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2015 : annus algorithmus horribilis

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Sylvia Di Pasquale

22/12/2014

L’année prochaine ? Elle sera algorithmique ou ne sera pas. Tiens, je vous fiche mon billet que dès le début 2015, tous les gourous chercheurs de poux, tous les sachants du plein-temps et les bisons futés des RH numérisés vont adouber ces petits calculs. Tous vont aduler tel logiciel qui déchire, telle appli qui va révolutionner la recherche de boulot ou cet algorithme qui va corréler la bonne offre avec le bon candidat. Mouliner des profils, les mixer avec des fiches de poste et le tour sera joué. Pour nous faire croire que le recrutement, c’est simple comme un calculateur informatique.

Dernier avatar en date, l’appli de l’américain Clover permet de savoir, profession par profession, quels types de relations chacun recherche. Un acteur ? C’est un accro du sexe. Un pharmacien ? Il est en quête d’amour. Un toubib ? Il rêve de se faire des amis. Quant au spécialiste des relations publiques, il cherche du cool dans les contacts humains.

Évidemment, certains ringards d’un autre siècle et quelques réactionnaires du bon-temps-d-avant vont s’offusquer, hurler à la caricature et déplorer la pauvreté du procédé. On leur répondra qu’ils n’ont qu’à se flageller à grands coups de minitel, de fax et de télex. Que l’heure est aux sites d’offres d’emploi qui « matchent » comme on dit au XXIe siècle. Aux fiches de poste abrégées, pour savoir si ça « impacte ».

Parce que franchement, la grande incertitude du recrutement, celle d’un DRH qui doute, qui peut se dire qu’un candidat qui ne rentre pas pile poil dans les cases pourrait donner une impulsion différente à la fonction, voire l’améliorer, c’est totalement has been

En revanche, avec un bon petit algorithme, on est sûr de cloner à l’exact une compétence confortable pour tous, avec une autre compétence reconnaissable par tous. Comme le résumait l’économiste Guillemette Larquier que j’ai déjà citée ici, « une tendance néfaste, qui consiste à fantasmer le recrutement idéal plutôt que de se demander comment améliorer les compétences que l’on recrutera ». Comme ça, au moins, rien ne changera et l’immobilisme vaincra. Parfois, les réacs ne sont pas ceux que l’on croit.

Sylvia Di Pasquale

6

commentaires

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futur retraité

13/01/2015

à 16:27

Il s'agit d'un édito utilisant une grande forme d'ironie et m'a donc beaucoup amusé

Dans les années 80 ; mon entreprise fut prise pour cible par des gens ayant prétendument trouvé un outil pour détecter le bon candidat Ils étaient sûrs de leur système et refusaient d'admettre la moindre erreur

" Mon candidat est bon C'est VOUS qui êtes mauvais Remettez vous donc en cause "

Ps .. Je me considère comme un réactionnaire au sens du XVIII et attache dés lors une grande importance à l'humanisme

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toto

26/12/2014

à 20:48

Intéressant comme édito.
Mais je crois qu'on est encore très loin du compte. En effet, si pour certains domaines comme la recommandation des films chez Netflix ou le correcteur orthographique, c'est assez performant car les critères de profiles sont peu nombreux tout comme des règles d'écriture et exceptions, certes diverses mais pas infinies.
Voilà pour ce qui reste simple et nous le savons que l'humain reste infiniment bien plus riche. Netflix, par ailleurs, propose 1 million de dollars pour améliorer ou trouver un algo plus performant que le sien. Le seul mesure de performance pour tout algorithme reste le test de Turing dans lequel l'humain demeure le testeur, tout un symbole.
5 minutes suffisent pour (re)connaître ce qui est en face de nous (les animaux le font bien alors quoi?). Pour anecdote, on fait bien le distingo, après 5 minutes, un toubib-garagiste qui a surement prêté le serment d'hypocrite) et les autres dont le sacerdoce et les patients sont plus importants que tout.
Quant l'argument du manque de temps ou trop de candidat, il y a bien le job-dating et je rappelle aussi que dans le DRH, il y a le H comme humain(e). A méditer.
Bonnes fêtes à tous.

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tagore

24/12/2014

à 12:33

Si un outil « moderne » permet de détecter le candidat « idéal » qui colle parfaitement avec le profil (bien normé comme s'il se doit), ce sera le moyen suprême pour les recruteurs (et l'entreprise) de s'affranchir du fait d'avoir à assumer la responsabilité du recrutement.
Les recruteurs versus 2.0 pourront se reposer tranquillement sur l'outil sous disant infaillible et reporteront dès lors le risque du recrutement sur le logiciel. Si le recrutement s'avère par la suite non concluant, ils pourront toujours se dédouaner en disant c'est la faute de « magic recrutor » comme on disait naguère c'est la faute de l'informatique ou de la machine. Le progrès technique rime rarement avec progrès social...

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Christine

24/12/2014

à 09:47

Bonjour

Je retiens « une tendance néfaste, qui consiste à fantasmer le recrutement idéal plutôt que de se demander comment améliorer les compétences que l’on recrutera »

C'est exactement ce que j'observe depuis plusieurs années. Des employeurs se plaignent de ne pas trouver le candidat idéal, mais n'envisagent pas de donner du temps au candidat pour s'adapter.

Je me souviens d'une mission d’intérim en cabinet d'expertise comptable. La formation avait duré 15 minutes. Lorsque je demandais une aide pour le logiciel, on m'expliquait en 15 secondes. J'ai fait 2 semaines et j'ai dit au revoir. Je ne lance pas la pierre aux collègues qui étaient débordés de travail et ne pouvaient passer du temps avec moi. A force de faire travailler le personnel en flux tendu, cad en sous-effectif, dès qu'il y a surcroit de travail, absence maladie ou départ d'un collègue qui a trouvé mieux, ça ne tient pas. Le stress est palpable, le personnel galope sur son clavier du matin jusqu'au soir,du lundi au vendredi et fait une consommation de chocolat importante. Le mot d'ordre est la rentabilité, coûte que coûte.

Les employeurs veulent du personnel prêt à l'emploi. Les consommateurs du prêt à manger.

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tradenac

23/12/2014

à 19:21

Bravo pour cet article et j'adhère totalement à la formule de conclusion : "les réacs ne sont pas ceux que l'on croit". Sous couvert de l'usage des nouvelles technologies forcément plus performants, nos amis les recruteurs cherchent avant tout à se rassurer.
Car ils ont peur de se tromper.L'audace est interdite, le conformisme est la règle.Mais tant qu'ils seront en position de force compte tenu du déséquilibre chronique du marché de l'emploi, ils pourront continuer à tourner en rond avec leur méthodes "modernes" et s'en satisfaire.

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randi

23/12/2014

à 18:32

J'aime bien cet article!

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