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" Je ne veux pas passer pour le pauvre type qui tend un CV "

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Sylvia Di Pasquale

04/04/2011

Le film américain qui a déboulé en salles mercredi dernier, fait plutôt dans le lourd, le surligné et l'académique. Peu importe. L'intérêt de The Company Men n'est pas dans sa valeur cinéphilique mais bien dans son sujet. Car il s'attaque à l'impact de la crise financière sur l'élite des cadres américains. Les tout-là-haut, ceux qui se croyaient intouchables. Et qui n'en reviennent pas de se retrouver comme tout le monde à « tendre un CV », sans espoir de sauver les apparences.

Viré en 5 minutes Bobby Walker (Ben Affleck), brillant directeur commercial qui se croyait intouchable après 12 ans de boîte. Viré aussi, Gene McClary (Tommy Lee Jones), co-fondateur de la boite, ami de trente ans du big boss, membre du comité de direction, mais trahi et sacrifié lui aussi sur l'autel de l'action qui doit grimper. Viré toujours, Phil Woodward (Chris Cooper), le sexagénaire qui ne vaut plus tripette une fois son vieil appui licencié.

On suit les trois licenciés dans leur violente dégringolade de l'échelle sociale. Chacun à leur manière, à cause de leurs parcours très différents. D'abord dans le déni, Bobby le yuppi et Phil l'autodidacte ne sauvent pas longtemps les apparences. Les stages de remotivation généreusement offerts par leur boite se chargent de les ramener sur terre. Et de leur coller un sentiment d'humiliation aussi efficace que du curare. Quant à Gene, protégé par sa fortune et n'ayant aucun besoin de retravailler, le vide sidéral de sa vie le fait dévisser dans une dépression.

 


On suit surtout ces 3 personnages au cours de leur atterrissage forcé au ras des pâquerettes d'une Amérique nouvelle, loin des Porsche et de l'abonnement au club de golf. C'est à une gueule de bois générationnelle que l'on assiste. Où pour la première fois, on évoque ouvertement le mépris de classe à l'américaine entre cols blancs et travailleurs manuels. Un monde de prolos personnifié ici par un Kevin Costner étonnamment crédible en beau frère offrant un job de charpentier à Bobby.

Les valeurs du travail vrai et bien fait du charpentier Kostner, Bobby les fera siennes. Car voilà le message stabilo du réalisateur, qui vaut ce qu'il vaut : gloire aux bonnes petites entreprises de la bonne vieille économie. Mort aux méchants spéculateurs boursiers qui font rien qu'à s'enrichir sur le dos des salariés. Le propos est heureusement un peu plus nuancé. A la fin, Bobby va lâcher son marteau pour retrouver un boulot de cadre dans la nouvelle entreprise de son ex-boss Gene, qu'il crée grâce à ses stocks options. Sauf que, après le mot The end, on ne sait pas si cette dernière ne va pas elle aussi grossir et s'encombrer de nouveaux actionnaires qui voudront, une fois encore se débarrasser des salariés pour faire grimper de 2 points le cours de l'action.

Avec ce premier film, John Wells, réalisateur venu de la télé (Urgences, la série pionnière du renouveau du genre), marque un retour. Celui du cinéma de crise. Le malheur fait souvent le lit des créateurs et la Grande Dépression a permis à quelques-uns des chefs d'œuvres de John Ford et de Charlie Chaplin de naître. On n'en est pas là. Les deux crises ont peut-être la même importance, The Company Men, en tout cas n'a pas le brio des Raisins de la Colère ou des Temps modernes.

Mais ce film est là pour établir le devis des dégâts. Et rien que pour ça, les cadres en poste devraient le voir, ne serait-ce que pour relativiser leur irremplaçabilité. Quant à ceux qui viennent de perdre leur job, ils peuvent économiser le ticket.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 4 avril 2011

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The Company Men

Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr

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commentaires

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Luce A.

05/04/2011

à 15:07

Bonjour! Femme, en recherche d'emploi, "ex" statut cadre mais ne venant certainement pas des hautes sphères de la finance, j'ai été voir ce film, un jour d'entretien!
Loin de vous déprimer, il est quelque peu rassurant: non pas de façon complaisante (à l'Américaine) sur le fait que le chômage et ses conséquences sont une évidence dans une société post-crise et que l'on se sent ainsi moins seul.
Il est rassurant de voir que le besoin presque primaire de RESPECT nous rappelle à la part d'humain en chacun de nous. Quelques heures plus tard, en face d'un recruteur, vous sentez une petite force supplémentaire en vous, un peu plus de combativité, un peu plus d'"égalité".
Je n'aime pas le terme pourtant tant utilisé de "Demandeur" d'emploi car la société pleine de préjugés dans laquelle nous évoluons en fait un terme bien trop réducteur et péjoratif. Au point où nous en sommes, jouons sur les mots et rétablissons le respect là où il peut l'être. Nous sommes EN RECHERCHE d'emploi. Ainsi, la distinction s'efface aussi entre le "chercheur d'emploi" encore/déjà en poste et celui qui ne l'est malheureusement plus. Nous aspirons tous simplement à un futur meilleur, avec une immédiateté plus ou moins urgente et importante.

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Sa

05/04/2011

à 10:19

C'est un résumé interessant qui met en relief l'impact des crises financières sur les cadres et l'emploi. Ceci étant, il ne faut pas oublier qu'une crise financière est la conséquence d'une relation de causes à effets et dont les causes de ces crises sont plûtot dûes à la crise sociale. Les crises financières ne representent que le sommet de l'iceberg....

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forest

05/04/2011

à 10:19

La chute est aussi difficile en tant que Cadres ou non Cadres et ceux qui sont en poste sont encore trop souvent indifférents et sans complaisances vis à vis des demandeurs d'emploi.
C'est comme tous les sujets du quotidien : tant qu'on ne l'a pas vécu, l'évènement est toujours diminué (ex : licenciement, maladie, harcèlement, cambriolage, etc).
Ce film ne traite que de 3 hommes, juste pour souligner une petite difficulté supplémentaire : celle d'être une femme demandeur d'emploi :-) Bon courage à tous les demandeurs d'emploi comme moi. J'irai voir ce film.

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claudin

05/04/2011

à 08:18

hello!
je n'ai pas vu le film, juste la bande annonce. Je suis sans emploi, mais je crois que je vais aller voir le film, pour continuer de me rassurer que je ne suis pas tout seul et que je vais m'en sortir! et meme si le cliché américain " I will win" est surfait, il fait rever, et donc porte l'espoir d'une humanité qui a confiance en elle, malgré l'adversité

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