uns des autres. Et ils ont aussi une vie sociale, familiale, qui les oblige à avoir des horaires classiques. Mais cela reste quand même très souple.

Et pour ce qui est du télétravail ?

C’est possible pour certaines professions. Il y a des personnes clefs qui ont besoin d’être entourée de leur équipe, car elles sont en interactions en permanence. Mais pour d’autres métiers ce n’est pas un problème.

Hélène Delay, pensez-vous que les studios soient vraiment au point pour recruter ? Comme il s’agit souvent de petites structures, savent-ils se présenter en temps qu’employeurs ?

Les studios n’ont pas toutes les fonctions support en interne. Il s’agit comme vous l’avez dit de très petites équipes, et c’est pourquoi il existe des structures comme Capital Game, qui répondent à des problématiques d’entrepreneurs, comme le recrutement. Même si nous sommes dans un secteur de passionnés, cela reste des structures assez classiques, en open space, où les gens travaillent sur des horaires assez classiques, avec des méthodes managériales propres aux industries créatives et à leur fonctionnement. Mais les studios ont malgré tout à faire à des passionnés. Il s’agit de recruter des compétences très précises, et les studios savent toujours plus ou moins ce qu’ils recherchent avant d’élaborer une fiche de poste.

Mais est-ce qu’un bon joueur fait un bon candidat ?

Non pas du tout, il ne faut pas confondre aimer les jeux vidéo et travailler dans les jeux vidéo. Nous sommes très exigeants sur le profil des candidats. Ce que nous attendons de tous les membres des équipes, c’est la pratique de l’anglais, des capacités de rédaction, savoir s’exprimer, des connaissances techniques( y compris pour les graphistes, car ils seront confrontés à des métiers techniques toute la journée) et le fait d’avoir fourni du travail personnel en plus de l’école. Nous sommes très sensibles à tout ce qui est initiative personnelle.

Le secteur n’a pourtant pas une très bonne réputation employeur, le taux de mortalité des entreprises y est de 20 à 30 % plus élevé en France qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni (chiffre du SNJV). Beaucoup de petites PME sont orientées vers des jeux mobiles, donc plutôt du low cost. Un faible taux de CDI est proposé et cela même dans les grosses structures. Il existe des exemples d’entreprises de plus de 100 salariés qui n’emploient que 50 % de CDI, tout le reste étant des CDD, des intérimaires, et des indépendants. Tout cela dans un secteur qui propose des salaires peu élevés, avec une moyenne située entre 2 000 et 2 500 euros brut mensuels. Précarité et bas salaire, qu’en pensez-vous ?

C’est sûr que c’est une réalité, c’est un secteur qui demande à être soutenu, car c’est un secteur fragile. Mais c’est aussi un tissu dynamique, il y a quand même eu 80 créations d’entreprises en 2014, + 13 % on le disait en termes de recrutement, donc un secteur qui bouge beaucoup, mais qui demande de la flexibilité et de la souplesse, car il concerne des entreprises qui fonctionnent au projet, donc tout le monde ne peut pas être en CDI. Ce sont en fait de petites structures qui restent fragiles financièrement, et qui ont peu de visibilité pour s’engager sur des contrats.

Quand on est un candidat et qu’on s’engage dans ce type d’entreprise, c’est donc en quelque sorte un pari, comme ce que vous avez fait Anne Devouassoux ?

Lorsqu’un candidat postule dans ces studios, il ne cherche pas nécessairement à signer un CDI pour 15 ans, il souhaite que le jeu sur lequel il travaille sorte. Il y a une réflexion et un coup de cœur qui sont liés au projet plus qu’à la volonté d’avoir un CDI pour être tranquille.

Est-ce qu’il existe des primes une fois que le jeu est sorti s’il fonctionne bien ?

Cela existe, mais ça dépendra complètement de la culture de la société. Ce n’est pas systématique. C’est parfois symbolique. Mais la satisfaction principale des équipes c’est vraiment de voir son jeu sortir.

Est-ce que vous comprenez les jeunes qui vont chercher un poste aux États-Unis ou au Canada ?

Il y a de gros projets qui sont développés là-bas, donc ils attirent certains profils. Il y a aussi de gros projets en France, mais la taille du marché n’est pas la même. L’attractivité des salaires est aussi différente évidemment. Mais il faut dire que le Canada soutient également ce marché en termes de fonds publics, donc ce n’est pas la même concurrence. En France, une initiative récente a été annoncée la semaine passée. L’Institut de l’industrie culturelle (IIC) lance un fonds d’avance participative de 20 millions d’euros de soutien à la stratégie d’entreprise du secteur jeu vidéo. Nous avons eu des réactions immédiates de Français à l’étranger qui se disent que c’est peut-être le moment de revenir en France en raison de ce soutien. Nous sommes en présence d’un marché très dynamique, avec des compétences qui sont là, et tous les voyants semblent être au vert pour que la croissance continue en France.

 

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