C'est quand qu'on va où ?

Sylvia Di Pasquale

Quitter sa villégiature pour retrouver son quotidien, ça vous pince forcément le trop peu de vacances. Un goût de reviens-y qui pourrait faire des ravages cette année. Car le retour au boulot, en cette rentrée, n'est peut-être pas le plus motivant de la décennie. En général, on sublime et ça marche. On raconte la riviera turque ou les villes d'arts italiennes à ses collègues de bureau et on se dit, qu'au fond, ils sont moins plombants que la grand-tante maniaque ou le copain dépressif qu'on s'est coltiné tout l'été.

Mais ce coup-ci, il va falloir se forcer un poil pour ne pas regretter la parenthèse estivale. En cette semaine où bon nombre de vous et moi retrouvent le chemin du labeur, le temps se couvre. Pas question de profiter d'un été indien économique. Le PIB du deuxième trimestre et la croissance du mois de juin sont à la ramasse, façon Manaudou à Pékin. Et les mots clés de cette rentrée seraient plutôt « crise » et « récession » que « prolongateur de bronzage » et « soirée photos ».

Voyez les membres du gouvernement. À peine rentrés de l'Ile de Ré (pour les ministres d'ouverture) ou de Saint Trop' (pour les bling-bling), les voilà convoqués fissa dès ce lundi matin à une réunion de crise à Matignon. L'ordre du jour officiel ? « Analyser les causes de la dégradationde la conjoncture et identifier les réponses qui devront y être apportées ». Même si l'on sait déjà qu'en guise de réponses, il ne faut pas s'attendre à de tonitruantes annonces. Les éléments d'une bonne vieille crise économique sont donc en place, avec l'impuissance plus ou moins prononcée de tous les gouvernements pour y faire face.

Evidemment, dans la liste d'inquiétudes que créent ce type de situation, l'emploi est en pole position. Pourtant, à la lecture des analyses économiques parues depuis le mois d'août 2007 et la crise des subprimes, premier signal de la récession annoncée aujourd'hui, on trouve peu de références à une remontée du chômage possible. Au contraire. Selon l'Agence pour l'emploi des cadres (Apec), la France connaît le plein emploi puisque le taux de chômage des cols blancs est tombé à moins de 5%. Alors on s'interroge, on se questionne et on se demande d'où provient cette dichotomie. Car tout de même, l'Insee a révélé la semaine passée que, pour la première fois depuis 2003, la France avait perdu plus d'emplois qu'elle n'en avait créé au cours du deuxième trimestre de cette année. Dans la foulée sont tombés les chiffres de l'intérim, négatifs eux aussi : moins 45 000 postes en un an. Et comme s'il fallait en rajouter, d'autres chiffres sont publiés, ceux de l'industrie, qui a enregistré un déficit de 11 600 postes, toujours au second trimestre, par le jeu des externalisations, restructurations, délocalisations.

Alors, si plein emploi il y a toujours pour les cadres, peut-être faut-il remercier les métiers pénuriques, comme l'informatique ou les professions commerciales. Peut-être faut-il également tirer un coup de chapeau aux baby-boomers qui partent encore massivement à la retraite. Autant de situations qui peuvent ne pas durer. A chaque crise, l'informatique trinque plus que d'autres branches. Quant aux seniors en partance, ce sont autant de salariés que les entreprises en difficulté n'ont pas besoin de licencier ni de remplacer. Pour les cols blancs désireux de se faire embaucher ou de changer d'emploi, il est donc temps de rebondir avant que les affaires ne se gâtent. Vite.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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