1. Accueil >
  2. Actualités >
  3. L'édito de Sylvia Di Pasquale >
  4. Chronique de télétravail en stade 3

Chronique de télétravail en stade 3

chronique-de-teletravail-en-stade-3

Sylvia Di Pasquale

16/03/2020

[Chronique IRL] C'est un lundi pas comme les autres pour Laurent, manager et père de deux enfants. Le passage au stade 3 est tombé samedi et de nouvelles mesures ont été adoptées pour freiner la propagation de l'épidémie de coronavirus. Les écoles sont fermées et les salariés qui le peuvent doivent rester en télétravail. C'est parti pour le cumul des mandats à domicile.

Quel est le meilleur outil du télétravailleur ? Son smartphone bien sûr. « Mais surtout la touche silence, qui permet de ne pas entendre Manon hurler contre son frère Marius. Et le mode silencieux qui permet de ne pas réveiller Marius pendant sa sieste à chaque sonnerie ».

Laurent explique toutes ses astuces calmement. Mais sous son apparence zen, c’est un Stromboli en éruption. Depuis 9 heures ce matin, il fait des allers-retours entre sa table de cuisine-bureau et le salon crèche-garderie. Parfois père attentif,

Oui, Manon, ton maquillage de fée est très beau. Ah c’est du feutre noir indélébile ?

avant de redevenir manager tout aussi attentif,

Oui Antonin, je viens de voir ton powerpoint qui clignote. Il est très beau.

Pourtant, vendredi, il était plutôt partant. La décision était prise dès ce matin-là : à partir de lundi, tout le monde se met au régime télétravail, managers comme collaborateurs. Dans son allocution télévisée jeudi, le DRH Macron l’a suggéré à tous ceux qui le pouvaient, et l’entreprise de Laurent n’a pas renâclé. D’autant que tous les parents salariés y ont vu une opportunité, un cumul des mandats entre la garde des enfants et l’avancée des dossiers, comme en témoignent ces parents interrogés vendredi.

 

Sauf que le cumul
s’est transformé en tumulte.

 

Chez Laurent, évidemment, c’est lui qui est resté seul avec ses deux enfants. Sa femme est médecin et la voilà réquisitionnée comme tous les personnels de santé. « Pas de souci ma chérie ». Poser un arrêt de travail ? Il ne voit pas l'intérêt. Il gère une équipe de 10 personnes, il ne veut pas les abandonner au moment où l'entreprise compte sur lui. Sauf que depuis 9 heures, les petits semblent caler leurs pleurs sur son labeur. Et ceux des collaborateurs qui l'appellent.

Comme Adélaïde. « J’étais pas bien hier soir déjà et ce matin c’est pire. Je me mets en arrêt maladie. Je te laisse, j’ai ma téléconsultation qui commence ». Sauf qu’en arrière fond, Laurent distingue une petite voix, charmante au demeurant : « Maman, c’est à toi de jouer, j’ai déjà avancé de trois cases ». Adélaïde doit garder sa fille mais n'a pas envie de le dire. Pas le temps de lui expliquer qu'elle en a tout à fait le droit.

Autant refiler son dossier urgent à Bertrand. « Allo, Bertrand ? ». « Nan, mon papa, il peut pas vous parler, il est aux cabinets ».

Il n’est pas onze heures et Laurent a déjà des rêves de siestes, de transats réglés en position allongée, de musique susurrée et de cocktails sucrés. Mais surtout pas de cocktails composés d’écoles fermées, de télétravail obligé, de mensonges d'équipiers et de petits standardistes désinhibés.

 >> Lire aussi nos conseils pour travailler sereinement à distance, même si vous n'êtes pas parents

Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

 

Il n'y a pas de

commentaires

Participez à la discussion

Réagir à cet article

Soyez le premier à commenter cet article.

+