Chômage des jeunes : un secret bien gardé

Sylvia Di Pasquale

Dans le registre des chiffres catastrophiques, vous pensiez être blindés, revenus de tout et prêts à encaisser des tombereaux de baisses en tous genres. Mais ceux qui figurent dans la note gouvernementale et confidentielle révélés cette fin de semaine par le quotidien en ligne Mediapart (1), ont de quoi filer un coup de bourdon aux pessimistologues les plus blasés. Selon la note, le chômage des jeunes issus des "zones urbaines sensibles" a progressé de 57,2 % entre janvier 2008 et janvier 2009. Résignés, on se dit que c'est une situation logique, puisque cette population, discriminée et en manque de qualification, est la première à souffrir de la crise.

Sauf que selon la note top secrète qui ne l'est plus, le chômage des jeunes les plus qualifiés, titulaires d'un niveau Bac + 3 et plus, a quant à lui totalement explosé, progressant de 104% durant la même période. Soit deux fois plus que pour les non diplômés. Exit, donc, l'explication de la sous-qualification pour justifier cette hausse. Comme la crise à elle seule, ne la justifie pas non plus, puisque celle-ci ne remonte qu'aux derniers mois de l'année passée.

Pour en rajouter dans l'effroi, la note précise également que nombre de demandeurs d'emploi issus de ces zones sensibles (750 zones officiellement recensées à travers le pays et Outre-mer), ne se donnent même plus la peine de s'inscrire au Pôle emploi, estimant que l'organisme ne peut rien pour eux et que, de toute manière, ils ne touchent, pour le moment, aucune indemnités. On n'ose même pas imaginer quels sont les chiffres effectifs du chômage dans ces quartiers.

Cette situation pose plusieurs problèmes aussi insurmontables les uns que les autres. Et on comprend pourquoi nos gouvernants n'ont pas tenu à diffuser cette note auprès des médias.

C'est que, vue l'ampleur du désastre, ces zones sensibles sont devenues des cocottes-minutes sociales qu'une simple pression supplémentaire pourrait faire exploser. Un coup de chaleur d'autant plus à redouter au moment où la France entière est à cran, ou plus de 2 millions de personnes se sont retrouvées dans la rue le 19 mars dernier, sans revendications précises mais avec un lourd sentiment d'injustice.

Et puis - et c'est tout aussi grave à long terme - de tels chiffres risquent de pulvériser l'idée même qui gouverne toutes les formes d'éducation depuis qu'elles existent. Celle, toute simple, qui veut que « si l'on travaille bien à l'école, on aura un meilleur boulot ». Une idée qui s'était transformée ces dernières années en « avec un diplôme, tu auras au moins un travail ». Et qui risque d'évoluer en « plus tu fais d'études, moins de chances tu auras de trouver un travail ».

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 23 mars 2009

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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