Après un an de Covid, quels impacts sur le marché de l'emploi ?

Sylvia Di Pasquale

MARCHE DU RECRUTEMENT POST-COVID – Comment le marché de l’emploi a-t-il évolué pour les cadres pendant cette année de crise sanitaire ? Comment s’est-il transformé et adapté ? Retour en dix points sur quelques marqueurs sociaux qui changent la vie des candidats.
Après un an de Covid, quels impacts sur le marché de l'emploi ?

C’est un drôle d’anniversaire, la commémoration d’un événement historique qui n’est pas encore achevé. Mais un an après le premier confinement, beaucoup de choses ont changé sur le marché de l’emploi, notamment en ce qui concerne la façon dont les cadres sont recrutés et intégrés. Entre les offres qui se raréfient, les métiers qui émergent, les envies de reconversion qui se multiplient et la généralisation du télétravail, le bilan est tentant. Voici 10 éléments marquants d’une période de changement permettant de dessiner un monde qui ne sera plus jamais comme avant. Plus tout à fait du moins.

Des offres d’emploi en apnée

Expliquer que dès le mois de mars 2020, les offres d’emploi cadres ont dégringolé est un doux euphémisme. Après la pluie glaciale de l’activité à l’arrêt, le beau temps du recrutement ? Un an après, dans ses prévisions, l’Apec reste morose : au 1er trimestre 2021, les intentions de recrutement de cadres sont équivalentes à celles pour le 4e trimestre 2020 (11 %), mais très inférieures à celles d’il y a un an à la même période. Les  intentions des entreprises sont aussi floues qu’incertaines. Certes il y a bien des secteurs en pleine expansion, malgré ou à cause de la crise. Mais l’attentisme fait globalement fureur et les recrutements reprennent au compte-gouttes.

Pas assez de candidats ? Plutôt un marché de l’emploi encore plus polarisé 

C’est un paradoxe déjà ancien, et il est toujours aussi choquant. « Avec 3,8 millions de chômeurs, ce ne sont pas les candidats qui manquent ». On connait la ritournelle. Et pourtant, les difficultés de recrutement sont toujours présentes, et elles ont même augmenté pendant la pandémie selon les recruteurs interrogés par l’Apec : ils sont 66 % vs 58 % un an avant à regretter le faible nombre de CV reçu. 

Pourquoi une telle étrangeté ? La fameuse polarisation du marché de l’emploi a empiré avec la pandémie. Même si les cadres restent globalement privilégiés, il y a des profils encore plus convoités qu’avant : ceux qui travaillent sur les évolutions technologiques, la data, la cybersécurité, l’intelligence artificielle ou l’usine du futur ont leur avenir en main. Les autres ? ça dépend ! Leur sort dépend du secteur, de leur séniorité ou de la région qu’ils convoitent. Les jeunes et les séniors, donc les plus disponibles, ne sont pas exclus mais sont moins demandés comme on dit, pudiquement. 

Des métiers porteurs depuis la crise

Le pangolin n’a pas seulement déboussolé la planète. La crise sanitaire qu’il a engendré a peut-être également permis une prise de conscience. Le besoin d’une économie plus verte, d’un système de santé plus résilient et d’un e-commerce plus développé. Les métiers qui s’y rapportent ont continué à recruter pendant la crise et ils devraient rester plutôt porteurs.

L’explosion du désir de reconversion 

Dans une étude inédite à paraître sur Cadremploi, 80% des cadres avouent rêver de changer de voie. Alors bien sûr, il y a le doux rêve de la reconversion vers les métiers « avec du sens », et la réalité vraie : celle des salariés des branches à l’arrêt depuis un an ou presque. Dans l’hôtellerie, le tourisme, la restauration ou l’événementiel, nombre de salariés regardent si l’herbe est plus verte parce qu’ils ne sont même pas sûrs de retrouver leur emploi après le chômage partiel. Certains recruteurs les reçoivent d’ailleurs avec bienveillance. Mais on attend les chiffres des recrutements de ces transfuges, preuves que d'autres secteurs s'intéressent à leurs compétences forgés ailleurs. En théorie, leur "midset" différent peut fertiliser d'autres activités. En réalité, leur fera-t-on une place ? En attendant, l’Etat et les partenaires sociaux ont inventé un nouveau dispositif – Transition collective –  qui, s’il ne se transforme pas en usine à gaz, devrait révolutionner les reconversions professionnelle d’un métier condamné vers un métier porteur.

Lire aussi l'interview de Philippe Debruyne, président de Certif Pro, sur le site de A savoir égal : “TransCo est une alternative aux PSE"

Le boom des entretiens d’embauche en visioconférence

Avant, c’était l’exception. Aujourd’hui, même les plus technophobes s’y plient. Avec la pandémie, la distanciation sociale s’est imposée et les rencontres se sont compliquées. Les entreprises et les cabinets se sont adaptés et ont proposé des entretiens à distance. Une révolution pour certains et une bénédiction pour nombre de candidats qui ont gagné du temps en évitant les déplacements. Un feu de paille qui aura disparu dès la pandémie combattue ? Pas forcément, car chacun en a tiré la leçon du temps gagné

Télétravail partiel et 100 % remote

On est désormais embauché à distance pour travailler à distance. Ce qui était inimaginable il y a un an est d’une affligeante banalité maintenant. Pour faire moderne, on est en « remote » si on télétravaille à 100%. Après la pandémie le remote restera, mais dans des proportions moins étendues qu’on ne le croit.  

Vous n’y croyez que très moyennement ? Faites comme si, sous peine de finir dans la pile de défausse, ou pire, dans la Zone Perdue. Car ceux qui lisent votre CV n'en démordent pas et récitent que les soft skills de crise sont l’apanage du parfait candidat.

La suprématie des soft skills

La crise a donné aux  soft skills des pouvoirs quasi mystiques. Comme chez les Pokemons, certaines compétences sont plus cotées que d’autres. Ce n’est ni le pouvoir de se répliquer à l’infini comme Tadmorv, ni celui de se transformer en n’importe quel objet comme Metamorph. Chez les homo laborius, on chasse l'autonomie et la capacité d’adaptation ainsi que la résolution de problèmes complexes. Tout candidat digne d’intérêt doit avoir son histoire à raconter qui prouve qu’il a su s’adapter lors de la pandémie. Vous n’y croyez que très moyennement ? Faites comme si, sous peine de finir dans la pile de défausse, ou pire, dans la Zone Perdue. Car ceux qui lisent votre CV n'en démordent pas et récitent que les compétences "douces" de crise sont l’apanage du parfait candidat. Selon notre récente étude, 62 % des managers se disent prêts à recruter un candidat principalement sur ses compétences comportementales. Un peu comme avant en fait.

Le cumul salariat /autoentrepreneuriat à cause de la crise

Avec la crise, les créations d’entreprises ont battu un record en 2020 avec 848 200 nouvelles boîtes.  Sauf que 65% sont des micro-entreprises qui font en moyenne 470 euros de chiffre d’affaires. Des mini revenus qui ressemblent plutôt à des compléments de salaires ou d’allocation. Voire à des bouées de sauvetages, ou même des bouteilles à la mer. Resteront ceux qui s’en sortent, et n’auront pas besoin d’en sortir pour revenir au salariat. 

 

Le marché caché repart à la hausse

Lorsque le nombre de chômeurs explose, les recruteurs n’ont qu’une angoisse, même si c’est un souci de luxe : être submergé de CV. Pour éviter la vague, certains passent sur le fameux marché caché de l’emploi. Le bouche à oreille et la cooptation c’est bien, mais ce n’est pas toujours très efficient. Les bases de CV, comme la CVthèque de Cadremploi, prennent alors le relai. Elle bat en ce moment des records de fréquentations de la part de recruteurs qui y chassent discrètement les profils qui y ont déposé leur CV. Une conséquence directe de la crise.

 

Faire carrière à l'international oui, mais pas à l'étranger

 

Le remote va peut-être achever les open spaces, lorsque tout le monde travaillera chez soi. Mais il risque aussi d’en finir avec le goût de l’ailleurs, du voyage et de l’expatriation. Peur de prendre l’avion, peur de rester coincé dans un pays au cours d’un énième reconfinement ? Le cadre n’est pas Indiana Jones et s’il entend toujours travailler à l’international, il préfère le faire de chez lui. Quitte à ne pas profiter des petits avantages de l’exercice : la prime à l’expatriation, la prime au logement et à l’école des enfants.

 

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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