J'ai le régiotropisme qui me grattouille

Sylvia Di Pasquale

Quel scoop. On a beau le relire dans tous les sens, ce classement des régions les plus attractives (1), on ne s'en remet pas. Trop énorme. Figurez-vous que les coins de France les plus sollicités par les cadres, pour y vivre et y travailler, sont Rhône-Alpes, la Bretagne et Paca. Du lourd, on vous dit.

Car, bien évidemment, on était persuadés que Dunkerque, Longwy et Le Creusot allaient faire mieux que Saint-Paul de Vence, Quiberon ou Avignon. On se moque, évidemment. Mais ce sondage, comme tant d'autres du même acabit, permet de mesurer le degré de fantasme que les provinces continuent d'exercer sur de nombreux salariés, mal dans leur ville, leur banlieue, leurs transports en commun surchargés, leurs périfs submergés ou leur emploi d'aliéné (cochez la case correspondante).

Un fantasme qui a conduit les organisateurs du salon Provemploi à commanditer cette enquête et à organiser un salon destiné aux Franciliens à la recherche d'un ailleurs personnel et professionnel. Un phénomène que les organisateurs du raout ont d'ailleurs baptisé d'un nom qui fleure bon sa réflexion sociologique : le régiotropisme. 60% des habitants de la région parisienne en seraient frappés. Ce qui nous fait quand même quelque 6 millions de migrants potentiels, et autant de visiteurs de salon possible. Encore mieux que le Mondial de la bagnole.

Évidemment, ils ne sont pas tous venus. Mais ceux qui ont foulé la moquette de l'Espace Champerret mardi dernier ont pu se confronter à une autre réalité. Qui n'est pas vraiment celle du mas entouré de cyprès au fin fond de la garrigue. Les emplois, nombreux (le salon en proposait 20 000) ne se nichent pas forcément dans des endroits bucoliques. En province aussi, la zone industrielle existe. Comme en région parisienne, elle est posée aux périphéries des villes. Comme en Ile-de-France, aussi, les vrais gens habitent dans d'autres périphéries, souvent dans des maisons qui se ressemblent et dans des lotissements qui se ressemblent.

Bien sûr la fermette sur la colline existe. Comme existent, en région parisienne, les jolies maisons de la vallée de Chevreuse ou les grandes demeures du Vésinet, ou de Neuilly. Evidemment, il y a encore des coins absolument ravissants, où la vieille pierre ne coûte pas grand-chose, même que la nature n'y est pas abîmée. Des coins tellement charmants qu'on n'y trouve pas la moindre zone industrielle, ni la moindre entreprise. Et donc pas le moindre emploi.

On pourra nous rétorquer que le tableau est sacrément noirci. Et c'est à dessein. Car l'univers provincial n'est pas celui d'un reportage du JT de Jean-Pierre Pernaut sur les derniers charrons du Puy-de-Dôme, avec ses mots clés : « authentiques », « proches de la nature », «  terroir » et « convivialité ». La province n'est pas sur la planète Mars, mais tout autour de la région parisienne. Et même que la majorité des Français y travaillent.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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