Fièvres boursières

Sylvia Di Pasquale

L'effet de la brise estivale sur l'âme humaine est bien curieuse. La chaleur, les châteaux de sable et l'exposition prolongée du corps encaparaçonné tout au long de l'année dans de raides costumes peuvent même provoquer de drôles d'effets secondaires. Comme l'excès de romantisme.

C'est peut être ce mal étrange qui a saisi les très sérieux experts financiers de Standard & Poors la semaine passée. Ces messieurs, dont les notations sont généralement suivies au pied de la lettre par les bourses mondiales, viennent en effet d'abaisser leur note sur Alcatel Lucent, au grand dam du conseil d'administration du groupe qui venait justement d'annoncer le départ de ses codirigeants, Patricia Russo et Serge Tchuruk.

Une opération précisément destinée à rassurer les actionnaires, le duo remercié ayant tout de même contribué à la dégringolade de l'équipementier en télécom, entraînant au passage plusieurs milliers de licenciements. Or, voilà que nos observateurs financiers se sentant une âme de midinette, en viennent à regretter le départ du couple franco-américain qui, selon leurs propres termes, « pourrait créer des perturbations pour la société ». On ne sait pas très bien ce qui pourrait perturber d'avantage une entreprise qui s'est vue obligée de fermer plusieurs sites à cause d'une stratégie pour le moins controversée et qui vient d'enregistrer son sixième trimestre de pertes d'affilé.

On sait, en revanche, que les gestionnaires bancaires personnels de Pat l'Américaine et de Serge le Frenchy risquent d'être perturbés par les 5 millions de dollars que leurs deux clients vont déposer sur leurs comptes respectifs. Des parachutes certes moins dorés que ceux que se sont offerts d'autres évincés prestigieux, mais qui leur permettront néanmoins de s'offrir quelques jours de congés supplémentaires dans le studio-cabine pieds dans l'eau qu'ils ont probablement loué pour leurs congés.

Le romantisme boursier, ne touche pas seulement les très brillants analystes de Standard & Poors. En France aussi, les traders ont eu à souffrir de quelques chaleurs estivales. C'est du moins ce que l'on pourrait déduire de l'accueil plus que favorable qu'ils ont réservé aux déclarations de Carlos Ghosn, Pdg de Renault Nissan. Voilà un homme qui, non content de licencier 5 000 personnes en Europe et quelques autres milliers aux Etats-Unis, avoue implicitement l'échec de sa politique, puisque les pertes d'emploi sont liées, en partie, à l'insuccès de modèles décidés par lui. Non seulement, il n'est pas question qu'il quitte son poste, mais sa stratégie est récompensée par une hausse de l'action de son entreprise. Que celui qui a dit que l'été était propice à la réflexion censée et à la paix des âmes nous lance la première crème solaire.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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