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A quand la fin des mots creux dans les annonces de recrutement ?

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Sylvia Di Pasquale

02/07/2018

La marque employeur, il l’a inventée, il y a quelques années déjà. Mais aujourd’hui, Didier Pitelet, fondateur de l’agence Onthemoon, voit son bébé dévoyé. Alors ce pro de la communication de recrutement a pris la plume pour dénoncer, à la sulfateuse, les mots fourre-tout. Ceux que les entreprises font mousser à tire-larigot sur les réseaux sociaux pour des candidats censés être dupes de leur « bienveillance » et de leur « agilité ».

Le management de ces boîtes ? Il est évidemment « responsabilisant » dans un super-chouette univers de « co-construction »« les relations sont libérées ». Un chamallow lexical que les entreprises copient et recopient à l’infini, persuadées d’utiliser des termes terriblement modernes et efficaces. Pas pour Didier Pitelet pour qui, « ces mots élégants dans la forme, creux dans le fond, transforment la parole d’entreprise en une bouillie insipide dans laquelle les talents sont censés se reconnaitre. »

Pourquoi en est-on arrivé là ? Le sniper a son idée : « le parler creux prime sur le parler vrai par manque d’audace mais aussi d’éveil en humanité de nombre de dirigeants, coulés dans le moule de l’hypocrisie statutaire et financière. »

Ces mots vides de sens, assénés par des entreprises « moutonnières », ont pour unique résultat de tomber à plat auprès des jeunes générations qui ne sont pas dupes de leur vacuité, et des générations plus expérimentées et plus blasées qui ont vu passer tant d’autres balivernes sur le fleuve de leur carrière.

Ces mots élégants dans la forme, creux dans le fond, transforment la parole d’entreprise en une bouillie insipide dans laquelle les talents sont censés se reconnaitre.

Alors on fait quoi pour sauver le soldat marque employeur ? Pour le boss d’Onthemoon, « l’entreprise lieu de vie doit, si elle veut espérer gagner la bataille, oser se défaire des mots fourre-tout au profit de son propre récit culturel, forcément unique. » Un récit qui ne doit pas faire l’impasse sur les mots et les idées, mais cette conquête doit passer par le courage, celui « d’un voyage de l’intérieur vers l’extérieur et des allers-retours permanents pour éviter que des convictions ne se transforment en certitudes dogmatiques. »

Un bien vaste programme, un gros challenge à relever, mais c’est le prix à payer pour attirer les vrais talents qui, aujourd’hui plus que jamais, ne veulent plus d’un vernis communicationnel. Un vernis auquel ils préfèrent un interlocuteur, et peut-être futur employeur, qui pose sur la table les véritables cartes de l’entreprise qu’ils leur proposent d’intégrer. Et cette honnêteté permettra, aux boîtes qui parviendront à se l’imposer, de creuser la différence, en ces temps de pénurie de cadres, avec toutes celles qui resteront engluées dans le creux des mots. 

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

[Cet article est un éditorial qui reflète le point de vue de la rédaction. Le forum ci-dessous vous permet de le commenter ou d’apporter votre témoignage en lien avec le sujet évoqué, dans le respect des principes éthiques et de savoir-vivre (comprenant l’écriture avec un certain soin). Nous avons hâte de vous lire et vous remercions de votre visite.]



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réaliste

05/07/2018

à 15:45

L'annonce est l'image de l'entreprise.
Mots creux = entreprise creuse !

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Klaus

03/07/2018

à 18:48

1er constat: la novlangue a supplanté le français dans tous les domaines, du politique aux affaires, sans parler des manuels scolaires affligeants. Apprenons déjà à nous exprimer avec clarté et concision sans recourir à des mots aussi creux que leurs auteurs et à des anglicismes bidons.
2ème constat: les français, déjà défiants par nature, ne sont pas dupes de la logorrée des entreprises. Celle-ci est même contre productive.
3ème constat: "pénurie de cadres"? on croit rêver. Pénurie de jeunes de 25-35 ans formés au numérique, oui. Sous-emploi massif des autres.
Solutions?: Utiliser des mots qui nous ressemblent, sans pour autant niveller vers le bas, avouer ses erreurs, sans prêter le flanc, manier l'humour et le décalage, sans confondre l'entreprise avec un cabaret. Et surtout,"walk the talk" (désolé, ça sonne mieux en anglais).

> Répondre

David Begard

03/07/2018

à 15:53

Merci pour cet article !!!
N’est ce pas la suite logique d'années de non-choix avéré imposé par le législateur ? Je m’explique.
Ayant beaucoup recruté par le passé, j’ai toujours su, avant même de passer mon annonce, ce que je recherchais : un homme, une femme, un junior ou un senior, une personne issue des minorités ou pas,... Mais impossible de le dire et pire de l’ecrire. Mais mon choix était fait et il ne fut que très rarement modifié. Que de temps perdu et d’énergie dépensé à prendre connaissance des centaines de CV que je recevais après chaque annonce puisque je ne pouvais pas dire ouvertement quel candidat je recherchais précisément. Et combien de déçus, d’aigris ai je fait en ne répondant pas ou plus à leur courrier.
Nous sommes ici, je pense, dans la suite logique de cette absence de concret, de copier/coller, dans lequel on fait creux de peur d’en dire trop, de survendre la société, de se voir reprocher par la suite tél ou tel propos.
Si on pouvait simplement affirmer ses choix, ses valeurs, ses orientations, sa vision de l’entreprise sans peur d’être taxé de raciste, d’homophobe, de sexiste, peut être sera possible de dire que sa société n’est pas la meilleure, qu’il n’y pas beaucoup d’avantages, que le restaurant d’entreprise ne sert pas que du bio et qu’il n’y a pas de salle de sieste. Mais une envie vraie de travailler avec telle ou telle personne.
Un jour peut être ....

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Thierry Franck

03/07/2018

à 14:57

Il aurait été bien de prendre un exemple... et de parler aussi des entreprises qui e font de la pub lorsqu'une annonce parait et 3 jours plus dit que le poste n'est plus a pourvoir.
Ils se foutent de la gueule du monde ! Cadremploi devrait demander un minimum d'informations telles que le secteur , les lignes de produits le lieu. De toutes façons il est impossible de les joindre Vous savez: "Si dans 3 semaines vous n'avez pas de nouvelles..."

> Répondre

Klaus

03/07/2018

à 14:51

1er constat: la novlangue a supplanté le français dans tous les domaines, du politique aux affaires, sans parler des manuels scolaires affligeants. Apprenons déjà à nous exprimer avec clarté et concision sans recourir à des mots aussi creux que leurs auteurs et à des anglicismes bidons.
2ème constat: les français, déjà défiants par nature, ne sont pas dupes de la logorrée des entreprises. Celle-ci est même contre productive.
3ème constat: "pénurie de cadres"? on croit rêver. Pénurie de jeunes de 25-35 ans formés au numérique, oui. Sous-emploi massif des autres.
Solutions?: Utiliser des mots qui nous ressemblent, sans pour autant niveller vers le bas, avouer ses erreurs, sans prêter le flanc, manier l'humour et le décalage, sans confondre l'entreprise avec un cabaret. Et surtout,"walk the talk" (désolé, ça sonne mieux en anglais).

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