Couvre-feu : et si on passait aux horaires anglo-saxons ?

Publié le 19 octobre 2020 Sylvia Di Pasquale

EDITORIAL – Les six semaines (minimum) qui s’annoncent dans 9 grandes métropoles françaises vont peut-être chambouler nos horaires de travail. Et si la France latine se calait, pendant cette période, sur le mode de vie, et de travail, anglo-saxon ? Un mode où l’efficacité du travail ne se mesure pas au temps passé au bureau. Alors dès lundi, tous les cadres quitteront peut-être le boulot à 18h30, comme leurs confrères allemands, anglais ou américains.
Couvre-feu : et si on passait aux horaires anglo-saxons ?

Soyons francs : même en 2020, un cadre qui quitte le bureau à 18 heures se prend des réflexions dans l’ascenseur du type « t’es à mi-temps ? » Et ce quels que soient les motifs de son départ, et quelle que soit l’heure à laquelle il est arrivé le matin. L’accumulation du nombre d’heures travaillées reste, en France, la médaille du col blanc, au détriment des résultats qui passent au second plan. La faute aux 35 heures qui ont creusé le fossé horaire entre cadres et non cadres ? Peut-être, peut-être pas.

Et si on changeait enfin radicalement les horaires de départ du bureau ?

En tous cas, la donne pourrait bien changer au cours des 6 prochaines semaines, ce minimum syndical du couvre-feu imposé, du moins en île-de-France, à Aix-Marseille, Grenoble, Lille, Lyon, Montpellier, Rouen et Saint-Etienne. Le matin, pas de souci, car rares sont les cadres de ces villes ou d’ailleurs qui décollent de chez eux avant l’aube. En revanche le soir, l’heure butoir peut rebuter et pourrait bien sonner le glas des traîne-tard. C’est qu’il faut en passer par le temps de trajet. On le sait, les cadres sont les plus friands de bouchons puisqu'ils disposent souvent d’une voiture de fonction, ou, si ce n’est pas le cas, ont les revenus leur permettant de s’offrir une voiture et les frais de carburant qui vont avec.

Alors, lorsqu’il ne faut plus rouler après l’heure fatidique, on fait comment ? On tente de biaiser avec une attestation hasardeuse ? Les éventuelles amendes de 135 euros (voire plus en cas de récidive) ne sauraient être glissées dans les notes de frais comme on le rappelle ici. Et il est peut-être aussi dangereux qu’inutile de prôner l’incivilité.

L’autre idée, et qui risque de s’imposer, consiste à changer radicalement les horaires de départ du bureau. Pourquoi ne pas le quitter à 18h30 ? Parce que ça ne se fait pas ? Parce que les managers risquent de boucler leur journée de boulot en même temps que leurs collaborateurs ? Mon dieu, quel terrible scandale que voilà, puisqu’un boss doit prouver qu’il travaille plus que ses subalternes en travaillant plus longtemps. Ainsi, les pays anglo-saxons (ou la statut cadre n’existe pas) seraient des économies sans management, ou avec un management fainéant ?

Ce couvre-feu va peut-être prouver à tout le monde que le temps de présence n’augmente pas l’efficacité (ce que nombre d'entre nous savons déjà). Mieux encore, en sortant de cette période compliquée, ces nouveaux horaires pourraient bien devenir la norme. De la même manière que certains parmi les plus réticents au télétravail ont vu, pendant le confinement, que la productivité n'avait pas tourné de l'œil, tous ceux qui prétendent aujourd’hui que l’on travaille à mi-temps en partant à 18h30, seront conquis dans un mois et demi.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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