Distribution : on y vient aussi par hasard

Publié le 26 mars 2007 Sylvia Di Pasquale

Il ne sait toujours pas ce qu'il fait là. Ça ressemble à tout ce qu'il déteste. Des dizaines de boîtes regroupées dans un même hall. Dans de petits stands, les recruteurs attendent et, devant eux, des postulants défilent. On appelle ça un « job forum ». Une espèce de casting à la « Nouvelle star » sans jury expéditif. Ni candidats approximatifs ou superlatifs. Surtout que ce jour là, à la Porte de Champerret à Paris, c'est la fête à la distribution. Et pour être chef de rayon, de département, de secteur, ou de magasin, pas besoin d'avoir le groove. C'est même fortement déconseillé.

Enfin, c'est ce qu'il croyait. Il en était resté à la blouse blanche, au stylo derrière l'oreille. De sa propre initiative, il ne serait jamais venu. La distrib' ? Un truc de galérien. Il ne s'est pas coltiné une grande école pour finir en tête de gondole. Mais d'autres lui ont dit de jeter un œil, d'aller vérifier deux ou trois clichés. Pourquoi pas, après tout. Pourquoi ne pas y aller comme on va visiter un pays étranger. De toute façon, depuis trois mois qu'il est viré, il ne sait pas bien dans quelle direction aller, quel métier choisir, dans quel secteur s'incruster. Alors il est là et feuillette le catalogue du salon. Les enseignes présentes, il les connaît presque toutes. Mais il était loin d'imaginer qu'elles recrutaient. A tous les niveaux, et dans toutes les spécialités.

Curieux, ce milieu. On dirait que tous ces gens trouvent normal d'embaucher tout le temps des adjoints juniors ou des directeurs de magasins expérimentés, des rois de la logistique, des papes du contrôle de gestion. Des commerciaux et des gestionnaires. Du côté des candidats, on trouve tout aussi logique de faire la fine bouche, de prendre son temps, d'agir en client. Intrigué, il laisse ses oreilles traîner. Deux jeunes types discutent entre eux, juste à côté de lui. « Quand je lui ai dit que j'avais une maîtrise de lettres modernes et que j'ai bossé comme libraire pendant deux ans, j'ai cru qu'il allait tomber de sa chaise » plaisante le premier. « Et il t'a jeté ? » demande le second. « Pas du tout, je le revois la semaine prochaine. Il cherche quelqu'un pour diriger un secteur livres. » Dans sa main, il tient la plaquette d'une grande enseigne de distribution culturelle. Notre observateur a envie de les interpeller, « Attendez, c'est pas comme ça que ça se passe, il faut avoir fait ses armes dans la grande distribution pour candidater. » Mais il se ravise, et ouvre à nouveau son catalogue. Il vient d'avoir une idée. Depuis qu'il est tout petit, il a une passion pour les autos.

Les toutes petites sont devenues plus grandes, plus chères et plus salissantes. Il en a une, très âgée et très italienne. Il a mis des mois à la remettre sur ses pneus. Elle roule à peine, mais faut pas lui dire, ça lui ferait trop de peine. Travailler dans l'automobile. Il ne l'avait jamais envisagé. Il n'est pas ingénieur, et le marketing auto, il faut y atterrir dès la sortie de l'école. Mais plusieurs chaînes de distribution et de réparation sont venues jusqu'ici. Elles ont planté leur stand juste devant lui. Il a bien pris son CV, ses copains avaient insisté. Mais il n'y parle pas de voitures, un loisir, une perte de temps. Pourvu qu'ils l'écoutent. Qu'il puisse leur expliquer, leur parler de son carbu double corps. Pourvu qu'ils aiment les Alfa Romeo Giulietta. Modèle 1957.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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