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Gilles Bonnenfant (Eurogroup Consulting) : "Nos consultants ne sont pas des coupeurs de tête"

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Sylvia Di Pasquale

13/10/2014

[Interview] Le président du cabinet Eurogroup Consulting démonte un à un les clichés sur les consultants en organisation. Et apporte des détails sur les 60 recrutements qu’il souhaite réaliser cette année.

Cadremploi : Votre cabinet de conseil va bien et va recruter une soixantaine de consultants ?

Gilles Bonnenfant, président du cabinet Eurogroup Consulting : Oui, 60 consultants mais aussi une vingtaine de stagiaires, à ramener à un périmètre actuel de 350 consultants en France – et sans compter les recrutements à l’étranger.  2/3 des  profils recherchés sont des jeunes diplômés ou ayant moins de 5 ans d’expérience, 1/3 sont des expérimentés tournés vers des métiers ou des secteurs d’activité à compléter chez nous. Nous avons environ 12% de turnover donc ces 60 recrutements serviront en partie à remplacer les partants. Mais nous avons pour objectif d’avoir un effectif supérieur à celui de début d’année sachant que notre exercice a commencé en septembre 2014.

Dans quels pays recrutez-vous ce mois-ci ?

G.B : En France, en Italie, au Maroc aussi. Nous recrutons localement et nous avons des profils très intéressants. Nous allons également recruter pour la France via l’Italie, l’Espagne et le Portugal. Il y a de beaux profils de jeunes diplômés dans ces pays qui ne demandent qu’à venir travailler à Paris.

Beaucoup de clichés sont associés à vos métiers. Cliché n° 1 : le manque de créativité. On vous reproche d’appliquer des méthodes très normées, des process froids qui laissent peu de place à la créativité. Vrai ou faux ?

Faux. Si on ne crée pas, on reproduit année après année le même  métier, donc on s’ennuie. Et nos clients sont mécontents. Si l’on veut attirer les meilleurs talents et les garder, on n’a pas intérêt à faire du « replical business ». La créativité dans les approches, les méthodes, les outils fait partie de notre métier.

La dernière fois que vous avez proposé une solution innovante à un client ?

C’est en cours : nous proposons à une grande école de formation à la haute administration un « marathon de l’innovation » pour refondre l’intégralité du programme de cette école et sortir des sentiers battus et des rails sur lesquels ils sont posés. En termes d’innovation, si on arrive à faire ce que l’on peut appeler une révolution, on aura franchi de grandes étapes et à grande vitesse.

En février dernier, vous aviez vous-même organisé un marathon de l’innovation [voir images dans la video] avec 50 de vos consultants. Pour quel résultat ?

Avec 50 consultants mais aussi 30 contacts que l’on a appelé des « hackers ».  Des clients, des journalistes, des artistes à qui nous avons demandé de venir nous « secouer » pendant 3 jours.  C’était une première dans le conseil (des marathons avaient déjà été organisés dans d’autres secteurs). Les cordonniers étant souvent les plus mal chaussés, nous nous sommes dit que nous allions, nous consultants, au lieu d’innover comme on le fait habituellement, nous mettre en rupture, sans hiérarchie et en laissant aller la créativité. Et pendant 3 jours, nous avons créé de nouveaux produits et de nouvelles approches. Nous avons réfléchi à notre métier et à la façon de le vendre. Nous avons déjà quelques résultats concrets. D’abord, suite au buzz de ce marathon, certains clients nous ont demandé d’en créer un chez eux. Nos consultants sont d’ailleurs assez fiers de promouvoir cette nouvelle approche de la créativité dans les entreprises. D’autres produits finis sont en cours d’élaboration suite au Marathon. Et nous avons décidé de lancer cette année un « semi-marathon » que nous ferons en alternance avec le marathon pour recréer cette dynamique en mélangeant les énergies.

Cliché n°2 : c’est un métier où l’on doit être insensible. Vous travaillez souvent sur des sujets comme des fusions et des délocalisations qui peuvent avoir pour conséquence des pertes d’emplois dans des bassins déjà sinistrés. Vrai ou faux ?

Faux. On ne peut pas faire de délocalisation sans laisser parler son cœur. Il y a les chiffres mais l’analytique est à confronter à l’humain. On voit toujours le consultant comme quelqu’un qui va couper des têtes mais c’est aussi quelqu’un qui sauve de l’emploi, qui en crée qui, par des synergies va chercher des part de marché pour ses clients. Par exemple, sur des coopératives en Bretagne donc une zone assez sensible, nous avons fait des travaux de fusions, de recherche de synergies, nous avons au moins préservé et je pense développer les emplois sur place.

Cliché n°3 : c’est un métier où on ne peut pas avoir de vie perso, ni de vie de famille car on est mobile et on fait des horaires à rallonge. Vrai ou faux ?

C’est plutôt vrai au sens où l’on a des horaires à rallonge. Il y a  très longtemps que j’ai arrêté d’avoir des abonnements au théâtre ou à l’Opéra sinon c’est mon épouse et mes amis qui y vont. Mais ça n’empêche pas d’avoir des enfants, de les suivre à l’école et de les assister quand ils en ont besoin. Mais c’est vrai que c’est un métier de grande disponibilité. Cela étant dit, quand je vois mes clients, je constate qu’ils sont tout aussi occupés que nous.

Cliché n°4 : c’est un métier où les consultants sont élitistes. Si on n’a pas fait une grande école, on n’a aucune chance d’être associé. Vrai ou faux ?

Faux. Même si j’ai moi-même fait une grande école, nous avons des associés qui n’en sont pas issus. C’est la compétence qui compte. Et nous souhaitons mélanger des cursus assez différents, c’est d’ailleurs une volonté.

Combien de temps dure un process de recrutement chez vous ?

Beaucoup trop. Pour un jeune, environ 6 semaines, avec 3 à 4 entretiens. Mais je crois que, passé un mois, c’est trop. Sur des expérimentés, ça peut prendre 2 mois avec 4 à 5 entretiens, pas simplement de notre fait d’ailleurs car le candidat a aussi du mal à libérer du temps. On a progressé mais je ne suis pas encore satisfait du résultat. On peut faire mieux.

Votre campagne de recrutement actuel montre un plan de métro. Avec des noms de station qui intrigue : « curiosité », « agilité » « accélération ». Quelle différence voulez-vous montrer ?

Nous disons aux candidats : après avoir suivi une logique assez linéaire d’enchainement de diplômes, prenez votre carrière en main. Si vous devenez consultant chez nous, ce ne seront pas seulement des projets qui s’enchainent mais un parcours fait de créativité, d’agilité… A l’échelle internationale, nous sommes 1200 et nous avons encore tout à faire. Soyez créateur de votre avenir. C’est un clin d’œil par rapport à d’autres messages assez linéaires que diffusent d’autres employeurs. Autre différence : nos jeunes consultants ne sont pas affectés à un secteur. C’est une volonté forte chez Eurogroup que l’on ne retrouve pas dans les autres structures. Ils sont affectés à un secteur une fois qu’ils deviennent manager. Car ils doivent alors avoir les mêmes insomnies que celles des dirigeants.

Test : si un jour, le droit à la déconnexion numérique s’applique, est-ce que vous obligerez vos consultants à déconnecter entre 20h et 6h du matin ?

Nous ne leur demandons pas d’être connectés, nous n’imposons rien. Une étude récente montrait que 30% du temps des cadres était consacré au perso pendant les heures de bureau. La question est de trouver l’équilibre entre le perso dans le pro et inversement. Evidemment  il faut aussi savoir déconnecter.

Et vous, à quelle heure le matin vous connectez-vous le matin ?

Très tôt, j’ai la chance de dormir très peu.

A quelle heure arrivez-vous le matin au bureau ?

7h-7h30. Ce sont les moments zen de tranquillité. C’est l’heure où j’aime travailler.

Et que faites-vous en premier quand vous arrivez le matin ?

Je me mets sur les dossiers que je n’ai pas eu le temps de complètement traiter la veille. Mes mails, je les ai plutôt traité la veille au soir si c’était une de vos questions…

Vous bossez en permanence, en fait. Ça, ce n’est pas un cliché.

Mais je suis très bien dans ma vie.

Merci d’avoir répondu à ces questions. 

Propos recueillis par Sylvia Di Pasquale © Cadremploi

5

commentaires

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nicoboy

19/10/2014

à 19:44

J'ai fait un peu de consulting après mes études. Je trouve cette interview assez représentative de ce que j'ai vécu dans ce milieu.

J'en garde un bon souvenir personnellement.

On peut varier les missions, je pense que les généralistes ont toute leur place dans ce milieu, ce qui change un peu de nombreux autres milieux professionnels ou l'on recherche des professionnels "câblés" et spécialisés si je puis dire.

Pas de langue de bois a part sur l'insensibilité des consultants : c’est vrai qu'en général il pense a leur pomme, comme de nombreuses personnes dans notre société malheureusement.

Sinon dans l'ensemble interview intéressante à mon goût.

Bien sût on peut regretter les "clichés" sortis par la journaliste qui vraisemblablement sort des questions très banales et théoriques.

> Répondre

nicoboy

19/10/2014

à 16:47

J'ai fait un peu de consulting après mes études. Je trouve cette interview assez représentative de ce que j'ai vécu dans ce milieu.

J'en garde un bon souvenir personnellement.

On peut varier les missions, je pense que les généralistes ont toute leur place dans ce milieu, ce qui change un peu de nombreux autres milieux professionnels ou l'on recherche des professionnels "câblés" et spécialisés si je puis dire.

Pas de langue de bois a part sur l'insensibilité des consultants : c’est vrai qu'en général il pense a leur pomme, comme de nombreuses personnes dans notre société malheureusement.

Sinon dans l'ensemble interview intéressante à mon goût.

Bien sût on peut regretter les "clichés" sortis par la journaliste qui vraisemblablement sort des questions très banales et théoriques.

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Consultant

13/10/2014

à 23:07

Je suis consultant en organisation, je suis passé par une grande école, je fais effectivement des horaires à rallonge... Et surtout j'ai eu des cours donnés par des personnes de cette société il y a quelques années.

Société qui s'est distinguée des autres entreprises de conseil en affichant directement la couleur : "n'envisagez même pas un entretien chez nous si vous n'avez pas un double diplôme, grande école ET ingénieur".

Donc pour moi, ceci n'est que de la langue de bois et nos clients (communs, les entreprises mettant en concurrence les meilleurs sur de nombreux projets) s'en aperçoivent...

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Isabel55555

13/10/2014

à 20:50

Ce Président et sa pensée m'interesse vivement, quand on a des procress de recrutement Qui durent 3 mois voire plus ( plus d'un an cf. à la societe d'audit kpmg). il est vrai que plus d'un mois c'est innacceptable et ce qui me fait le plus rire ce sont les offres d'emploi ou ils disent : dès que possible, le plus rapidement, immédiat.... Immédiat dans 3 -4 mois mais bien sur kn voit le manque de serieux des entreprises.

Maintenant c'est bien de parler c'est mieux de le prouver... Comme par exemple le recrutement de personnes n'ayant pas fait les grandes ecoles. La chauvinisme et et l'elitisme qu'on veuille ou non il est bien present et pas pour les meilleurs raisons.... D'ailleurs.

Voila je ne demande qu'à voir !

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lux

13/10/2014

à 20:24

Bla, bla bla.......

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