Gros câlins

Sylvia Di Pasquale

Christophe Laval n'est pas l'un des quatre Teletubbies. Et Liaisons Sociales n'est pas un hors série du Journal de Mickey. Pourtant, quand le premier, ponte des RH, donne un entretien au second, magazine de référence des mêmes ressources humaines, on se retrouve propulsé d'un coup au pays des Bisounours, de Oui-Oui et de tout le bestiaire enfantin forcément situé dans une région céleste où la principale occupation des habitants consiste à témoigner à leurs contemporains de tout l'amour et du respect qu'ils leur portent. Et, qu'en conséquence, toute forme de conflit pourrait se dissoudre dans un océan de câlins.

Ce pays de justesse et de sérénité n'est pas celui de l'entreprise et Christophe Laval semble le regretter. Pour lui, « la reconnaissance n'est jamais mise en avant comme une pratique managériale ». Attention, l'homme ne parle pas seulement de reconnaissance par la carotte, de gratitude par le flouze, ou de remerciement par l'augmentation, la prime, la Béhème de fonction ou le voyage à St Barth. Pour faire la différence, il faut « passer par le relationnel. » Complimenter ses collaborateurs, leur remettre des diplômes, les impliquer dans des groupes de travail...

 Il nous explique encore qu'il faut « latiniser les pratiques ». Selon l'expert, un excellent salaire et de bonnes conditions de travail ne suffiraient pas à motiver, et surtout, à retenir les bons éléments dans une entreprise. Il faut leur dire souvent qu'ils sont exquis, leur répéter à l'envie qu'ils sont des tops, et leur faire des gros câlins pour qu'ils sentent combien l'entreprise les aime. Il paraîtrait même que ce management par la flagornerie est déjà intégré dans la politique RH de 40 % des entreprises du CAC. A la Poste et chez Sodexo, on s'aime déjà comme des oufs. On imagine les torrents d'amour qui doivent s'échapper des cantoches du premier et des sacoches de facteurs du second.

Evidemment, c'est facile de se moquer. Et la théorie de Christophe Laval, qui consiste à injecter un peu plus d'humanité et un peu moins de technique dans les RH est moins caricaturale que nous ne le laissons supposer. Mais on ne peut s'empêcher de garder, tout au fond du fond de l'esprit sceptique qui nous habite, une petite étincelle de bon sens. Qui nous souffle que, peut-être, cette politique du câlin arrive pile poil au bon moment. Au début d'une énorme crise où les entreprises et leurs salariés vont morfler comme jamais. Dans ces temps chahutés, il est bon de se serrer tendrement dans les bras les uns des autres. Mais, surtout, quand le chiffre d'affaires vient à manquer, offrir de gros câlins coûte beaucoup moins cher qu'une augmentation de début d'année.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 12 janvier 2009

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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