Ces doux dingues qui aiment leur travail

Publié le 24 octobre 2017 Sylvia Di Pasquale

Ces doux dingues qui aiment leur travail

Le stress, la pression, les journées à rallonge, la fatigue et le manque de temps. Le boulot c’est ça : des contraintes, de la pénibilité parfois et des inconvénients souvent. Qu’on soit médecin, avocat, chef de projet de rien, responsable de tout, commercial de petits comptes ou de mastodontes, conducteur de micheline ou de TGV, on se plaint, on attend les vacances, le week-end, les ponts de mai et la retraite. Mais ce travail qu’on maudit on l’adore aussi. On le hait et on l’aime. On le voudrait facilité, mais on ne veut pas s’en passer.

Quel curieux phénomène rarement et trop mal observé que celui-là. Jusqu’à l’enquête de Patrick Bride et Pierre Madiot. Après deux ans de recherches et d’histoires recueillies, les deux compères ont livré leur fruit. Vous faites quoi dans la vie ?* sort ces jours-ci dans les librairies et se contente de donner la parole à des salariés, des indépendants, des cadres et des sans-grade, des actifs du public et du privé. Tous évoquent ce paradoxe.

Celui des contraintes et de l’amour de leur boulot, qu’ils le transforment en mission sacrée, qu’ils s’en fassent un devoir, ou une question d’honneur, chacun veut faire aboutir son projet, sa tâche ou sa mission. Pour y parvenir, ils slaloment entre les contraintes, driftent sur les pressions, surfent sur les tonnes d’obstacles qui chaque jour, et tout au long des jours, se dressent devant eux. Ces hommes et ces femmes avec leurs stratégies de l’évitement et de l’adaptation, c’est nous tous, cadres, ingénieurs, experts, ou simples collaborateurs. Un acharnement que la seule rémunération ne saurait justifier.

Il y a tout ce que le travail représente et qui transpire de tous les témoignages de l’ouvrage. Il y a la fierté, de la mission accomplie, du projet abouti, des collègues et du boss ébahis. Des fiertés parfois altruistes, mais parfois aussi égoïstes, car on est fait ainsi. Et que dans n’importe quel métier, il y a ces petits-rien qui rendent le travail possible malgré tous les obstacles rencontrés. Ces solutions qu’on trouve, ces paroles qui apaisent, ces gestes fraternels, tous ces petits-rien humains qui font du bien.

Alors, puisque la disparition du travail n’est plus un sujet totalement absurde, avant que n’arrive l’heure des robots partout et du labeur raréfié, le débat sur le sens, le mérite et l’intérêt du travail humain doit être ouvert sans que ses seules contraintes ne viennent témoigner à la barre.

Et dans ce procès du boulot, le livre de Patrick Bride et Pierre Madiot, doit absolument être versé au dossier. Pour sa sagacité.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi.fr

Dessin de Charles Monnier

* Vous faites quoi dans la vie ? Patrick Bride et Pierre Madiot, Editions de l’Atelier, 2017

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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