Entre les multinationales et les Français, c’est l’amour vache

Publié le 21 octobre 2013 Sylvia Di Pasquale

Elles rallient tous les suffrages contre elles. Il suffit d’évoquer le mot « multinationale » pour voir se fédérer tous les opposés. Les patrons de PME voient dans ces mastodontes, des profiteuses de manne publique ou des dévoreuses de crédit bancaire. Les syndicats de salariés n’y voient quant à eux, que des mondialisatrices sans cœur qui ne pensent qu’à faire du beurre sur le dos des travailleurs. Quant à tous les autres, ils n’ont d’yeux et de rage que pour les gros salaires des boss du Cac. À part le président nord-coréen ou le père Fouettard, difficile de trouver de meilleur ennemi numéro un.

Sauf que ces grandes entreprises, que l’on adore détester, emploient en France près d’un salarié sur deux. Précisément 46,5%, selon le dernier ouvrage de la collection Insee Référence paru vendredi 18 octobre. Soit 6,8 millions de personnes. Même les groupes étrangers implantés chez nous, qui donc délocalisent en France, comptent un effectif de 1,8 million de personnes. Des étrangers que nos fantasmes médiatico-anecdotiques verraient bien en provenance de Chine ou du Qatar.

Sauf que pas du tout : ils sont avant tout américains, allemands ou anglais. On peut se rassurer comme on peut, se dire que tous ces jobs-là ne sont que du service, de l’administratif ou de la recherche & développement. Mais là encore, on aurait tout faux, puisque 64% de l’emploi industriel est aux mains de ces grands groupes, qu’ils soient de chez nous ou d’ailleurs.

Ce sont donc les grosses boites qui fournissent la moitié des emplois. Mais si cet amour de la petite entreprise persiste, c’est que leurs salariés s’y sentent bien ? Même pas. Selon la récente étude du cabinet Deloitte sur la mobilité des cadres, il se trouve que 61% des cols blancs des entreprises de moins de 50 personnes privilégient la « mobilité externe ». En clair, ils préfèrent aller voir ailleurs, contre 31% seulement dans les sociétés qui ont plus de 2000 salariés. Parce qu’ils y trouvent plus d’avantages, plus d’argent et plus de possibilités d’évolution, évidemment. Et que leur amour de la petite boite « où l’on connaît tout le monde et que c’est vachement plus convivial », reste platonique. Les PME sont tellement bien qu’ils les laissent aux autres. Pour autant, elles représentent tout de même la moitié des emplois français. Pour autant, il serait stupide de les négliger, que l’on soit banquier ou gouvernant. Car toutes les grosses boites du CAC ont été, un jour ou l’autre, une PME.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr – 21 octobre 2013

Dessin par Charles Monnier © Cadremploi.fr

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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