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Elle se teint en brune pour faire plus sérieux

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Sylvia Di Pasquale

16/10/2017

Eileen Carey est blonde, non par coquetterie, mais de naissance. Elle s’est récemment teint en brune, non pour accommoder ses cheveux à ses yeux, mais pour lever des fonds a-t-elle confié à la BBC. « On m’a dit que les hommes se reconnaissent plus dans des PDG brunes. » Car Eileen Carey est patronne d’une start-up basée dans la Silicon Valley.

Cette transformation pose évidemment question.

On peut en vouloir aux siècles de patriarcat, à l’humour gras et à certains secteurs, comme celui de la tech, où le machisme ambiant est plus prégnant encore que dans d’autres. Selon une étude de la Harvard Business Review, 41% des femmes qui travaillent dans ce secteur finissent par s'en aller, contre seulement 17% des hommes. Mais ce n’est pas qu'une question de secteur.

La blonde ? La jolie idiote, la star des blagounettes, la belle qui doit se taire. Pratique pour paraître sexy, et décrocher son premier poste. Ensuite, ça se complique. « La perception des blondes est positive jusqu'à un certain niveau de responsabilités. Elles trouvent des emplois qui se basent sur l'image et disparaissent dès qu'on monte les échelons », explique le sociologue Jean-François Amadieu à notre consœur de Madame Figaro. La blondeur est donc jugée aguicheuse. Mais on n’a jamais traité les blondinets Ryan Gosling et Robert Redford de gentils aguicheurs.

Et si on essayait ? Et si on décidait quels sont les attributs du sérieux masculin, sur les mêmes critères absurdes que ceux qui ont fait cédé Eileen Carey  ? Les hommes, aux cheveux noirs ou châtains bien implantés ? C’est pas mal à notre bras, en soirée, pour faire rager les copines. Mais pas comme boss, ni comme fournisseurs. Pour faire sérieux, ces messieurs doivent arborer une calvitie plus qu’avancée. Leurs cheveux, les rares qu’ils doivent conserver, doivent être gris, voire blancs. Ça vous a quand même plus de crédibilité.

Absurde, évidemment.

Remarquons aussi que cette triste histoire est l’antépénultième vérification de l’adage « faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ». Puisque le slogan de Glassbreakers, la start-up d’Eileen Carey, est justement « Be you at work - Soyez vous-même au travail ». Sauf que la blonde devenue brune a agi en deux coups. Grâce aux fonds qu'elle a levés pour sa boîte, elle peut désormais aider les salariés et les salariées à se faire accepter comme ils sont, au-delà des préjugés d'un autre temps.

Sa façon à elle de lutter contre le sexisme ordinaire. D'autres ont choisi le hashtag #balancetonporc. Il déferle depuis quelques jours sur les réseaux sociaux et libère une parole tellement enfouie qu'elle a explosé avec retardement, et d'autant plus fortement.


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commentaires

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Isa, vraie blonde

17/10/2017

à 15:52

Ce que j'aimerais, c'est que cette femme, à qui je souhaite du succès dans sa mission, fasse une nouvelle levée de fonds, mais cette fois en blonde, et nous raconte.

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