J'aime ma boite (moi non plus)

Sylvia Di Pasquale

« Si ton patron est ton ami, tu dois faire la fête avec lui ». Bon, évidemment, vue comme ça et sortie de son contexte, sans la jolie musique gospel qui va avec, cette phrase ne serait-elle pas, comment dire en restant polie, légèrement simplette ? Ou alors, peut-être s'agit-il d'une chanson parodique des Fatals Picards ? En fait, c'est la très sérieuse BO de la journée « J'aime ma boite », la très fameuse fête des entreprises. Et l'on ne peut résister une seconde de plus à l'idée de une petite dernière. Et on compte sur vous pour nous raconter votre 8 octobre. Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 5 octobre 2009 Charles Monnier © Cadremploi.fr 2009

« Si ton patron est ton ami, tu dois faire la fête avec lui ». Bon, évidemment, vue comme ça et sortie de son contexte, sans la jolie musique gospel qui va avec, cette phrase ne serait-elle pas, comment dire en restant polie, légèrement simplette ? Ou alors, peut-être s'agit-il d'une chanson parodique des Fatals Picards ? En fait, c'est la très sérieuse BO de la journée « J'aime ma boite », la très fameuse fête des entreprises. Et l'on ne peut résister une seconde de plus à l'idée de vous faire entendre ce qui risque d'être considéré, dans quelques années, comme un monument de la chanson française de la première moitié du XXIᵉ siècle.

Bon on coupe le son, on referme l'onglet et on arrête de se moquer. Car franchement, elle n'a vraiment pas besoin de ça, la teuf créée par le mouvement Ethic (Entreprise à taille humaine indépendantes et de croissance). C'est qu'elle débarque ce 8 octobre comme un cheveu sur la soupe à la grimace. En plein maelstrom après les suicides chez France Telecom, au moment où les débats, articles et bouquins sur le mal être au travail se multiplient, voilà que nos joyeux lurons déboulent avec un grand sourire et une accroche publicitaire béton pour promouvoir leur opération : « Un jour pour lui dire que je l'aime ». On ne rit pas et on respecte le travail des créatifs qui ont phosphoré pour accoucher de cette phrase définitive.

Evidemment, vu le contexte et vues les qualités chansonnières et communicationnelles de l'affaire, les organisateurs vont avoir quelques difficultés pour cartonner. Alors, pour parer aux critiques et faire taire les mesquins ce jeudi, ils ont concocté un sondage tout exprès. Il en ressort que 73 % des interrogés aiment leur boite (super). Et que dans le contexte difficile actuel, ils sont 69 % à la soutenir (youpi). Chez le cadre, la déclaration d'amour vire carrément à la passion, puisqu'ils sont 82 % à dire du bien de leur boite à l'extérieur. Bref, dans ce sondage, c'est l'amour fou entre les salariés et leur boîte.

Manque de chance, pile poil la même semaine est publié un autre sondage. Il est réalisée par TNS Sofres et commandé par le Nouvel Observateur et Europe 1. Et que nous dit-il ? A peu près l'inverse. Seulement 26 % des sondés sont fiers de leur boite. 32 % s'en méfient et 35 % s'en sont lassés. Mais alors, lequel des deux sondages reflètent la réalité ?

Evidemment, on peut imaginer sans se faire taxer d'adepte du complot mondial, que les organisateurs et sponsors de la fête du boulot ont plutôt intérêt à ce que les gens aiment leur boite. Bon, faute de convaincre, ils auront au moins révélé à la face du monde abasourdi, une œuvre musicale cruciale. Allez, on vous en remet une petite dernière. Et on compte sur vous pour nous raconter votre 8 octobre.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 5 octobre 2009

Charles Monnier © Cadremploi.fr 2009

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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