En attendant de fuir Paris

Publié le 5 septembre 2016 Sylvia Di Pasquale

En attendant de fuir Paris

C’est une catharsis, un sujet qui déchaîne les passions et puis s'en va. La publication la semaine passée de l’enquête annuelle Cadremploi sur Les villes préférées des cadres parisiens a fait l’effet d’une bombe dans les rédactions (très souvent parisiennes). Ici, , ou encore de ce côté-ci ou de ce côté-, on s’étonne et on s’interroge de ce plébiscite de la fuite : 80 % des cadres parisiens rêvent d’aller vivre et travailler loin de la capitale. Bien sûr, 80 %, c'est énorme. Comme l'an passé, mais entretemps on a préféré oublier. Alors comme lors de la précédente édition de ce sondage, chacun y va de son témoignage sur l’insupportable. Sur cette Île-de-France, désirée pour ses boulots et cauchemardesque pour ses bouchons, tensions, pollution, promiscuité et prix de l’immobilier.

Et maintenant, on fait quoi ? Si l’on est une entreprise d’une des trois villes du trio de tête, on se frotte les mains. Surtout à la lecture de l’une des réponses à ce sondage, où les interrogées affirment, du moins pour 54 % d’entre eux, qu’ils seraient prêts à baisser leur salaire pour partir vers ces eldorados. Alors on organise des journées portes-ouvertes, on job-date à qui mieux-mieux, on chouchoute les Parisiens en mal d’exil et on ne se lamente plus sur la difficulté d’attirer des cols blancs plus loin que le périph'.

Mais que faire lorsque l’on est une boîte francilienne ? On commence enfin à prendre la mesure d’un problème persistant depuis une bonne vingtaine d’années. Et sans attendre les aménagements de territoire et les formidables nouveaux réseaux de transport en commun d’un Grand Paris, toujours englué dans les querelles politiques et des pré-carrés de clochers. Surtout, on arrête de vilipender le manque de motivation des collaborateurs obligés de se tasser dans des rames de RER bondées, redoutant l’annonce fatale d’un « trafic perturbé », d’un «accident de personnes » ou de « en raison d’un arrêt de travail d’une partie du personnel ». Autant de phrases maléfiques remplacées sur des panneaux lumineux par d’autres messages horrifiques à l’attention des chanceux qui peuvent prendre leur voiture : « A6 A – BP : 1h30 » ou « Pte de Bercy : bouchon ».

Pour se pencher sur le problème, avant de penser à délocaliser sa boîte à Nantes, Lyon ou Bordeaux (ce qui est aussi une solution saine), les entreprises de la région parisienne peuvent envisager un truc simple et diablement efficace : le télétravail, partiel ou total. À condition de faire sa petite révolution : celle qui consiste à changer de siècle. D’arrêter de considérer le salarié qui travaille chez lui comme une feignasse se saisissant du moindre prétexte pour s’éloigner du chef et regarder la télé. Pas gagné pour de nombreuses entreprises et nombre de leurs managers. Peut-être que le jour où leurs meilleurs éléments auront rejoint les rives du Rhône, le Pont d’Aquitaine ou l’estuaire de la Loire, se résoudront-ils à agir. Mais il sera bien trop tard et ils ne pourront que pleurer en consultant les statuts Facebook de leurs ex-collaborateurs. Des statuts remplis de jardins, de copains et, surtout, de sourires.

@Syl_DiPasquale © Cadremploi

Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

À vos agendas ! Cadremploi sera partenaire du salon Parcours France, le salon des Projets en Région, à partir du 11 octobre 2016

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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