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Glissement progressif de la charge mentale

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Ça va comment aujourd’hui ? Dorénavant, on ne se plaint plus de devoir reprendre le collier après un week-end à lézarder. Maintenant, c’est fatal, on râle à cause d’une trop grande "charge mentale". La belle expression que voilà, surgie au détour du Web, et surtout du strip numérique  Fallait demander mis en ligne il y a quelques mois à peine par Emma, ingénieure informatique le jour et dessinatrice quand elle « a fini le reste ». Ces bulles ont été lues et partagées par les internautes et la charge mentale est entrée dans le langage de tous, de la rue au bureau. Et surtout dans le langage des femmes, puisque c’est majoritairement elles qui la sentent peser. 

Elle désigne la multitude de multiples problèmes à régler qui vont de l’assurance rentrée scolaire à payer, au linge à trier en passant par le rendez-vous orthoptiste à décrocher sans oublier l’ajout des cotons-tiges à la liste de courses. Toutes ces turpitudes qui n’incombent que trop peu aux hommes qui, eux, se contentent de travailler.

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Le travail justement. C’est bien de là qu’elle a surgi cette charge mentale. Une expression née dans les années 80, comme le rappelle Cécile Daumas dans cet article du journal Libération. À l’époque, on découvrait que le quotidien d’un salarié du tertiaire consistait à réaliser un nombre infini de petites tâches, toutes urgentes, et si possible en même temps. Des usines aux bureaux, la charge physique avait évolué en sollicitation psychique. D’où un stress qui s’est répandu notamment sur deux générations de cadres. 

En près de quarante ans, la charge mentale a donc glissé progressivement de la sphère professionnelle à la privée, où elle existe d’ailleurs depuis la nuit des temps. Mais il a fallu 2017 pour assister à son « étonnant revival », comme le souligne Cécile Daumas. Peut-être parce que l’on mélange tout, parce que le pro se confond avec le perso. Ou peut-être parce que l’on essaie de gérer son foyer comme son bureau, à coups d’urgences et de priorités hiérarchisées.  Et peut-être aussi parce que les femmes qualifiées, plus nombreuses aux postes à responsabilités, mettent davantage la pression pour éviter de banaliser cette injustice.

Reste que lorsque l’on accole un nom à un syndrome, c’est que l’on est déjà dans une phase de guérison de la maladie. Et dans le cas de la fameuse charge, la thérapie est bête comme la pluie : il suffit de partager, rappelle Emma. Au contraire d’une greffe classique, le donneur, c’est le malade. Il donne une partie de son fardeau mental et quotidien à son conjoint. Même si ce dernier risque d’avoir des symptômes de rejet en début de traitement, au bout d’un certain temps, la greffe devrait être compatible. Certaines ont essayé. Et approuvé.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi.fr

Dessin de Charles Monnier

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