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Lorraine Kron-du Luart (Salmon & Partners): "Les femmes s'autolimitent davantage que les hommes"

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Sylvia Di Pasquale

24/05/2016

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[Vidéo] Le 1er janvier prochain, la loi oblige les grandes entreprises à compter 40% de femmes dans leur conseil d’administration. Parmi les 60 entreprises étudiées par le cabinet Eric Salmon & Partners, seul un quart d’entre elles sont dans les clous. Ce quota sera-t-il respecté d’ici 7 mois ? Quel profil de superwoman est encore recherché ? Quels pré-requis sont exigés ? Réponses avec une chasseuse qui passe le plus clair de son temps à contacter des femmes éligibles à ces conseils.

 Interview intégrale ci-dessous. Extraits en vidéo ci-dessus.

Cadremploi : Nous sommes en mai 2016. Selon votre étude, seul 1/3 des 60 premières entreprises françaises (CAC40 et CAC Next20) avait atteint l’objectif de la loi en décembre dernier. Vont-elles l’atteindre au 1er janvier 2017, date à laquelle la loi Copé-Zimmerman les oblige à fonctionner avec 40% de femmes dans leurs conseils d’administration ?

Lorraine Kron-du Luart (Eric Salmon & Partners) : elles y travaillent fortement. En ce moment des assemblées générales sont en cours et l’on constate qu’il y a des nominations de femmes en nombre. Nous sommes donc optimistes.

 

Il y a pourtant de mauvais élèves (cf tableau). Certaines entreprises dépassent à peine les 25%, voire 7% chez Lafarge. Airbus, Essilor, Casino, Bolloré, Safran etc. sont loin de l’objectif. Pourquoi ces entreprises sont-elles dans le bas du tableau ?

Il est vrai que certains secteurs ont plus de mal que d’autres à nommer des femmes administrateur. Industrie et grande distribution sont en reste…

 

Sauf que EDF et Engie sont les meilleures élèves. Et que ce sont des entreprises industrielles…

Nous les considérons plutôt comme des « utilities », c’est-à-dire du service énergétique aux collectivités. Je parlais plutôt de l’industrie lourde, des industries de process où règne un déficit incontestable de femmes dans les conseils. Pourquoi ? Si l’on regarde leurs comités exécutifs, on s’aperçoit qu’il n’y a pas beaucoup de femmes non plus. Il y a probablement un lien. Ces entreprises n’ont pas créé le vivier en amont. Et c’est sans doute pour ces raisons que ces secteurs ont du mal à trouver des femmes ayant occupé des positions de premier plan, ayant une visibilité, une légitimité incontestable.

 

Quelles sont les sanctions encourues par les entreprises qui ne seraient pas au quota au 1er janvier prochain ?

Telles qu’elles ont été édictées par la loi, ce sera une annulation des nominations non conformes et éventuellement le non-paiement des jetons de présence. C’est assez incitatif… Mais  tant que ces sanctions ne s’appliquent pas, il est difficile d’en mesurer la portée. Au-delà même des sanctions, je pense qu’il y a un déficit d’image. Le fait d’avoir des femmes dans son CA, des sociétés le montrent tous  les jours, c’est une source de diversité, un angle différent, un apport différent. Et le fait de ne pas en avoir, c’est plutôt un manque qu’autre chose.

 

Qu’est-ce qui garantit que les CA ne nommeront pas des plantes vertes ? Je rappelle qu’il y a 10 ans la part des femmes dans les CA ne dépassait pas 9%...

J’ai l’impression qu’on les a évitées. Dans les nominations 2011-2016, il y aurait pu y en avoir. Or ce n’est pas le cas. Elles ont toutes une légitimité évidente. A commencer par le fait que 82% sont multi-diplômées. Quand on les connait par ailleurs, quand on les a vu fonctionner soit dans un comex, soit à des fonctions internationales, on voit bien que ce ne sont pas des plantes vertes, qu’elles jouent leur rôle.

 

Dans l’étude, vous dressez un portrait-robot de ces femmes administratrices. Pouvez-vous rappeler leurs caractéristiques ?

55 ans d’âge moyen…

 

Ce n’est pas tout jeune…

… mais c’est plus jeune que les hommes administrateurs ! De plus, elles apportent un peu d’international puisque 35% viennent de l’étranger.

 

Et concernant leurs formations ?

On est très conservateur en termes de formation mais c’est très français. Il n’y a qu’à regarder les comex. Ces femmes sont en règle général muti-diplômées des meilleures et grandes écoles françaises. Ce traditionalisme touche autant les hommes que les femmes. Oui les Américains sont beaucoup plus créatifs que nous et sont tout à fait capables de projeter un diplômé en histoire de l’art en banques d’affaires… En France, c’est plus rare.

 

Le vivier de femmes candidates à un mandat existe. Votre cabinet en connait notamment… N’y aurait-il pas d’autres résistances de la part des entreprises qui auraient du mal à trouver des candidates ?

Heureusement, on ne nous demande pas « une femme ». Même si le critère de genre importe davantage aujourd’hui. Tout dépend de l’attente du conseil d’administration par rapport au nouveau membre. La question se poserait de la même façon pour un homme.

 

Quel types d’attentes formules vos clients ?

Un groupe en développement aux US cherche à intégrer une femme américaine dans son board. Un autre se diversifie dans une branche d’activité qui n’est pas son cœur de métier, et souhaite recruter une femme qui a exercé des fonctions exécutives dans cette nouvelle branche de business. Un autre encore veut réorienter une stratégie. D’autres recherchent un administrateur qui connait très bien une région du monde ou une fonction corporate bien précise, etc. Finalement les profils de femmes recherchés ne sont pas si différents de ceux des hommes. En fonction des enjeux stratégiques de l’entreprise dans les trois prochaines années (période d’intense développement, création de nouvelles BU), les entreprises ont plus ou moins besoin d’intégrer des fonctions très opérationnelles dans leur conseil.

 

Et est-ce qu’on vous demande des femmes particulièrement expertes des technologies numériques ?

Ça commence. C’est le cas chez nos voisins américains. La cyber sécurité notamment y est très à la mode. En France, nous n’avons pas encore eu au cabinet ce genre de demande. Mais souvent ce qui se passe aux US met un peu de temps à traverser l’atlantique.

 

Quels arguments des présidents de conseils d’administration vous donnent en cas de refus des candidates que vous présentez ?

Je vais vous décevoir. Les raisons des refus ne sont pas différentes entre hommes et femmes.

 

Pas de conservatisme ?

A partir du moment où ils veulent recruter une femme, le conservatisme est tombé… On peut s’interroger pour ceux qui ne demandent pas de femmes et qui ne sont pas au quota. Il y a sûrement des freins…

 

Est-ce que maitriser une compétence marketing ou commerciale est un atout pour entrer dans un Conseil d’administration ?

Ce qui importe avant tout, c’est d’avoir été patronne d’un business. L’étude constate que 39% des administratrices sont DG/ CEO ou présidente, gage d’ouverture, de compréhension de l’ensemble des fonctions de l’entreprise, du pilotage d’une entreprise dans toutes ses facettes. Vous pouvez être patronne venant de la voie commerciale ou marketing, ou de la finance qui est très bien représentée dans les CA (40% des femmes ont un profil finance) parce que considérée comme un gage de technicité, de crédibilité. Ce sont les premières fonctions à être rentrées dans les conseils.

 

Avez-vous du mal à convaincre les candidates ? Avez-vous des refus ?

Oui nous en avons. Surtout de la part des « cumulardes », car celles qui ont plusieurs mandats d’administratrices sont très peu nombreuses. 75% n’ont qu’un seul mandat actif.

 

Les hommes hésitent-ils moins à cumuler ?

Ils ont l’antériorité pour eux. C’est plus nouveau pour les femmes. Non seulement elles sont consciencieuses… mais de plus, encore aujourd’hui, majoritairement, elles gèrent plusieurs vies, plus –  comment dire –  « occupantes » que celles des hommes. Prendre un mandat, c’est une exigence en plus, et certaines femmes ont beaucoup hésité. Aujourd’hui, les mœurs ont changé, elles sont prêtes à en prendre. Mais la majorité de celles qui ont de vraies fonctions exécutives ne cumulent pas. Parce qu’elles veulent faire les choses jusqu’au bout. C’est vrai qu’un mandat représente entre 15 jours et 1 mois de son temps.

 

Donc vous avez des refus de femmes ?

Oui, elles disent « ça ne passera pas », « Je n’ai pas la bande passante pour », « je ne le ferai pas bien donc je n’y vais pas ».

 

Est-ce qu’elles ne s’autocensurent pas sur d’autres critères, comme celui de la compétence ?

C’est plus féminin que masculin en effet. Elles s’autolimitent c’est vrai et nous avons un travail d’accompagnement à faire auprès d’elles pour leur donner pleinement confiance dans leur capacité à mener deux carrières de front : une carrière opérationnelle et une carrière de board member.

 

Est-ce qu’il faut se former pour accéder à un conseil d’administration ?

Des formations existent mais nos clients n’exigent pas des femmes qu’elles les aient passées. Ça en rassure certaines. Auquel cas, il ne faut pas hésiter à se conforter et prendre confiance. Mais ce n’est pas un pré-requis, loin s’en faut. Je pense que quand on a été patronne d’une société internationale, on n’a absolument pas besoin de ce genre de formation pour bien mener son mandat.

 

Les femmes n’ont-elles pas plus intérêt à obtenir  un mandat dans un comité de rémunération, de nomination, ou dans un comex ?

Ce sont des comités qui font partie des conseils d’administration. Oui, ce sont des instances où se prennent de vraies décisions. Surtout dans les comités de nomination… vous nommez ceux qui vont présider aux destinées de l’entreprise d’un point de vue opérationnel. Je pense que c’est un organe de pouvoir important.

 

N’est-ce pas le vrai conseil à donner aux femmes ?

Oui. Je pense que la loi aura eu cet avantage de faire rentrer des femmes en nombre dans les conseils. L’étape d’après et la vraie victoire, ce sera, sans quota !, de les voir siéger dans ces comités de pouvoir qui ne sont pas concernés par la loi. A noter qu’elles n’ont aujourd’hui aucun mal à faire partie  des comités d’audit.

 

La loi s’appliquera pour les entreprises de plus de 250 salariés seulement en 2020. Le vivier va-t-il devoir s’élargir ?

Oui. Plusieurs milliers d’entreprises vont être concernées. Ce qui est certain, c’est que le premier vivier de femmes a déjà été bien utilisé, il va falloir être plus créatif, accepter des profils sortant du cadre strict. J’espère que l’on va rajeunir, attaquer des fonctions un peu sous-représentées et qui pour autant incarnent des défis très importants pour les années à venir.

 

Un message que vous avez envie de donner aux femmes qui hésitent à se lancer dans l’aventure du conseil d’administration ?

Lancez-vous ! Mais ayez aussi conscience des pré-requis pour être éligible dans les Conseils.

 

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