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Hausse des salaires riquiqui : plus de peur que de pingrerie

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Sylvia Di Pasquale

26/02/2018

Ça râle et ça tiraille. Les indicateurs économiques sont au vert, mais le guichet des augmentations n’est pas grand ouvert. Un petit 2 % est annoncé pour l’année alors que les dividendes versés aux actionnaires n’ont jamais été aussi élevés – 1000 milliards d’euros versés l’an passé, un record en hausse de 7,7 % en un an. Si les chefs d’entreprises n’augmentent pas leurs salariés, serait-ce qu’ils se moquent du bien-être de leurs collaborateurs ? Et qu’ils n’ont d’yeux que pour leurs financeurs ?

Il y a peut-être une autre raison, inquiétante mais pas inaudible. Jugez plutôt ce qu’en disait le vice-président du Cercle des économistes, Christian de Boissieu, lors d’un récent débat sur BFM Business :

 « On est dans un contexte où les conséquences de la révolution numérique sur les emplois ne sont pas claires du tout. Cela créé une sorte d'incertitude, de peur, d'angoisse […] Les économistes n'ont pas de réponse et ça pèse sur le marché du travail. »

Malgré les signes annonciateurs de la reprise déjà entraperçus l’an passé, la crainte est là, et elle a un nom : la transformation. Et même si toutes les boîtes annoncent des carnets de commandes replets cette année, et même si les grandes sont au mieux et les petites leur emboitent le pas, la révolution numérique, la transition écologique les touchent toutes. Dans les produits qu’elles fabriquent, les services qu’elles rendent, et la manière de les vendre. Elle touche aussi leur organisation et leur mode de management. Tout ce qui, de près ou de loin, conditionne les manières de travailler depuis que ces entreprises ont été créées est chamboulé. Ou vont l’être.

Dans ces conditions, ne pas avoir de craintes pour l’avenir relève d’une certaine inconscience. Cette crainte engendre la prudence. Et des questions. Est-ce que mon épicerie de gros est web-compatible ? Est-ce que mes collaborateurs sont digitaux compatibles ? Est-ce que mon organisation est 3.0-compatible. Des questions qui nourrissent la prudence. Et une prudence qui conduit à la fermeture des robinets des hausses de salaires.

Parce qu’une augmentation est gravée sur la fiche de paie ad vitam aeternam, contrairement à des dividendes versés aux actionnaires, qui fluctuent en fonction de la conjoncture. Contrairement aussi à des primes, des avantages, une voiture ou une hausse des tickets-restos. Alors, si nombre de patrons refusent un coup de pouce de la rémunération et proposent un pis-aller en forme de SUV ou un bonus exceptionnel, ce n’est pas toujours par pingrerie ni par mépris.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi.fr

Dessin de Charles Monnier

[Cet article est un éditorial qui reflète le point de vue de son auteur. Le forum ci-dessous vous permet de le commenter ou d’apporter votre témoignage en lien avec le sujet évoqué, dans le respect des principes éthiques et de savoir-vivre (comprenant l’écriture avec un certain soin). Nous avons hâte de vous lire et vous remercions de votre visite.]

 

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01/03/2018

à 12:12

le fond de la situation est simple: les entreprises sont en forte concurrence pour attirer et garder les actionnaires , elles font donc tout pour cela. Avec 10% de chomeurs, ce sont les salariés en place ou en recherche qui sont en concurrence... A part sur des profils tendus, fort bien rémunérés (au delà de la sacro-sainte grille de salaire parfois), les entreprises ne sentent pas un besoin particulier de faire un effort pour attirer ou garder les salariés: les jeunes sont prêts à tout pour décrocher un emploi, les plus anciens serrent les fesses pour le garder; les syndicats n'ont plus d'audience... de plus si ça peut permettre un rajeunissement du personnel , c'est tout bénéfice...
il faut arrêter de croire que le rôle de l'entreprise c'est le bonheur du salarié et son pouvoir d'achat...

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FCAVAZ

01/03/2018

à 15:29

Je suis d'accord. Tant que l'employeur ne ressent pas le besoin d'augmenter les salaires, il ne le fait pas. Cela n'a pas à voir avec de la confiance, une bonne santé de l'entreprise, ou autre. l'employeur n'est pas philanthrope, il est opportuniste. Il faut soit un vrai contre pouvoir (syndicats forts) soit une penurie de main d'oeuvre. Si l'un ou l'autre n'existe pas (comme en France en ce moment) il n'y a rien à espérer. Même aux US ou le chômage est (soit disant) faible les salaires n'évoluent pas. Normal, il y a encore des millions de sous jobs (petites heures, precarité, etc) qui font qu'il n'y a pas penurie de travailleurs en demande ! En Allemeagne c'est un peu mieux quand les syndicats s'en mêlent.
Hélas en France il y a une vraie sous-syndicalisation des employés, et certains syndicats se trompent de combats....ou de moyens d'action.

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lmc

28/02/2018

à 17:58

Ce serait bien que les journalistes parlent de sujets qu'ils connaissent un minimum et gardent pour eux leurs discussions de comptoir. Comparer dividende et salaire n'a aucun sens! Pour information "le dividende n'est pas la rémunération de l'actionnaire comme le salaire est la rémunération du salarié, mais la liquéfaction partielle de son patrimoine". Je cite le Vernimmen, il serait bon de lire quelques chapitres pour comprendre le fonctionnement d'une entreprise.

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Freja

27/02/2018

à 20:47

Mensonges : beaucoup de sociétés sont des pinces depuis presque toujours, ils ont de l'argent mais veulent toujours payés moins les salariés ou sinon à la tête du client.
En ne s'adaptant pas au réel "coût" d'un salarié et en faisant leurs propres calculs. Raison pour laquelle les personnes quittent ces sociétés. La relation à sens unique ça ne dure qu'un temps

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MRD

27/02/2018

à 17:33

Bien sûr et puis qu'elle sera la prochaine excuse ?
On nous mène en bateau que ce soit les patrons ou les gouvernants successifs. Qu'ils viennent pas se plaindre si on n'est plus motivé et que l'on traîne les pieds. C'est bien les dividendes pour les actionnaires mais je rappelle qu'en France, il existe aussi un moyen de faire. Ça porte un nom, la participation, mais ça a disparu ou presque dans les grands entreprises avec des participations de 15 €, on nous prend pour des imbéciles. Dans les années 80 cela pouvait atteindre plusieurs milliers de francs maintenant 15 € voir 20 si le patron est généreux.

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Wicksy

27/02/2018

à 17:07

De tous temps, les entrepreneurs ont eu à gérer des aléas. La transformation si elle aura lieu ne se fera pas en quelques mois. Cela ne se fera pas sur la même échelle de gestion que l'adéquation charges / ressources. C'est en réalité un débat récurrent car la transformation est permanente depuis l'ère industrielle. Ici, c'est plutôt une évolution des mentalités où nos générations précédentes étaient plus enclines à s'adapter au changement qu'aujourd'hui.

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Gilles

27/02/2018

à 12:04

Je pense que l'explication ne tient pas. S'il y a de quoi rémunérer les actionnaires, il y a de quoi redistribuer aussi aux salariés, Arrêtons de nous mentir et d'encourager ces gouvernances égoistes .Des dispositifs comme l'actionnariat salarié existent et devraient se généraliser en France. Cela permet de mieux partager les profits et de motiver les salariés qui participent à les générer. C'est tout bête mais ça marche !

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