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L’emploi dans la campagne : les DRH se lâchent

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Sylvia Di Pasquale

30/04/2012

Ils sont restés sur leur faim. L’emploi est le grand absent des débats lors de cette campagne présidentielle 2012. A deux jours de la grande finale, les responsables des ressources humaines déroulent leur programme pour Le club emploi Cadremploi/Le Figaro Economie. Flexibilité, code du travail, abandon de poste, égalité des chances… Ils pointent les sujets qu’ils auraient aimés voir aborder. Et qui pour la plupart ne l’ont pas été.

Flexibilité

« Dans les débats, l’emploi, et l’ensemble des mesures sociales, sont abordées par le biais des solutions rapides. Or en France, comme dans d’autres pays, on a un vrai regard  sur ce que devrait être la flexibilité. Comment faire pour permettre aux entreprises d’agir en phase avec leur charge de travail et comment par ailleurs protéger, permettre aux salariés d’avoir un équilibre correct entre leur vie privée et leur vie professionnelle. Je pense qu’on n’est pas dans une période facile et que la plupart des solutions que les pays voisins ont trouvé parce qu’ils sont en crise sérieuse, imposent des solutions extrêmement brutales. Moi je compte sur des expériences innovantes, comme celles du télétravail que nous mettons en place, pour que nous puissions trouver calmement ety en dehors de la période électorale des solutions de fond à cette situation de l’emploi. » Didier Lebret, directeur groupe des RH de Mondial Assistance

« Je voudrais pourvoir davantage flexibiliser le temps de travail pour pouvoir privilégier les contrats à temps plein annualisés. Et ne pas être contraints par des rigidités hebdomadaires ou mensuelles. Beaucoup d’entreprises rencontrent ce problème de temps partiel « imposé » pour leurs collaborateurs. J’entends parler de renvoi de ces négociations au niveau de la branche.  Je souhaiterais aller encore plus loin et renvoyer les négociations au niveau de l’entreprise. Bien sûr, cette flexibilité serait bornée par un cadre légal afin d’éviter tout abus. Mais il faut la rendre beaucoup plus souple. Si l’on renvoie ces négociations au niveau de la branche, elles risquent de durer des mois voire des années. » Emmanuel Gautret, DRH de Phone Régie

Conditions de travail

« La thématique du bien-être au travail est assez peu présente dans les débats pour la présidentielle. Et on peut le regretter parce que cela fait une trentaine d’années, depuis les lois Auroux, qu’il n’y a pas eu de grands débats publics sur la situation des salariés au travail, l’organisation, les conditions de travail. Non pas que l’Etat doive prendre des mesures en la matière. Mais dans un grand débat comme la présidentielle, la situation des salariés au travail est une question clé. Tous les indicateurs montrent –  même si ce n’est pas le cas à Orange qui a connu une crise sociale grave – que la relation du salarié au travail tend à se détériorer, à se distendre. C’est un enjeu très important pour notre pays : offrir des conditions de travail satisfaisantes. Et trop souvent le débat public se limite à l’emploi d’un côté ou aux rémunérations de l’autre. Je trouve que la question de la place du travail est assez faible dans les débats. Et on peut le regretter parce c’est une préoccupation des salariés. » Bruno Mettling, DRH du groupe France Télécom-Orange

Complexité du code du travail

« Il faut se poser la question de la simplicité de nos lois sociales et du code du travail. On a trop de branches professionnelles en France ; on a trop de complexité dans le code du travail. Ma préconisation, c’est toujours* d’en mettre deux tiers de côté et d’en garder un tiers. Et d’avoir des règles claires à la fois pour les salariés et les entreprises. Aujourd’hui, elles ne le sont pas. » Franck Mougin, directeur RH et développement durable de Vinci

Egalité des chances

« Qu’est-ce que le gouvernement peut faire pour faciliter dès le collège et le lycée  l’accès à l’enseignement supérieur à des personnes qui, pour des raisons familiales ou personnelles, n’y aurait pas accès. Souvent parce qu’elles n’ont pas de modèles de référence, personne par exemple n’ayant fait une école de commerce dans l’entourage. » Myriam Couillaud, DRH d'Accenture France

Valoriser les PME

« Je rêve de voir les politiques davantage valoriser les PME. C’est un tissu de l’économie très dynamique, très porteur. Mais on n’est pas considérée comme en Allemagne par exemple. J’ai eu l’occasion de le vérifier au travers de mes études et des quelques expériences en entreprises que j’y ai connues.  Le problème des PME en France est que, culturellement, elles ne sont pas assez appréciées. De ce fait, c’est un enfer pour recruter des jeunes diplômés quand on est une PME. » Ludovic Cinquin, directeur général France d’Octo Technology

Abandon de poste

« On ne parle pas assez du préjudice causé par les abandons de poste. Un beau matin, certains collaborateurs bien renseignés sur le code du travail ne viennent plus travailler et attendent bien sagement d’être licenciés par leur employeur et ainsi de percevoir les allocations chômage. C’est un comble. Ces comportements viennent creuser le déficit de l’assurance chômage et ne sont pas sanctionnés. » Emmanuel Gautret, DRH de Phone Régie

Contrat de travail

« J’ai hâte que l’on sorte d’une opposition entre l’individu et l’organisation. Reposer la question du contrat de travail me paraît importante. Pas au sens législatif mais au sens sociétal. Qu’est-ce qui motive quelqu’un à titre individuel à rejoindre un projet collectif ? Qu’est-ce qui les unit ? Quelles croyances communes vont faire qu’ils vont pouvoir collaborer dans la durée ? C’est un vrai sujet de société et j’aimerais bien le voir entre les mains des différents partis politiques et des représentants syndicats. Que le « We » mode converge avec le « I » mode comme disent les Américains. Car individus et organisations ont beaucoup d’intérêts communs. » Christophe Fourleignie, DGA de TBWACorporate

Orientation des jeunes

« On est aujourd’hui capable de savoir quels sont les grands secteurs qui vont recruter dans les 10 prochaines années. Pourquoi aucun gouvernement n’a mis en place un système qui permette, bien en amont des études, d’expliquer aux jeunes qui vont s’engager dans une formation de savoir quels sont les métiers qui seront porteurs, quelles sont les étapes à franchir pour accéder à ces jobs. Et ainsi leur éviter de se fourvoyer  dans des voies de garage. Cela éviterait peut-être d’avoir un afflux massif de demandeurs d’emploi à la sortie de l’école. » Pierre-Yves Poulain et Benjamin Chaminade, experts RH et Web

Formation

« Aujourd’hui, les entreprises recherchent des candidats avec des compétences précises. Si elles ne les trouvent pas, elles n’élargissent pas leur recherche. Les entreprises devraient pouvoir recruter sans peur, sans se focaliser sur les compétences clés dont elles ont certes besoin mais qui pourraient être acquises via la formation. Les gouvernants peuvent les aider grâce à des avantages fiscaux par exemple mais surtout par un état d’esprit qui serait à promouvoir en France. » Frédéric Béziers, DG adjoint de Hays France et Luxembourg

Recherche appliquée

« La recherche appliquée en France n’a pas laa place qu’elle mérite. Il faut permettre à nos grands industriels de consolider leur  position concurrentielle internationale et à nos PMI de prendre toute leur place dans la compétition internationale. Entre la recherche fondamentale et le développement, au milieu la recherche appliquée est indispensable pour faire le lien et permettre que toutes ces avancées scientifiques dans lesquelles la France se distingue souvent puissent irriguer l’industrie, créer des avantages concurrentiels et bien évidemment de l’emploi chez nous. » Véronique Padoan, DRH de l'Onera

Propos recueillis par Sylvia Di Pasquale © Club emploi Cadremploi/Le Figaro Economie

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