Rentrée 2022 sous tension : est-ce le bon moment pour négocier son salaire ?

Sylvia Di Pasquale

Inflation galopante, flambée de l'énergie, pénurie de candidats, grande démission... : est-ce une bonne idée de profiter de la conjoncture pour négocier votre salaire ? La réponse est oui mais attention à vos arguments. Invoquer la flambée de l'inflation est maladroit. En revanche, la conjoncture sociale de la rentrée 2022 est votre amie... Nos conseils pour négocier habilement.
Rentrée 2022 sous tension : est-ce le bon moment pour négocier son salaire ?

Inflation, pénurie, "grande démission" : est-ce une bonne idée de profiter de la conjoncture pour négocier votre salaire ?

Avec une inflation qui a dépassé les 6% en juillet (moyenne 5.5% sur l’année prévoit l’Insee) et le prix de l'énergie qui flambe, on pense à se tourner vers son employeur pour compenser la perte de son pouvoir d’achat, et encore plus si on utilise sa voiture dans le cadre de son travail. Pour autant, invoquer la conjoncture , est-ce efficace pour se faire augmenter ?

OUI et NON.

  • Non si vous invoquez la conjoncture ECONOMIQUE. N'espérez pas obtenir une augmentation INDIVIDUELLE à cause de l’inflation car cela relève plutôt des augmentations collectives prévues dans les négo annuelles avec les représentants du personnel (les fameuses NAO)
  • mais OUI si vous exploitez habilement la conjoncture SOCIALE de cette rentrée... 84% des entreprises prévoient de galérer pour garder ou recruter leurs cadres. Alors certaines d'entre elles ont prévu une enveloppe pour les rallonges salariales en cas de recrutement difficiles et pour des augmentations INDIVIDUELLES au cas par cas. Bien sûr, elles ne le crient pas sur les toits. D'où l'importance de prendre votre courage à deux mains et d'oser aller négocier votre salaire.

A écouter : reportage (1'57) du 28/8/2022 sur RMC "Faut-il négocier son salaire"

Pourquoi la conjoncture SOCIALE est favorable aux augmentations ?

BON A SAVOIR

Plus de 3 millions de recrutements prévus cette année (dont 71% de projets pérennes = CDI et CDD > 6 mois)
= 1 entreprise sur 3
= 58% prévoient de galérer donc PROFITEZ-EN !J                                         

En 2022, le marché du travail reste tendu sur de nombreux postes. Avec 3 millions de projets de recrutement prévus cette année, 58% des recruteurs estiment qu'ils vont rencontrer des difficultés pour réussir à pourvoir ces postes (Source : BMO Pôle emploi), Les entreprises préfèrent garder leurs salariés plutôt qu’avoir à en recruter de nouveaux.

3 catégories de salariés se retrouvent en position de force :

  • Les métiers pénuriques : les candidats manquent à l'appel donc si vous postulez, le recruteur sera aux petits soins pour vous.
  • Les fidèles : de plus en plus d'entreprises préfèrent augmenter leurs salariés qui restent plutôt que de les voir partir. Reste à savoir si vous faites partie de ceux que l'entreprise veut absolument retenir.
  • Les sous-payés : Si votre salaire est en dessous de celui du marché, sans raison apparente, et que l'entreprise a besoin de vous, c'est le moment pour vous de renégocier votre rémunération.

Les enveloppes salariales sont prévues. Si vous ne demandez rien, vous n’aurez rien !

Les arguments pour négocier en tenant compte de la conjoncture

Conjoncture ou pas, une négociation salariale repose sur des RAISONS OBJECTIVES. L’augmentation récompense un effort donc les raisons personnelles subjectives ne passent pas.

LES RAISONS SUBJECTIVES A BANNIR :

  • "parce que je ne m’en sors pas "
  • "parce que j’ai beaucoup de frais qui augmentent"
  • "Parce que mes collègues gagnent plus que moi"

Les arguments objectifs à invoquer pour négocier :

  • Dépassement d’objectifs (chiffres et résultats à l’appui)
  • Evolutions invisibles (pas de changement de poste mais vous avez ajouté des compétences, par ex vous êtes tuteur des nouveaux et avez réussi à fidéliser des compétences difficiles à recruter)
  • Chasseur d’économies = vous faites gagner de l’argent à l’entreprise car vous avez réduit les coûts malgré la crise des approvisionnements (preuves à l'appui)
  • Aide à recruter : vous avez recommandé ou trouvé des candidats alors que le service RH galérait.
  • Salaire inférieur au marché ou à des collègues à compétences égales : pensez à bien comparer tous les éléments de la rémunération.
  • Fidélité : vous avez des propositions ailleurs mais vous vous préféreriez rester si vous êtes récompensé pour votre loyauté/fidélité

Menacer de démissionner pour être augmenté, est-ce une bonne idée ?

Vos arguments ont fait flop et votre boss refuse de vous augmenter alors que vous savez qu'il veut vous garder ? Menacer de démissionner n'est jamais une bonne idée, sauf à vouloir dégrader le climat de la négociation.

  • Evitez les ultimatums qui risque de braquer votre interlocuteur
  • Jouez subtil. Dites plutôt : "je reçois de plus en plus de propositions de poste de la part de nos concurrents mais je préférerais refuser. Qu'en penses-tu ?"
  • Rappeler les raisons objectives de vous garder (vos contributions à la valeur de l'entreprise) et les raisons de vous augmenter

Quelles méthodes pour négocier ?

Le combo gagnant

  • Se préparer
  • S'entrainer
  • Y croire
  • Savoir remercier

Quelle attitude adopter en négo salariale ?

  • Rester détendu (le plus difficile !)
    Facile à dire... Négocier son salaire est intimidant pour la plupart des salariés. Ils préféreraient qu'on les augmente sans qu'ils n'aient rien à demander. Sauf que l'entreprise n'est pas l'école et qui ne demande rien, n'a rien. Le stress de l'entretien disparaitra si vous acceptez l'idée que la négo est une compétence professionnelle qu'il faut travailler pour progresser.
  • Mettez-vous dans la tête de votre supérieur :
    Imaginez que vous soyez votre supérieur. Ecoutez les arguments d'un collaborateur (un autre que vous) qui vient lui demander une augmentation. Cette technique vous permet de trouver les éléments factuels, quantitatifs et qualitatifs, qui lui parlent.
  • Faire l'acteur
    Une des autres méthodes efficace pour les timorés consiste à se mettre dans la peau du personnage de salarié qui demande une augmentation. Ce n'est plus vous qui demandez, mais votre personnage. C'est toujours lus simple de demander pour quelqu'un d'autre.
  • Aller chercher l’approbation
    Pendant l'entretien de négociation, adoptez une attitude "souple". L'une des techniques consiste à formuler des phrases qui vont chercher l'approbation plutôt que d'asséner sèchement vos arguments :

« tu es d’accord avec moi que j’apporte bcp à l’esprit d’équipe, la formation des nouveaux, le CA, je fais faire des économies, etc. »

« Est-ce que tu souhaites que je continue à  contribuer et à créer de la valeur pour l’entreprise ? »

Quelle montant d'augmentation demander ?

3 formes d'augmentation à garder en tête pendant la négo :

  • L’augmentation du salaire fixe ou du variable
  • La prime exceptionnelle
  • L'avantage en nature

Faut-il donner une fourchette ou un montant fixe ?

Donner une fourchette montre que vous êtes ouvert à la négo

Plusieurs écoles : un pourcentage OU une valeur.

  • Exemple : Entre 5 et 6 % (de son salaire fixe)
  • Exemple : Entre 500 et 800 euros par an

ð Parlez en salaire BRUT ou si vous n’y arrivez pas, précisez que c’est du net

Demander une prime exceptionnelle

Si l'augmentation du fixe ne passe pas, l'entreprise pourra plus facilement vous accorder une prime annuelle. Dans ce cas, demander un montant "à partir de".

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L'avantage en nature

L'avantage en nature n’alourdit pas la masse salariale. Les entreprises l'apprécient pour cette raison en cette période d'inflation.

Exemples d'avantages en nature à demander :

  • Un passage à 4/5e sans perte de salaire
  • Des jours de congé en plus
  • une formation top niveau
  • une place en crèche gratuite (on l’estime à 1000 euros par mois)
  • une voiture de fonction… 

 

Savoir remercier

On n'imagine pas les effets bénéfiques de la politesse. Que vous soyez content ou mécontent du montant obtenu, pensez à exprimer votre reconnaissance à votre interlocuteur. En prévision de la fois suivante.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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