Filtrer le web au bureau ? Non mais allô...

Sylvia Di Pasquale

Filtrer le web au bureau ? Non mais allô...

Lorsque l’on vend des implants capillaires, on rêve d’un monde où tout le monde est chauve. C’est ainsi qu’Olfeo, société qui filtre les accès web au boulot, nous explique que l’utilisation perso du web au bureau est un fléau. 

L’étude que cet éditeur de logiciels a menée est édifiante : 58 % des salariés français surfent tranquillou sur des sites qui n’ont rien à voir avec leur labeur. Résultat (toujours selon cette « étude ») : leur productivité chute de 17,6 %. Dingue. Mais avant d’empêcher les salariés de consulter la météo du Figaro, ou de vendre leurs bigoudis chauffants sur eBay, il serait peut-être bon de se pencher sur l’étude en question.

Olfeo l’a réalisé tout seul, sans juger nécessaire d’en passer par un institut de sondage spécialiste des panels représentatifs. Soit. L’éditeur affirme que son enquête porte sur plus d’une centaine d’entreprises françaises. Petites ou grandes ? Agro-alimentaires ou audiovisuelles ? On n’en sait rien. Tout ce que l’on apprend, c’est que le surf de 150 000 personnes « de toutes fonctions » a été enregistré. Quelle proportion de cadres et de non cadres ? On n’en sait toujours rien. C’est donc au travers de cette brume épaisse comme un lourd matin de février que l’on nous explique que 58 % de l’utilisation d’Internet au bureau est personnelle. Et que la productivité est en chute libre. Ça sent le pompier pyromane.

Comment l’éditeur auto-décrété sondeur est-il arrivé à cette baisse de 17,6 % ? Simple, il a compté sur ses petits doigts. On passe 6h15 par semaine à faire ses courses sur le web ou à envoyer des vidéos de chatons aux copines. Donc, on déduit ce temps de nos horaires. Et donc, selon Olfeo, la productivité baisse d’autant. 

Logique à la petite semaine et dangereusement  passéiste. Car en 2016, on sait bien que cette fameuse productivité n’est pas liée au temps passé penché sur ses dossiers. Mais au résultat que l’on peut rapporter. Cette productivité est également, et surtout, fonction de sa motivation. Du bien-être éprouvé au travail. Et de la confiance que les boss placent en leurs salariés. Une confiance que recherchent nombre de dirigeants, comme Anne Lentzgen, PDG du groupe Schmidt. « Il ne faut pas se dire que les gens sont fondamentalement des tire-au-flanc qui cherchent à se planquer pour ne pas travailler. Il faut leur permettre de bien faire, de prendre des décisions, des risques, sans prendre de mesures coercitives ».

Lesquelles ne créent que frustration et démotivation. 

Combien des entreprises lauréates du récent palmarès  Great Place to Work, qui misent sur ce bien-être, et récoltent d’excellents résultats y compris financiers, sont des clients d’Olfeo ? Il y a fort à parier qu’il n’y en a pas. Peut-être parce que, contrairement à l’éditeur, ce ne sont pas des boîtes du XIXᵉsiècle.

 

@Syl_DiPasquale © Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

 

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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