Escamotage des RTT : avis de carambolage

Sylvia Di Pasquale

Dans la nuit de lundi à mardi dernier, les députés ont taillé un short aux RTT des cadres. On connaît désormais les tenants et les aboutissants de l'escamotage, le forfait jour annuel étant sur le point de passer de 218 à 235 jours, sauf négociation spécifique dans chaque entreprise. Et si on ne va pas départager ici les défenseurs du rab' de temps libre et les stakhanos du boulot, on peut néanmoins s'interroger sur le timing de cet amendement raccroché aux wagons de la loi de modernisation sociale votée par le Parlement.

Ainsi, à l'heure où Xavier Bertrand entend engager un énorme chantier sur le stress, les collègues parlementaires du ministre du Travail se chargent de rallonger le temps de travail des salariés les plus exposés au phénomène. Curieuse manière de lutter contre le burn-out des cadres qui se plaignent depuis des années d'horaires à rallonge et de surcharge de travail. Des cadres qui avouaient, à chaque sondeur qui se penchait sur leur cas, que les quelques jours de RTT qu'ils pouvaient grappiller ici et là, leur permettaient de décompresser et de tenir le choc.

Etonnant effet de calendrier aussi, qui voit se télescoper cette entaille aux lois Aubry avec la rénovation programmée de la formation continue. Car, pour Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, cette autre réforme doit, en partie, compenser les très lourdes différences entre les PME et  les grandes entreprises. Alors que le texte sur les forfaits jours creuse encore un peu plus le décalage entre les deux types d'entreprises. Car, pour que des négociations autour de cette mesure puissent avoir lieu, encore faut-il qu'il y ait, à l'intérieur de l'entreprise, des partenaires et un dialogue social, évidemment plus présents dans les multinationales que dans les petites boites de moins de 20 personnes sans représentants du personnel. Au final, les grandes structures verront sans doute perdurer leur système de RTT, qu'elles présenteront comme une « carotte » censée attirer et fidéliser les meilleurs. A l'inverse, les petites risquent de lui dire adieu et ramer encore plus qu'auparavant pour attirer et garder leurs cadres.

La dernière curiosité de cette loi est purement politique. La population cadres a, dans une courte majorité, voté pour Nicolas Sarkozy aux présidentielles 2007. Aujourd'hui au plus bas dans les sondages, il prend donc le risque, pour lui et sa majorité, de se couper d'une partie de son électorat. Etrange raisonnement marketing qui voit une organisation se couper de son cœur de cible lorsqu'elle a justement besoin de le consolider.

Certes dans l'instauration de toute mesure, il y a toujours des gagnants. Et ce pourrait bien être la CFE-CGC. Le syndicat majoritaire chez les cadres, qui fait feu de tout bois depuis l'annonce du vote, s'emploie depuis des années à convaincre la population de salariés la moins syndiquée de tout le paysage social français. Et cette affaire pourrait bien lui rallier quelques suffrages. Pas sûr que ce soit l'effet recherché par ceux qui ont voté comme un seul homme et en pleine nuit, pour l'implosion des 35 heures des cadres.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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