Comment ne pas se mettre les cadres à dos...

Sylvia Di Pasquale

En général, lorsqu'une manif n'attire que quelques centaines de badauds, c'est un énorme bide. Et dans le camp d'en face, on ouvre lemousseux, on envoie la chenille qui redémarre et on monte le son. Ce devait être la réaction logique de Xavier Bertrand et de ses équipes après la très maigre mobilisation des cadres, mercredi dernier, sur la suppression possible de leurs RTT décidée à l'Assemblée. Or, deux jours après le pauvre cortège, le ministre du Travail et des Relations sociales s'est fendu d'une lettre personnalisée à chaque syndicat ayant appelé à la manif et d'un texte d'explication livré à la presse.

Loin de ses harangues précédentes où il expliquait vouloir « en finir avec les 35 heures », Xavier Bertrand se révèle tout doux avec la réduction du temps de travail dans ses deux missives. Selon lui, le texte portant le nombre de jours travaillés à 235 au lieu de 218, apporte aux cadres des protections nouvelles.

Lesquelles ? Facile. Il estime qu'aujourd'hui, un col blanc peut travailler « potentiellement jusqu'à 282 jours sans majoration de rémunération. » Demain, grâce à la super loi, c'en sera fini : ce sera 235 jours maxi pour tout le monde. Xavier Bertrand occulte simplement que, jusqu'à présent, aucune convention collective en France ne dépasse le cadre des 218 jours et que pour passer outre ce plafond, il faut en passer par l'Inspection du travail qui doit délivrer une autorisation officielle. Autant dire que ce type de tractation est aussi rare qu'une journée de bureau de 6 heures pour un manager. On nous rétorquera que nombre de cadres dépassent allègrement leur forfait annuel en bossant chez eux, pendant leurs vacances, dans les transports ou tout simplement à leur bureau, au nez et à la barbe de toute législation. Mais la nouvelle loi ne saurait les protéger plus qu'auparavant.

Cette nouvelle loi contient, selon le ministre, d'autres « avancées sociales ». Comme la consultation annuelle du comité d'entreprise censé livrer son avis sur le forfait annuel. Les cadres des entreprises de moins de 50 salariés qui ne disposent pas du moindre embryon de comité apprécieront. Autre progrès majeur : l'obligation faite aux employeurs de mettre en place un entretien annuel avec chaque salarié forfaitisé. Parfait pour les très rares cadres qui n'en passent pas encore par cet exercice ultra répandu. A condition que cet entretien débouche sur une action concrète. Ce qu'aucune loi ne réclame.

Évidemment , ce mot d'excuses du ministre aux syndicats est dans la droite ligne de ce type d'échange : un classique de la relation sociale. Mais celui-ci résonne d'une très étrange façon, en raison du peu de mobilisation suscitée après le vote à l'Assemblée. Le tollé syndical n'a pas été suivi car les cadres sont toujours aussi peu prompts à défiler dans les rues. L'ampli médiatique a joué son rôle si bien qu'aujourd'hui, même s'ils sont en vacances, tous les cols blancs sont au parfum de ce qui les attend.

Alors ce que Xavier Bertrand redoute, bien au-delà d'un défilé Bastille-Nation, c'est une autre mobilisation des cadres. Celle qui prendrait la forme d'une désaffection des urnes. Selon les principaux instituts de sondage, l'électorat cadre, du moins une courte majorité, était favorable à Nicolas Sarkozy en 2007. Vue la côte de popularité du Premier élu, le moment est peut être malvenu pour perdre un tel appui.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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