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Myriam Maestroni (Economie d'énergie) : "Notre petite entreprise fait grandir des talents qui s'exportent"

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Sylvia Di Pasquale

08/02/2016

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Après 20 ans chez les « gros » de l’énergie où elle incitait ses clients à dépenser plus, Myriam Maestroni crée sa boîte de consulting où elle leur fait dépenser moins. Car sa conviction à elle, c’est que passer d’un modèle à l’autre, c’est non seulement vital pour la planète mais possible. Aujourd’hui, sa PME réalise 25 millions d’euros de CA et compte 120 salariés. Elle recrutera environ 10 personnes en 2016. Interview de la PDG qui n’économise pas son énergie pour parler de sa singularité d’employeur.

Cadremploi : À quoi sert exactement votre entreprise Économie d’énergie ?

Myriam Maestroni : c’est une société de conseil en économies énergétiques à destination des entreprise et des particuliers. C’est un accélérateur et un accompagnateur de l’ensemble des travaux que l’on a besoin de mettre en œuvre pour rénover et optimiser sa consommation d’énergie. Nous vivons dans un monde où 1 logement sur 2 consomme 6 à 9 fois plus d’énergie qu’un logement qui serait neuf, soit quand même quinze millions de logement, c’est énorme. Et le problème, c’est que personne ne se lève le matin en se disant « tiens, si je faisais des travaux d’efficacité énergétique chez moi pour consommer moins ? ». Nous avons donc deux missions importantes : d’abord sensibiliser, informer et convaincre l’ensemble des ménages de faire des travaux. Et dans un deuxième temps, une fois que cette décision est prise, les accompagner et les suivre. Là nous rencontrons beaucoup de questions auxquelles nous devons répondre : à quelles aides ai-je droit ? Comment financer ? A quels professionnels recourir ? Quels types de travaux faire ? Nous mettons alors en œuvre l’ensemble des services qui vont nous permettre de répondre à ces questions, et évidement au travers des nouvelles technologies, notamment d’une plateforme digitale très interactive.

 

Qui sont vos clients entreprises ?

Dans la grande distribution, nous avons par exemple pour clients Auchan et Carrefour. Ils sont distributeurs d’énergies, puisqu’on peut acheter notre carburant chez eux. La réglementation leur impose, en tant que vendeur d’énergies, d’aider leurs clients à consommer moins. Une démarche « contre-intuitive » pour eux. C’est là où nous intervenons, avec des stratégies           clefs en mains. Nous proposons l’ensemble de nos services, adossés à une quarantaine de plateformes numériques. Nous avons aussi des clients comme BNP qui vont proposer des financements spécialisés dans la rénovation énergétique aux PME, aux PMI et aux particuliers.

 

On trouve des photos de votre Comité de direction sur votre site Web. La première chose qui saute aux yeux, c’est que vous êtes à parité.

Oui et ce n’est pas par obligation. Car pour moi, concevoir une société dans laquelle on ne serait pas capable d’être à parité hommes/femmes, en tenant compte de ce que chacun peut apporter, ce ne serait pas imaginable. J’ai vécu dans des milieux très masculins, et je vois la différence.

 

Autre caractéristique chez vous : certains membres du comité de direction ont  « de la bouteille ». D’où viennent-ils ?  

En fait la totalité de mon Comité de Direction était chez Primagaz avec moi [NDLR : entreprise que Myriam Maestroni a dirigé entre 2005 et 2011]. C’est un peu eux qui m’ont poussé à créer une start-up. Comme ils m’avaient accompagnée et poussée dans cette idée, nous avons fait ensemble un spin-off d’Economie d’énergie qui était le premier site d’information grand-public sur ce sujet. Ce sont des personnes qui ont des convictions et qui vivent dans la confiance, car il en faut pour passer le pas ! Il faut également du courage, car nous vivons une époque où nous devons faire face à de nombreuses peurs. Et enfin, il faut aussi de l’humour, car la vie est faite de rebonds, et se réinventer fait partie de l’existence, y compris dans sa vie professionnelle. L’âge n’a pas d’importance. C’est grave d’appeler « senior » une personne qui a quarante-cinq ans et qui a encore vingt ans de  parcours professionnel devant elle.

 

Combien de recrutements prévoyez-vous en 2016 ?

Environ une dizaine de personnes. Nous venons d’ouvrir des sociétés en Italie, en Espagne et en Angleterre.

 

Quels profils trouve-t-on chez vous ?

Evidemment des ingénieurs : thermiciens, spécialistes en efficacité énergétique, spécialistes de l’environnement. Mais ce ne sont pas n’importe quels ingénieurs, car ils sont capables de travailler dans des logiques transverses, avec des marketeurs, des communicants, et des informaticiens, notamment des spécialistes de l’architecture et de la sécurité des systèmes jusqu’au développement. Faire communiquer tous ces métiers n’est pas si évident. Quand j’étais chez Primagaz, j’avais nommé un ingénieur au marketing, mais à l’époque personne ne comprenait que c’était une promotion ! Je suis aujourd’hui très fière d’avoir des équipes transverses, avec des talents mis en commun. Tous les savoir-faire sont importants, et lorsqu’on arrive à les mettre en commun, on fait des choses incroyables. C’est toute la vertu de l’intelligence collective.

 

A l’international, Economie d’énergie s’appelle « On Five Company ». Pourquoi ce nom ?

L’énergie a quatre origines. Le soleil bien sûr, l’air, la terre et l’atome. Et la 5ème, c’est la plus parfaite, la moins chère, la moins émettrice de gaz à effet de serres et de CO2 : c’est celle que nous ne consommons pas, la non-énergie. Il faut bien prendre conscience que 20% de surconsommation d’énergie, et donc de surémission de CO2, c’est un grave problème. Dans ce domaine de la non-énergie, on trouve de nombreux métiers de la transition énergétique,  et énormément d’emplois locaux, non délocalisables, qui se chiffrent par dizaines de milliers. Notamment, celui de e-rénovateur que nous aimerions créer. C’est un projet que j’ai d’ailleurs présenté récemment à un nouveau Président de région.

 

En dehors du comité de direction, quelle est la moyenne d’âge ?

Nous allons de 22 à 56 ans avec une moyenne d’âge à 31 ans. Ce qui prouve que nous attirons majoritairement des jeunes.

 

Comment postule-t-on chez vous ?

Nous recevons beaucoup de candidatures spontanées, beaucoup également par les réseaux sociaux, les annonces, notre site, le bouche-à-oreille,  la cooptation, et enfin les stages, qui peuvent déboucher sur un emploi.

 

Avez-vous une question fétiche lors des entretiens de recrutement ?

Pas vraiment. Je n’aime pas la routine, alors les questions dépendent de mon humeur. J’aime savoir ce qui inspire les gens, comment ils voient le monde, comment ils peuvent faire la différence, quelle est leur valeur ajoutée. Aujourd’hui je pose assez peu de questions sur les connaissances et le savoir-faire – elles ont été posées avant. Mes questions portent sur les choix et l’essence des candidats. Chacun à une contribution à apporter et c’est plutôt cela qui m’intéresse.

 

Vous avez récemment posté sur les réseaux sociaux un texte sur la pensée positive. Pourquoi ?

Je ne vivrais pas sans la psychologie positive. Pendant plus de cent ans, on nous a expliqué qu’il fallait se concentrer sur ce qui allait mal dans nos vies. Mais c’est aussi une discipline que de se concentrer sur ce qui va bien. J’incite les gens à célébrer les succès, à définir ce qu’est le succès pour eux. On mesure souvent l’intelligence avec le QI, au détriment du QE (quotient émotionnel). J’ai d’ailleurs écris un livre qui s’appelle « Intelligence émotionnelle : service et croissance » qui est un modèle d’Harvard et qui m’a beaucoup aidé. Il est finalement plus fréquent de rencontrer des gens qui refroidissent notre confiance que de gens qui l’alimentent.

 

Qu’est-ce que vos collaborateurs disent de vous ? Quel manager êtes-vous ?

Difficile à dire ! J’ai passé vingt-ans dans un management industriel, très carré, très strict, hiérarchique. Quand on passe dans une start-up, on ne peut plus manager de la même façon. J’ai dû désapprendre ce que je savais du management. Aujourd’hui, j’essaie de donner le moins de directives possibles. A chacun de voir et de s’organiser. Il y aura bien sûr des questions et on y répond. Le cadre est important, mais la créativité tout autant. Je reste fascinée par la capacité qu’ont les jeunes à créer ensemble.

 

Peut-on faire carrière chez vous ?

Notre ancienneté moyenne atteint presque 3 ans sur les 5 dernières années. Des personnes que l’on qualifie souvent de « zappeurs » restent et évoluent. Je viens d’ouvrir 3 sociétés, et mon souci est bien sûr d’avoir des talents qui s’exportent, et qui vont pouvoir expliquer, décliner ailleurs, ce que nous avons été capables de faire en France qui est un des marchés les plus difficiles pour faire la transition énergétique car nous avons une énergie qui coute 30% moins cher que dans le reste de l’Europe. Il faut non seulement réinventer un métier, mais aussi le reformater, l’adapter, à ces pays étrangers, et au monde entier. Nous vivons quand même dans un hémisphère, que ce soit aux Etats-Unis ou chez nous, où nous dépensons trop d’énergie. Face à 3 milliards d’individus, dont 600 millions en Afrique qui n’ont pas accès à cette énergie. Il faudra bien faire cet effort. Le sujet auquel nous nous sommes attaqués peut se décliner dans les différents pays, en se transposant à la réglementation locale.

 

Et si l’on choisir de faire carrière en France ?

J’encourage la mobilité et le travail en équipe. Beaucoup de gens évoluent chez nous. Dans mon comité de direction par exemple,  l’un d’eux venait du contrôle de gestion, et avait ce goût d’entreprendre. Je lui avais alors donné une mission qu’il avait extrêmement bien réussi. Aujourd’hui il est business développeur, et il est le patron commercial qui a été rejoint par le directeur du marketing, que j’appelle souvent « mon François », parce que nous avons passé tant d’années à travailler ensemble.  On dit souvent qu’on peut se lasser mais ce n’est pas mon avis. Je pense d’avantage que les relations se nourrissent au fil du temps, on apprend à se connaître.

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commentaires

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toto35

09/02/2016

à 19:44

Myriam Maestroni est une dirigeante atypique qui ose sortir des sentiers battus du management.
J'ai eu l'occasion de travailler sous sa responsabilité quand elle était PDG de Primagaz. Je peux vous dire qu'elle sait reconnaitre la compétence des gens au delà du diplôme, valoriser leur volonté de changement et les accompagner en ce sens.
Elle a su s'entourer des bonnes personnes dans le lancement de son entreprise qui a un avenir prometteur car, nous vivons dans un monde énergivore et la conscience collective de réduire sa consommation d'énergie est toute récente

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