De la nécessité de la stupidité en entreprise

Publié le 10 octobre 2016 Sylvia Di Pasquale

De la nécessité de la stupidité en entreprise

C’est le livre noir de l’intelligence en entreprise. Signé de deux spécialistes américains des organisations mais pas encore traduit, The stupidity Paradox appuie là où ça pique : ce paradoxe de la stupidité, celui de l’entreprise et de son drôle de fonctionnement. Un sujet qui repointe ses piquants chaque automne dans les conversations des jeunes gens aux têtes bien faites embauchés durant l’été, comme le souligne la toute dernière interview de l’un des co-auteurs du livre dans le magazine Aeon. Les chercheurs ont interrogé des centaines de ces jeunes salariés, dans de nombreux secteurs pour arriver au constat simple, mais tellement évident que pour être embauché, il faut être le meilleur, le plus brillant et le plus intelligent. Mais qu’ensuite, une fois dans la place, un gros couvercle est posé sur cette marmite de l’intelligence pour l’étouffer.

Les mêmes gars et filles brillants et surdiplômés ne sont plus alors que de bons petits soldats, des exécutants binaires ou des décisionnaires de pure forme. Certes, leur vaillance intellectuelle sert toujours un peu, mais uniquement pour couvrir d’un fin vernis leurs tâches routinières.

André Spicer, l’un des co-auteurs, tente une explication. « En évitant de trop réfléchir, les salariés peuvent se concentrer sur les problèmes et les résoudre. » C’est bien connu, arrêter de se plaindre permet de gagner en productivité. Pour lui, minimiser les phases de réflexion évite aussi les conflits entre collègues. Finalement, la méthode du plus petit commun dénominateur a du bon. Elle permet à l’entreprise d’avancer et au collectif de fonctionner. Juste l’inverse d’un management moderne.

Mais dans ce cas, pourquoi recruter des cerveaux parfaitement opérationnels, et aptes à réfléchir au-delà de leur tâche routinière ? Parce qu’à un moment de leur carrière, ces jeunes doués grimperont les échelons de la décision et devront utiliser leurs neurones à plein temps. Du moins dans une entreprise idéale. Celle qui entraîne non seulement ses cadres dirigeants mais aussi tous ses collaborateurs à réfléchir, pour changer, évoluer et se transformer si nécessaire. Comme c’est le cas dans les boîtes actuellement en plein chamboulement de leur business model. Certaines y parviendront, d’autres pas.

@Syl_DiPasquale

Dessin de Charles Monnier

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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