Besoins en main-d’œuvre : les qualifications payent

Sylvia Di Pasquale

Besoins en main-d’œuvre : les qualifications payent

« Ça va mieux ». François Hollande l’a affirmé jeudi dernier sur France 2. Ce que l’enquête annuelle de Pôle emploi sur  les "Besoins en main-d’œuvre" semble confirmer. Plus de 1,8 million d’embauches – un record – sont prévues en 2016 selon cette étude. Avec une hausse de 5,1 % par rapport à l’an passé, c’est le meilleur score enregistré depuis 7 ans, depuis le début de la crise. Génial, royal, on est enfin tiré d’affaire, c’est la fin de la galère et le chômage s’en va jouer la fille de l’air.

Sauf que, comme le président qui confond les grands indicateurs au vert et le chômage dans le rouge, ce cru du BMO affiche des chiffres positifs en vitrine mais cache des inégalités et des disparités au fond de la boutique. Car Pôle emploi ne sélectionne pas : une embauche est une embauche, que le contrat dure une semaine ou qu’il soit infini. Et comme les contrats courts explosent, les recrutements suivent cette voie. Un signe du recourt massif à ces mini contrats qui influent sur la hausse des besoins en main d’œuvre ? Quatre embauches sur 10 prévues cette année concernent les services à la personne ou aux entreprises et les recrutements de saisonniers sont en hausse de 8,6 %. Femmes de ménage et serveurs de l’hôtellerie et de la restauration, vendangeurs et cueilleurs sont donc recherchés, sans avoir besoin d’être hyper qualifiés, mais sans être hyper assurés d’avoir un job toute l’année.

À l’autre extrémité de la qualification en revanche, les ingénieurs en R&D et les informaticiens sont eux aussi courtisés, et comme on ne prête qu’aux riches, on leur propose évidemment des CDI. Entre ces extrêmes ? Pas grand-chose. Les qualifications moyennes végètent, les souhaits de recrutement dans l’industrie progressent moins vite que l’année précédente. Il y a bien une note d’espoir du côté du bâtiment qui, optimiste, mise sur une hausse des recrutements de 12 %. Un rebond qui intervient après plusieurs années de chute libre. De même, les plombiers, couvreurs et bouchers sont recherchés. Mais pas grand monde ne souhaite candidater. On a beau leur répéter qu’un bon charpentier peut gagner le même salaire qu’un cadre, les candidats savent qu’on parle d’un patron charpentier, pas d’un ouvrier, juché à quinze mètres du sol et payé à peine plus du Smic.

Le vrai constat du BMO 2016 est peut-être là : un emploi stable pour les candidats très diplômés, un job précaire pour ceux qui sont sous-qualifiés, un refus de s’engager dans des carrières pénibles et mal payées. Entre ces extrêmes, pour tous ceux qui n’ont que des compétences et des qualifications moyennes, l’année restera celle des difficultés à décrocher un job, comme les années précédentes. Sauf que ces qualifications moyennes sont majoritaires en France.

@Syl_DiPasquale © Cadremploi.fr

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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