Beyoncé, le nouveau chat noir des RH ?

Sylvia Di Pasquale

Chaque tendance a besoin d’une égérie et d’une chansonnette. Celui, très américain, du « big quit », la grande démission, s’est trouvé un deux-en-un de renom en la personne de la queen du Rnb et de son nouveau son « Break my soul ». Quand Beyonce en personne devient le symbole du rejet actuel du monde du travail.
Beyoncé, le nouveau chat noir des RH ?

Qui eût cru qu’un jour la star mondiale du RnB, madame Jay-Z, Queen B pour les intimes, et détentrice de 22 Grammy Awards, se retrouverait dans une chronique dédiée à l’emploi et serait à l’ordre du jour des réunions de services RH dans les contrées les plus reculées. Pas grand monde jusqu’à la semaine passée.

Car non seulement Beyonce a lancé son nouveau son, « Break my soul » mardi dernier, ce qui est déjà en soit un évènement qui a dépassé les 20 millions d’écoute en quelques heures, mais en plus de réaliser un carton planétaire, la chanteuse et sa chanson sont devenues en quelques jours l’égérie et l’hymne d’un mouvement entamé depuis la fin du Covid et qui a contaminé des millions d’américains : le « big quit », la grande démission.

 

Car ce que chante l’autrice, compositeuse et interprète est simple et explicite :

Release ya anger, release ya mind Release ya job, release the time Release ya trade, release the stress Release the love, forget the rest
Extrait de <> par Beyoncé

Ce qui donne dans la prose de Molière :

Libère ta colère, libère ton esprit Libère ton travail, libère ton temps Libère ton métier, libère ton stress Libère l'amour, oublie le reste.

Alors, sur les réseaux sociaux, les messages ont fleuri, en mode ironique souvent, mais toujours teinté d’un fond d’envie, voire de passage à l’acte, du genre « J’ai écrit ma lettre de démission. Dans la partie des raisons pour lesquels je démissionne, j’ai écrit : Beyoncé me l’a demandé. »

On peut bien évidemment se dire que si Queen B, par le biais d’une simple chanson, est capable de pousser un salarié à remettre sa démission à son employeur, le salarié en question a peut-être quelques trous dans la raquette de ses soft skills quant à sa capacité d’autonomie et de maitrise de soi. Mais on peut aussi voir à travers ce porte-étendard bien involontaire – car il n’est pas du tout certain que Beyonce et son producteur de mari Jay-Z, aient souhaité ce buzz – le symbole d’une immense lassitude, d’un refus de l’entreprise.

Ce rejet de l’entreprise qui n’est pas pour autant un rejet du travail, mais plutôt de ce type d'organisation avec hiérarchie pyramidale et gouvernance verticale dans lequel le salarié se sent contraint. L’explosion du télétravail et l’admiration souvent vouée, et souvent faussée, pour les free lance et leur indépendance, sont autant de phénomènes récents qui ont aiguisé ce refus du bureau, de la boite, des collègues et des chefs.

Ce rejet, ou plutôt cette méfiance, peut être balayée d’un revers de la main par des DRH qui n’y verraient qu’un caprice passager, et qui considèrent que la crise que l’on sent poindre va calmer les rebelles qui dès que la bise sera venue seront bien aise d’être à l’abri dans leur CDI. Mais ce faisant, les professionnels des ressources humaines négligents risquent de devoir gérer des bataillons de salariés nourris de dépit, des légions de collaborateurs animés de bonnes intentions par défaut et, pour le moins, démotivés.

Tenter de les remotiver, de bousculer la lourde entreprise pour la rendre à nouveau désirable est une mission impossible à mener ? Nombreux sont ceux qui s'y attèlent. Car ils savent que ne pas essayer est une manière de rejoindre la cohorte des démotivés, et pour les RH d’entrer au club du Big Quit, et de danser au rythme de Beyoncé.

Clip de Beyoncé : "Break my soul"

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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