"Attention... vous allez être déconnecté"

Sylvia Di Pasquale

Et vous, cet été ? Serez-vous déconnectable du portable, aphones de l'I-Phone et dessaisis du Blackberry ? C'est toujours la même histoire. Et la même question qui se pose au moment de refermer le hayon sur onze mois de peine et de valises trop pleines. Dois-je rester joignable même au camping de la Bourboule ? Lequel peut élégamment être remplacé par un mât provençal, une yourte ouzbèque ou un abri marin breton.

Et vous, cet été ? Serez-vous déconnectable du portable, aphones de l'iPhone et dessaisis du Blackberry ? C'est toujours la même histoire. Et la même question qui se pose au moment de refermer le hayon sur onze mois de peine et de valises trop pleines. Dois-je rester joignable même au camping de la Bourboule ? Lequel peut élégamment être remplacé par un mas provençal, une yourte ouzbèque ou un abri marin breton.

C'est vrai que la question écartèle celui qui se la pose. Il faut dire que son cher N+1 est un fondu de nouvelles technos. Pendant les 67 heures de travail hebdomadaires (en période de creux), il pratique en direct, façon interro surprise à Guantanamo. Après les heures de boulot et pendant les congés, il maintient le contact à coup d'emails ou de SMS à ses collaborateurs.
Et s'il n'y avait que lui...  C'est que, nous-mêmes, en quittant le bureau pour trois semaines de repos, on a confié la boutique à Jean-Do. Lequel peut élégamment être remplacé par Antoine, Sophie ou Phulbère. Ce n'est pas qu'on ne leur fait pas confiance. Mais un bon flicage évite les dérapages. Et un peu de pression à distance permet de garder ses troupes sur les rails.

C'est tentant de rester branché pendant ses congés. Même pour ceux qui cherchent à changer de poste pendant les vacances et qui attendent le coup de téléphone ou le mail de ce recruteur rencontré in extremis avant de partir.  Mais d'un autre côté, il y a le tribunal familial. Entre le procureur conjoint (« je te préviens, si tu réponds à ce coup de fil, je fais venir ma mère  ») et les parties civiles progénitures (« Maman, dis à ton boss que l'esclavage est aboli, sinon on le dénonce sur Facebook »), on risque à tout moment la peine maximale et incompressible. Et que les célibataires ou les sans-enfants ne ricanent pas, les amis en vacances sont souvent moins indulgents (« Au tarif horaire, tu vas bientôt passer en dessous du smic. »)

Incapable de choisir, on ne sait pas sur quel sans-fil danser. C'est peut-être pour décider à la place des indécis que le principal syndicat de la fonction publique canadienne a réclamé à son gouvernement une « prime Blackberry ». En gros, les agents publics de la Belle Province ont demandé à leur Etat employeur qu'il leur paie le temps connecté en dehors des heures de boulot. Le gouvernement fédéral d'Otawa a décliné l'invitation. Il n'y aura point de prime. Et les fonctionnaires nord américains ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes pour décider de couper, ou pas, leurs petits appareils lorsqu'ils ne travaillent pas.

Alors qu'il aurait été tellement plus simple, et un peu plus lâche, de s'en remettre à une décision supérieure, et à une petite prime, pour justifier auprès de leur proche le fil à la patte pendant les vacances.
De ce côté-ci de l'océan, pas de prime Blackberry ou Iphone demandée ni obtenue. Et c'est à chacun de mettre son concentré technologique dernier cri en position off. Ou d'assumer de le laisser allumé. C'est finalement aussi simple que ça. Faire des choix et s'y tenir.

Alors, c'est dit : on coupe ! Et on ne changera pas d'avis. Sauf le matin en catimini vers 7h30, quand la maisonnée dort encore, pour vérifier qu'il n'y a pas d'emails urgents. Sauf pour cette conf'call qu'on avait calé depuis longtemps. Sauf au cas où Nico du marketing nous appelle (mais ça n'arrive jamais, ou seulement quand c'est trop important comme tout à l'heure ou cet après-midi ou demain soir). Sinon, promis, on fait taire la bête. Sauf pour consulter Cadremploi et ses éditos qui ne s'arrêtent pas en été.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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