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Game of Thrones : la série 0 % bienveillance (et c'est tant mieux)

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Sylvia Di Pasquale

15/04/2019

Si l’âge du fer est de retour sur les écrans, celui du paradoxe n’est jamais très loin. C’est au moment même où la huitième et ultime saison de Game of Thrones débute, et suscite plus d’engouement que jamais, que la bienveillance en entreprise suscite plus d’engouement que jamais elle aussi. 

On s’entretue, viole, et rivalise de perfidie à l’écran dans un ballet qui dure depuis bientôt huit ans pour le plus grand bonheur de millions de téléspectateurs à travers les cinq continents. Les mêmes qui, après s’être délectés des fourbes combines ourdies par Daenerys Targaryen, Jon Snow et Tyrion Lannister pour espérer, un jour, s’asseoir sur le trône de fer, regagnent leur bureau, en discutent avec les collègues, tout en souhaitant ardemment que leur chef soit plus cool et l’ambiance dans l’open space moins tendue. 

Mais comment peut-on être parfaitement fasciné par la noirceur et l’ultra violence d’un récit aux 2339 morts (décompte du Washington Post au 8 avril), voire déposer des fleurs sur les tombes des personnages décédés (ne cliquez pas si vous n’avez pas vu toutes les saisons) et prier pour que la vraie vie ressemble au monde inverse ?

C’est pourtant simple. Et nul besoin d’excuses alambiquées pour justifier cet apparent paradoxe. Parmi les plus capilotractées, GoT serait une véritable leçon de management. Entre Daenerys Targaryen – et sa gouvernance participative –, et Ned Stark – et son encadrement paternaliste –, on trouve de tout, et même (si si) une petite méthode de motivation au boulot façon Game of Thrones sur le site Manager Attitude. Nul doute que de la même manière, on aurait pu établir des parallèles entre la position de l’inspecteur Columbo et l’ascenseur social, ou quelques années plus tard, la quête de sens au travail dans la série Six feet under.

On est ainsi : obligés de justifier le simple spectacle réjouissant d’un feuilleton à 15 millions de dollars l’épisode, entremêlant les frasques de neuf familles qui s’entre-déchirent pour le pouvoir. Comme si l’on ne pouvait pas se laisser porter par une intrigue impliquant de sérieuses crapules se déchirant dans un univers fantasmagorique et crépusculaire et, dans le même temps et dans la vraie vie, fuir ce même univers et souhaiter bosser dans un monde de bienveillance. 

La bienveillance en question commence peut-être par le fait d’admettre que l’on peut adorer les deux univers, le fictif et le réel, que l’on peut aimer hurler dans un grand huit et bosser au calme, sans pour autant chercher des justifications managériales à la pente du manège. 

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

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