#7novembre16h34, l'heure du féminisme washing ?

Publié le 7 novembre 2016 Sylvia Di Pasquale

#7novembre16h34, l'heure du féminisme washing ?

Le timing est précis. Ce lundi, à partir de 16h34 tapantes, les femmes travailleront bénévolement et ce jusqu’au 1ᵉʳ janvier prochain. Un compte à rebours symbolique, et un horaire destiné à sensibiliser chacun aux inégalités salariales, de 15,1 % par rapport aux hommes, selon les chiffres de la commission européenne (l’Insee, lui, estime l’écart à 26 % chez les cadres). Symbole et sensibilisation : de jolis emblèmes qui ne mangent pas de pain, comme le dit en substance Jean-François Amadieu dans une interview donnée au Figaro. Et qui pare celui qui s’en empare de toutes les vertus. Résultat : peu d’entreprises vont refuser d’adhérer à ces étendards. Évoquer une cause, c’est déjà la faire avancer ma bonne dame. Alors, il suffit d’évoquer.

À l’heure dite, tout patron censé devrait inviter ses collaboratrices à faire une p’tite pause, à prendre un p’tit café avec leurs copines collègues et à protester quelques p’tites minutes. Une p’tite fête en somme. Comme la fête des secrétaires, la fête des entreprises, la journée de la femme, le pot de départ de la compta, le pot d’arrivée aux achats, ou l’arbre de Noël. C’est la nouvelle protestation, la revendication festoyante : le féminisme tout bénef’. Celui qui offre le beurre, l’argent du beurre, et la fermière femen.

Ainsi, après le green washing – qui pare de vertus écologiques une entreprise qui se tamponne de l’environnement mais pas de ce qu’en pense ses clients – le féminisme washing est peut-être en train de naître. Et pas qu’à 16h34. On ne compte plus les clubs de femmes au sein des entreprises et des branches professionnelles. Des boîtes et des secteurs qui, dans la foulée, signent des chartes éthiques à tour de bras. La parité se conjugue à tous les étages, surtout à ceux de la marque employeur, de la com interne comme externe. En plus, elle a un double effet, la bougresse, qui ravit la DRH comme la direction commerciale. Car le féminisme washing transforme comme par magie l’entreprise qui l’utilise en boîte cool et éthique, une aubaine pour la relation client et le recrutement.

Prêcher pour la parité attire les meilleures candidates. Même les objecteurs de cette méthode renâclant à payer les filles aussi bien que les garçons peuvent y trouver leur compte. La mixité ainsi comprise, c’est win-win, comme on dit. C’est surtout 20 % de performances supplémentaires d’une équipe de boulot mixte, par rapport à celles qui ne le sont pas, selon l’étude du cabinet Global Contact. Décidemment, les entreprises auraient tort de rater le coche. Celui de 16h34.

@Syl_DiPasquale © Cadremploi.fr

Dessin de Charles Monnier

 

 

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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