Ecce homo, ecce robot

ecce-homo-ecce-robot

Sylvia Di Pasquale

23/03/2015

On ne voit plus guère de secrétaires. Et on se doute bien qu’avec la multiplication des sites de voyages, le métier d’agent chargé de nous dégotter des vacances pas chères connaît quelques misères. On y pense, quand on écrit nos courriers ou en cherchant un vol low cost. Et puis on passe à autre chose. Jusqu’à ce qu’on nous colle sous le nez des chiffres vrais de vrais : ceux des suppressions d’emplois liées aux progrès technologiques. C’est le portail d’études Statista qui les a compilés, et le site Capital.fr qui les a relayés la semaine passée.

D’accord, ils ne concernent que la seule ville de Londres. Mais la City britannique est un excellent thermomètre de l’hémorragie que l’on retrouve partout ailleurs. C’est ainsi que l’on apprend que 32 900 secrétaires sont passées à la trappe depuis 2001. Et 7 300 agents de voyages ont disparu des radars. Mais ce qui frappe dans ce triste classement, c’est, outre ces suppressions attendues, le niveau élevé de qualification des autres métiers en voie d’extinction. Car les comptables, commerciaux, libraires, employés d’assurances ou agents chargés de recouvrement sont eux aussi menacés et ont, eux aussi, payé leur tribut au progrès.

Autant de professionnels souvent très bien formés et parfaitement compétents. Bien sûr, les technophiles rétorqueront qu’un métier de perdu, c’est dix nouveaux boulots apparus. Outre le fait que cette proportion est loin d’être crédible, ces statistiques anglaises mettent à mal le bon vieux conseil que nous, et de nombreux autres, livrons plus souvent qu’à notre tour à nos jeunes lecteurs : faites des études complexes et votre avenir sera assuré. Certes les machines aussi douées soient-elles n’ont pas encore remplacé les ingénieurs, les consultants de haut vol, les cadres dirigeants ou même les journalistes.

Et si ce n’était qu’une question de temps ? Si les datas et leurs algorithmes complices allaient aussi remplacer les stratèges, les conseillers de tout poil et les décisionnaires de haut vol ? C’est déjà le cas par ici. Et peut-être qu’un de ces jours, ce petit texte hebdomadaire sera rédigé automatiquement par un logiciel facétieux. Il ne restera alors qu’à devenir ingénieur concepteur de super-machines prêtes à penser et à agir comme le suggérait le cabinet Gartner en octobre dernier. Jusqu’à ce que l’un de ces derniers professionnels humains crée la super-machine à concevoir des super-machines.

 

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier 

13

commentaires

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Olivier Bleu

09/04/2015

à 12:24

Oui, les robots détruisent des emplois...
Ne pas le voir fait preuve d'une négation totale du monde dans lequel on vit.
Ceci dit :
- pour l'instant, les Chinois nous prennent plus de boulot que les robots
- pour l'instant un Chinois coûte moins cher qu'un robot.

Voilà pour une chose.

Ensuite, pour réduire le chômage, il n'y a qu'à interdire les camion et on les remplace par des brouettes... Pas terrible, hein ? On voit donc très bien que l'avenir est la robotisation à l'extrême..... Maintenant, comme le dit Julien54 il va falloir trouver un moyen d'occuper du monde et en partager les richesses.

Enfin, pour finir, quand dans les années 70-80 les usines sidérurgiques, automobiles et mines fermaient, tout le monde s'en fichait... Oui, la crasse du charbon et du cambouis ce n'était pas sexy, qu'ils disaient... Aujourd'hui c'est le tour des métiers plus sexy... Et là bien sûr on s'étonne... Ca me rappelle une commerciale de ma banque qui justifiait des frais bancaires en disant "si ma banque ne gagne pas d'argent, je ferme l'agence et je vire du monde, c'est ce que vous voulez ,"... Oui, et alors? Peugeot l'a fait et pourquoi pas le Crédit Agricole??????

En fait, le réel problème est que pour l'instant, les emplois perdus étaient assez qualifiés et assez bien payés (bac+2 et 1,5 à 2 fois le SMIC à temps plein). Que deviennent ces salariés? Serveurs à McDo au SMIC et à temps partiel...

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Olivier Bleu

09/04/2015

à 12:13

Dans ce tas de commentaires complètement idiots, vous relevez un peu le débat...

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domtom

01/04/2015

à 14:23

@ Silcano : Ce sera avec joie, dès qu'une Loi aura prévu qu'une (bonne) part des richesses générées par les robots serviront à nous verser un revenu d'existence correct, et à prévoir nos vieux jours... Mais pour le moment rien n'est prévu en ce sens...

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toto

30/03/2015

à 12:09

Mais oui!
On regrette ce temps là ou la le secrétaire était la personne détenant plus d'information que le PDG et rendant ainsi pas mal de services tout en offrant le meilleur des sourires.
Comme le mot secrétaire vient du mot secret , alors c'est une qualité rare de nos jours. Car il faut se méfier du cloud qui nous joue bien des tours tout comme certaines stars qui le confiaient bien leur petits secrets.....

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Silcano

25/03/2015

à 22:24

C'est une bonne chose : l'Homme pourra revenir aux fondamentaux comme élever ses enfants, manger, dormir et se divertir... Laissons le travail aux robots !

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L'éditorialiste

25/03/2015

à 17:57

Pas tant de redite que ça cher Vallicek puisque mon précédent édito parlait des techniques de recherche d'emploi qui n'étaient pas si "mieux avant" que cela et non des robots. Mais merci de me lire assidûment :) Sylvia

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Julien54

25/03/2015

à 02:02

Inutile de pester contre la progression technologique (qui n'est pas forcement un progrès).
Le problème n'est pas de préserver un certain volume de travail. Réduire les besoins en main d'oeuvre est plutôt une bonne nouvelle pour l'homme. Le problème est de parvenir à partager les richesses produites de manière équitable entre tous.
Il y a sans doute plein de manières de faire : revenu de base, réduction du temps de travail, Taxe sur la Valeur Ajoutée (par les robots) plutôt que taxe sur les salariés.
Sommes-nous encore au moyen age : "Celui qui ne travaille pas ne mange pas" ?

En tout cas une régulation est nécessaire pour éviter un marché du travail sauvage ou seuls quelques surdoués trouvent une place et un revenu, les autres étant relégués au rang de parasites.

Ces évolutions appellent donc d'urgence une sortie de la paralysie politique que nous connaissons depuis des décennies. Espérons que cette reprise en main se fasse de manière démocratique.

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Guilhem Bedos

24/03/2015

à 15:00

« [...] Il ne restera alors qu’à devenir ingénieur concepteur de super-machines prêtes à penser et à agir comme le suggérait le cabinet Gartner en octobre dernier. [...] »

Sauf que ce n'est pas à la portée de n'importe qui, pour des questions de capacités intellectuelles comme pour d'autres plus tristement financières, donc le chômage augmentera quoi qu'il arrive. Notons au passage que ce n'est jamais qu'une redite de ce qui est arrivé au XIXe siècle avec la révolution industrielle, et rappelons au passage que la notion de chômage n'existait pas auparavant.

La seule différence avec le XIXe siècle et sa révolution industrielle tient dans l'élément déclencheur puisque le coupable n'est plus l'invention de la machine à vapeur et la production en série des biens et des objets mais l'invention du microprocesseur qui permet de rendre la production en série bien plus performante – quel que soit l'objet produit d'ailleurs : élément matériel ou bien élément bureaucratique ou comptable... Insistons sur la date aussi : le microprocesseur fut inventé dans les années soixante et le chômage des pays industrialisés s'est mis à grimper dans la décennie suivante, soit le temps nécessaire pour que l'invention en question commence à se propager. Coïncidence ? Non, bien sûr que non, même s'il y a bien évidemment d'autres facteurs à prendre en compte...

Bref, n'en déplaise à tous ces droitistes invétérés qui ne jurent que par cette valeur travail qui se voit toujours plus bradée par les patrons de ces multinationales qui délocalisent à tour de bras, il va bien falloir considérer à nouveau la baisse du temps de travail comme un passage obligé ; après tout, ça a bien marché en 1936 même si la mesure est arrivée trop tard pour éviter la seconde grande guerre – comme quoi, on ferait peut-être bien de se dépêcher cette fois-ci, mais sans pour autant se précipiter comme sous Jospin : ce n'est pas 35 heures qu'il nous fallait, mais 32, et avec réduction de salaire.

Ajoutons à ça le revenu de base pour combler les pertes des salariés qui pourront donc continuer à consommer comme avant et on devrait pouvoir s'en sortir tout en permettant les développements techniques, c'est-à-dire sociaux. Il faudra bien sûr avant ça des ajustements, des discussions, des mises au point, etc. La routine, quoi.

Comment financer le revenu de base, dites-vous ? Allons, allons : vous avez bien une idée...

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allp

24/03/2015

à 11:34

On pourrait aussi faire porter les coûts réels (humains, environnementaux, ressources naturelles limitées, éducatifs, R&D etc) par les concepteurs de robots, ça les rendrait tout d'un coup moins avantageux financièrement...

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allp

24/03/2015

à 11:32

Seule solution à mon avis: décider de ne PAS faire ce qui est pourtant techniquement possible. C'est un changement majeur dans les mentalités de notre époque où le plus souvent si on peut le faire techniquement, ça doit être bon et bien.

Et ça s'applique dans d'autres domaines aussi, la génétique par ex, on saura bientôt faire un bébé complètement artificiellement, avec des robots d'ailleurs!

Pas de pessimisme excessif pour autant, l'humanité s'arrêtera avant le gouffre!

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Vallicek

24/03/2015

à 11:20

chez capital, je vois 15900 caissiers en magasin, ce n est pas le genre de professionnel tres bien forme, ca ressemble plus au porteurs d eau du XIXe siecle, qui nous manquent tellement, d ailleurs.

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Vallicek

24/03/2015

à 11:19

"professionnels souvent très bien formés".... Mouais

Vous avez deja redige un article "c etait mieux avant" (http://www.cadremploi.fr/editorial/actualites/edito/detail/article/cetait-tellement-mieux-avant.html) du coup il y a redite...

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Dom

24/03/2015

à 10:43

Excellent édito.
Si encore les ordinateurs étaient lourdement taxés pour cotiser à la Sécu et la retraite de tous ceux qu'ils envoient en stage longue durée chez Pôle Emploi...
Ah mais non, on va nous expliquer que cela entraverait l'essor de la Nouvelle Economie...
Et de toutes façons nous serions bien les seuls au monde en Europe à avoir ce genre de préoccupation...
Les autres pays (USA et UK en tête) ne voient pas où est le problème, tant que la Bourse reste haute et que les riches sont très riches.

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