Cadres bénévoles, mais pas trop

Publié le 02 avril 2007 Sylvia Di Pasquale

On s'imaginait que c'était un truc de seniors dégagés des obligations salariales. Ou d'étudiants idéalistes. Et l'on se fourvoyait. Selon l'Insee, 30 % des actifs ont une activité bénévole, contre 23% des retraités. Parmi les premiers, 40 % ont, au moins, un niveau bac. Voilà qui fait pas mal de cadres engagés dans des actions associatives. Mais comment font-ils ? Comment les cols blancs pressurisés, flippés, stressés, et surbookés peuvent-ils bien trouver le temps « d'être utiles à la société », raison invoquée par 81 % des personnes interrogées et engagés dans ce type d'action ?

La réponse est peut-être dans la question et dans l'évolution de cet univers où l'on se dépense sans être rétribué. C'est que la donne est en train de changer au royaume de l'associatif. A l'engagement total pour une cause globale, semble se substituer une autre, plus ponctuelle, plus individualiste aussi. D'après l'étude 2007 menée conjointement par le Cerphi - le Centre d'étude et de recherche sur la philanthropie - et France Bénévolat, les nouveaux bénévoles sont avant tout des spécialistes. La logistique, la gestion, le commerce ou la communication trouvent largement leur place dans l'humanitaire, le social ou l'action culturelle. En plus, pour les deux tiers de ces nouveaux fantassins de la loi 1901, l'aide qu'ils apportent ne dépasse pas deux heures par mois. Ce qui permet aux cadres d'y succomber sans trop empiéter sur leurs horaires de boulot à rallonge. Une façon de ménager la chèvre et le chou. Une manière, sans doute, de trouver malgré tout, un équilibre personnel. De pouvoir se regarder sereinement dans son miroir chaque matin, malgré un univers professionnel de plus en plus dur, de plus en plus violent, où le simple travail bien fait est remplacé par une lutte sans merci pour la survie d'une entreprise, d'un service ou d'un emploi.

Ce regain de l'action caritative pourrait donc n'être qu'un symptôme supplémentaire d'un malaise. D'autant qu'il ne fait pas non plus l'affaire des responsables du secteur qui déplorent, évidemment, le peu de temps consacré à leurs œuvres mais aussi un phénomène de zapping. Car les nouveaux bénévoles veulent du concret, de l'immédiat et sont plus sensibles à des actions précises qu'à des causes globales. Lorsque leur tâche est accomplie, ils n'hésitent pas à changer de crèmerie, si celle d'à côté offre d'avantage d'intérêt. C'est donc de développement personnel qu'il s'agit, plutôt que d'intérêt général. Même si le fait d'être « utile à la société » est avancé comme critère majeur d'engagement.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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