B. de Raphélis Soissan (Clustree) : "L'obsolescence des compétences des seniors est un mythe"

Publié le 06 juillet 2015 Sylvia Di Pasquale

Les seniors ne sont ni obsolètes ni incapables de se reconvertir. C’est la conviction de Bénédicte de Raphélis Soissan, fondatrice de la jeune start-up Clustree, dont l’outil commence à faire bouger les lignes dans quelques grandes entreprises.

Cette start-up brasse des données sur nos carrières par millions. Avant de les mettre au service des DRH et de leur suggérer des reconversions notamment de seniors, auxquelles ils n’auraient pas pensé, au-delà des clivages et de l’âge. Pour convaincre les recruteurs, l’équipe de Bénédicte de Raphélis Soissan, fondatrice de Clustree, a mouliné dans ses gros serveurs pas moins de 25 millions de parcours professionnels dans le monde entier. « Des CV et des données tout à fait publiques, récupérés sur les réseaux sociaux ou accessibles sur le Web,» justifie-t-elle. Dans cette énorme base, son algorithme croise les formations, les compétences, les parcours, les performances (entre autres données) de tous ces professionnels et en tire d’intéressantes leçons. « On s’est aperçu que les passerelles entre les métiers fonctionnent. Des RH passés au commercial s’en sortent très bien, grâce à leur vraie connaissance de l’entreprise. De la même manière, des ingénieurs en R&D passés au marketing réussissent aussi, notamment dans l’automobile. »

Reconvertir sans "cloner", c'est possible

Un moyen d’éviter la tentation de prendre toujours les mêmes profils, des "clones" des salariés déjà en poste, et de rendre possibles des bifurcations inattendues. Voilà de quoi donner quelque espoir aux seniors. Lesquels sont trop souvent traités d’obsolètes, incapables de rebondir, « alors que c’est un mythe ». Pour bousculer les idées reçues, la patronne de Clustree brandit ses chiffres : « Lorsqu’on propose un saut de carrière original à un senior, dans 62 % des cas, il gagne en performance et en motivation. » Avoir connaissance de ces statistiques encourageantes est une bonne chose pour les entreprises, mais Clustree est également capable de mouliner des data dont ses clients disposent, parmi lesquels Engie et Canal +. Dans ce cas, ses gros serveurs brassent les données relatives aux salariés en poste, et celles des postulants. Toujours dans le même esprit de reconversion et de bifurcation de carrière. « Lorsqu’un DRH dispose de 5 000 CV pour un poste, et de 300 pour l’autre, il est possible de trouver des candidats qui se font refouler pour la première offre mais qui s’adapteraient parfaitement à la seconde. » Une manière de faire gagner du temps au recruteur. « Et de le laisser se concentrer sur la partie humaine du recrutement ». Une partie sensible qu’elle refuse de mouliner dans ses serveurs.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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