Elise Lucet, la nouvelle héroïne des cadres ?

Sylvia Di Pasquale

Et si la présentatrice du 13h de Cash Investigation sur France 2 était en train de défendre tous les cols blancs de toutes les entreprises françaises ? On se calme. Elise Lucet ne s’est pas lancée dans le syndicalisme, et n’a pas pris la tête de la CGC. Mais sa pétition, destinée à lutter contre la pénalisation du secret des affaires, et prévoyant de sanctionner ceux qui divulguent des agissements peu ragoûtants dans leur entreprise,  ne concerne pas que sa corporation. Car le projet de directive européenne entend sanctionner les journalistes qui révèlent ces agissements, mais aussi leurs sources. Et qui sont ces informateurs, au parfum des secrets de leur boîte, si ce ne sont les cadres ? 

L’acharnement de la passionaria de la télé a certainement participé à la prudence du législateur (sa pétition a engrangé près de 350 000 signatures), même si elle n’est pas la seule à s’être offusquée du texte. Celui-ci a disparu de la loi Macron. Et à Bruxelles, où il doit prendre la forme d’une directive européenne sur " la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués contre l'obtention, l'utilisation et la divulgation illicites", on s’interroge toujours sur sa substance. Car ce que souhaite avant tout Bercy comme l’UE, c’est protéger les entreprises contre l’espionnage industriel et la divulgation de leurs secrets économiques. Sauf que la frontière entre la dénonciation d’affaires crapoteuses d’une part, et les secrets industriels ou "businesstiques" à protéger d’autre part, semble assez flou pour que nos députés européens s’arrachent les cheveux.

Mais au final, l’affaire devrait pouvoir se régler sans que les journalistes et les lanceurs d’alerte qui dénonceront le prochain scandale UBS, HSBC ou PwC n’aillent croupir au fond des geôles. Un juge à la tête bien faite (voire un élu européen) est tout à fait capable de comprendre la différence entre une défiscalisation de masse dans un joli paradis fiscal, et une invention volée dans un bureau d’étude et divulguée à un concurrent.

Il n’en reste pas moins que sans la mobilisation d’Elise Lucet, mais aussi d’autres personnalités, la directive de départ, archi simpliste, permettait à toute entreprise, d’attaquer en justice « toute personne qui ferait des révélations considérées comme préjudiciables pour son activité ». Ce qui laissait grande ouverte la porte à tous les abus, et fermait celle de toutes les légitimes révélations. En bâillonnant, du coup, tous les cadres attachés au respect de l’éthique des affaires qui n’acceptent pas le principe malsain d’une fin que justifieraient tous les moyens. Même les pires.

@Syl_DiPasquale

Dessin de Charles Monnier

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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