A chacun son université d'été

Sylvia Di Pasquale

Pas simple de reprendre son boulot ou sa recherche d'emploi en cette drôle de rentrée. Le PIB se délite, les RTT des cadres s'effritent et la croissance est déconfite. Alors, avant d'attaquer, et pour vous donner un coup de fouet, organisez vous aussi une université d'été ! Cette semaine, tout le monde s'y colle. Les partis, les syndicats, le Medef, les altermondialistes se retrouvent de la Rochelle à Port Leucat , en passant par Palaiseau ou Royan. Alors pourquoi pas vous ? Plutôt que de marmonner entre collègues autour d'une vieille machine aussi insipide que son court sucré, plutôt que d'attendre le coup de fil de ce consultant de cabinet de recrutement qui retient votre CV depuis deux mois, regroupez-vous, retrouvez-vous, et allez vous mettre au vert.

Regardez comme cette vieille tradition française redonne du baume au cœur à ceux qui sont du voyage à chaque fin d'été. Cette année, Laurence Parisot va (peut-être) s'offrir un saut en parachute pour inaugurer l'université du Medef à l'Ecole Polytechnique de Palaiseau. Rien de tel pour ragaillardir la patronne des patrons, pour qui la crise actuelle n'en est pas une. Son programme ? « Voir en grand ». Difficile de faire plus optimiste. Côté politique, le PS va s'installer à La Rochelle en fin de semaine. Une ambiance post estivale propice à la bonne humeur. Un week-end où Ségolène, Martine, Bertrand et Laurent seront tout sourire et courtoisie. Où chacun sera prévenant envers l'autre et évitera le croche-patte. Car c'est ça aussi, l'université d'été, un léger appui sur la touche « pause » de la télécommande de l'anxiété.

Même chez les Verts, réunis à Toulouse, c'est le grand rassemblement unanime. C'est dire l'effet que peut produire un week-end partagé sous un chapiteau à déguster des merguez (bio). Une euphorie qui touche même la LCR du côté de Port Leucat. Olivier Besancenot et ses amis ont même entamé un grand nettoyage de fin d'été. Adieu trotskisme, bonjour anticapitalisme. Le parti extrême gauchiste s'appelle dorénavant NPA (pour « Nouveau parti anticapitaliste », ne pas confondre avec une émission de télé de Canal+ aujourd'hui dissoute). Alors, si une université d'été parvient à chambouler une doctrine vieille de 80 ans, elle pourra sûrement regonfler le moral en berne de tout un chacun.

A condition de respecter quelques règles. Car l'exercice obéit à des codes précis. Il faut choisir un lieu signifiant. On évitera Saint-Trop', trop nouveau riche, et on mettra le cap sur la côte Atlantique, plus familiale et sportive. Et puis, pour qu'une université soit réussie, ses participants doivent obéir à un dress code élaboré. Pas question de sortir les robes griffées ou les cravates. À l'inverse, on évitera les tongs. On est décontracté, pas relâché. La chemisette et le pull sur les épaules conviendront aux hommes, alors que pour ces dames, si elles ont croisé le Dalaï Lama durant l'été, comme Ségolène Royal ou Carla Bruni-Sarkozy, une écharpe blanche sera du meilleur effet.

Ce que l'on dira au cours de ces journées a peu d'importance. On n'est pas là pour râler et dénoncer. Mais pour motiver et se motiver. Alors dépêchez-vous de boucler vos valises et si votre boss, ou votre conseiller ANPE, n'est pas d'accord pour vous accorder quelques jours, invitez-le à vous rejoindre. L'ouverture politique et le débat contradictoire sont aussi des ingrédients indispensables à une université d'été réussie.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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