Exclusif : Le palmarès des plus hauts salaires de 2030

Publié le 20 avril 2020 Sylvia Di Pasquale

Et si le grand confinement de 2020 bouleversait pour de bon la hiérarchie des métiers ? Imaginez... Nous sommes en 2030 et l'Apec vient de publier son palmarès des salaires.
Exclusif : Le palmarès des plus hauts salaires de 2030

Comme chaque année, l’Apec vient de livrer son baromètre des salaires des cadres. Et celui de 2030 ressemble à s’y méprendre à ceux des années précédentes. Car, cette année encore, les infirmiers, les aide-soignants, les caissiers, les agents de sécurité et de nettoyage ainsi que les manutentionnaires figurent parmi les plus hautes rémunération du pays.

Les sommets ont peu évolué en 2030. Mais avec des salaires moyens de 70 000 euros brut par an pour les infirmiers, 60 000 pour les aide-soignants en Epad, et de 50 000 euros pour les caissiers et les agents de nettoyage, le baromètre de cette année connait une dégringolade aux échelons inférieurs. Les cadres du marketing, de la finance et de la communication ont encore vu leur rémunération revue à la baisse, et ce pour la 5e année consécutive. Ils stagnent aujourd’hui à 25 000 euros. Un phénomène qui, s’il persiste depuis 2025, trouve ses origines bien avant. 

Tout a débuté lors du grand confinement de 2020. Le président de la République d’alors, Emmanuel Macron, avait loué dans ses allocutions, les emplois essentiels :

Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Ces mots, les Français les ont écrits il y a plus de 200 ans. Nous devons aujourd’hui reprendre le flambeau et donner toute sa force à ce principe.

 Emmanuel Macron - Discours du 13 avril 2020

Les soignants étaient alors applaudis chaque soir, depuis leur balcon, par les Français confinés. Et si les employés de caisse et les agents de nettoyage l’étaient moins, leurs concitoyens, et les pouvoirs publics ne les ont pas oublié. 

Dans les mois qui ont suivi ce que les médias ont rapidement baptisé la « libération », le ministère de la Santé et les collectivités ont octroyé des primes aux infirmiers et à tout le personnel soignant, ainsi qu’à ceux qui collectent les déchets et assurent la désinfection des bureaux. Puis l’État a fait pression sur la grande distribution pour qu’elle valorise elle aussi ses caissiers, ses agents et ses chefs de rayon, eux aussi en première ligne face au virus. Plusieurs grands groupes ont joué le jeu, d’autres plus récalcitrants, s’étant vu refuser leur demande de nouvelles implantations, se sont dépêchés de suivre les recommandations de l’exécutif. 

Ces primes se sont rapidement transformées en augmentation de salaire sous la pression des partenaires sociaux, et la grande distribution a peu à peu inversé sa grille de salaires pour conserver une assiette constante. Les basses rémunérations étant augmentées, elle a baissé les salaires des cols blancs. Une mesure rendue possible grâce à une loi de 2022 baptisée Pénicaud 2, du nom du Premier ministre de la fin de la première mandature Macron. Ce mouvement, bientôt suivi par les secteurs des services et ceux de l’industrie, a rapidement fait baisser les salaires des cadres, alors que, dans le même temps, les métiers « essentiels »,  – le terme est resté en usage bien après le grand confinement  –,  accédaient au fameux statut cadre qui leur permettaient d’obtenir une meilleure retraite. 

Résultat : les fonctions cadres traditionnelles ont rapidement perdu de leur attrait, et les reconversions se sont multipliées vers ces emplois mieux payés. Une mutation qui s’est faite progressivement jusqu’au cri d’alarme poussé en 2025. Cette année-là, après le dépôt de bilan d’HEC, les présidents des grandes écoles désaffectées ont demandé à l’exécutif le déblocage de fonds spéciaux pour garantir leur survie. En vain. La plupart de ces établissements autrefois réputés ont fermé au cours des deux années suivantes.

Mais cette inversion des valeurs a eu une autre conséquence : l’afflux vers les CAP d’employé de commerce et d’aide-soignant. En parallèle, face au nombre de candidatures qui explosait, le secteur du nettoyage et des déchets ont eux aussi exigé, et obtenu, la création de  diplômes spécialisés. Et les volontaires s’y sont pressés. 

En conséquence, des concours sont désormais organisés pour accéder à toutes ces formations en alternance. Et une conséquence n’arrivant jamais seule, des classes prépas prestigieuses ont délaissé les concours aux grandes écoles désormais fermées et se sont reconverties pour former les candidats en deux ans à des CAP devenus prestigieux à leur tour.

Dans les familles de 2030, les enfants qui refusent de devenir éboueur, caissier ou aide-soignant, parce qu’ils veulent travailler dans la com ou la finance sont envoyés au lit. Et sans dessert.

 Dessin de Charles Monnier pour ©cadremploi

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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