Et si on arrêtait de manager pour les 3% de tire-au-flanc ?

Publié le 15 avril 2013 Sylvia Di Pasquale

Il faut libérer les salariés. Il faut en finir avec les carcans du management à la papa, de son reporting systématisé, de sa pyramide en béton armé et de sa hiérarchie sacrée. Ces propos subversifs, Isaac Getz les a déjà détaillés dans un livre* truffé d’exemples d’entreprises « libérées ». Mais il vient de donner une série de conférences devant un parterre de chefs d’entreprise et de DRH français, biberonnés, comme tout un chacun, au Taylorisme usé, et au commandement du doigt sur la couture élimé.

Evidemment à lire et à entendre ce professeur de subversion professionnelle, on dresse la herse du scepticisme. Car tout docteur en psycho et en management qu’il soit devenu et prof à l’ESCP qu’il est, il semble cacher, sous son port fort conventionnel, un karma où se bousculent des surfeurs californiens et des musiciens de reggae jamaïcains. Mais le bonhomme avance des arguments.

Pour lui, le mode de management actuel n’est efficace qu’auprès de 3% de tire-au-flanc. « Ces employés qui ne jouent pas le jeu, tandis que l’immense majorité travaille honnêtement, » explique-t-il dans notre dossier. Un management de contrainte pour que quelques salariés puissent atteindre leurs objectifs. Mais qui exclut tous les autres. Difficile de faire plus contre-productif.

Si le management évoluait un tout petit peu, qu’il appliquait des préceptes d’aujourd’hui, plutôt que ceux, figés et immuables depuis l’éclosion de l’ère industrielle, les entreprises s’en porteraient bien mieux.

Voilà donc notre prof en croisade pour la démocratie dans l’entreprise, l’égalitarisme entre tous et les managers au service de tous. Le tout, au service d’un bonheur au travail facteur d’une innovation multipliée, d’un rendement amélioré et de marges financières décuplées. La preuve par FAVI, ChronoFlex, la biscuiterie Poult ou encore SOL

Mais l’on peut néanmoins se demander si les 3% de salariés évoqués ne concernent pas uniquement nos entreprises à nous. Les boites de nos vieux pays dont la matière grise est l’unique matière première. Des entreprises qui ont éloigné leurs sites de production, leurs chaines d’assemblages vers d’autres cieux. Des cieux où l’on ne demande à personne d’être innovant. Juste d’exécuter sans sourciller. Avec un management d’avant-hier à la clé.

* Liberté & Cie : Quand la liberté des salariés fait le succès des entreprises de Isaac Getz, Brian Carney et Odile Demange

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr – 15 avril 2013

Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr

 

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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