Jeunes diplômés 2008 : une promotion sacrifiée ?

Sylvia Di Pasquale

C'était un jour, c'était il y a un an, c'était il y a une éternité. C'était avant la crise. Les jeunes diplômés n'avaient que l'embarras du choix. Les X rêvaient de costumes Paul Smith et de bonus à Wall Street ou à la City. Quant aux élèves d'écoles de commerce, ils ne juraient que par les cabinets de conseil ou les temples de la finance. Et puis le 16 septembre est arrivé.

Un krach au pire moment, celui où les diplômés de frais sont en lice pour un premier vrai job, après des stages plus ou moins passionnants. Evidemment, il est beaucoup trop tôt pour établir un bilan officiel des dégâts après le tsunami financier. Aucun chiffre ne permet de mesurer l'impact de la crise sur le premier emploi de la promotion 2008 des jeunes diplômés. Car les ruines sont encore fumantes et les secouristes sont encore trop affairés à en retirer les cadavres pour s'occuper des blessés légers : ces futurs cadres à la recherche d'un job.

Pourtant, quelques signes épars, quelques confidences recueillies ici et là et quelques statistiques tombées de frais permettent d'effectuer un pré-diagnostic pas vraiment folichon. Il suffisait de se promener récemment sur les forums d'échanges et les salons dédiés à l'emploi et de dresser l'oreille.

Les jeunes diplômés rencontrés sont dans l'attente. D'une réponse, favorable ou pas, au sujet d'un CDI d'après stages pour certains. De nouvelles de leur candidature après un entretien pour d'autres. Et pour d'autres encore, d'un simple signe de vie de l'entreprise ou du cabinet où ils ont postulé. La ritournelle de la rentrée ? « On vous rappellera ».

Plus en amont, bien avant le plongeon dans la fosse aux requins de la candidature, ceux qui sont encore sur les bancs de l'école ne sont pas beaucoup plus optimistes. Sauf qu'ils ont le temps de corriger le tir. Ce pourrait être le cas des élèves du master « Probabilités et finance » codirigé par Nicole El Karoui. De son cours sont sortis des dizaines de « quants ».

Ces surdoués de la mathématique financière ont façonné les modèles économiques complexes qui se sont effondrés il y a trois semaines. Pour certains, ils ont même contribué au chaos financier mondial. Ces futurs quants formés sur les bancs de l'université Pierre-et-Marie-Curie et de l'Ecole polytechnique sont donc en train de revoir leur feuille de route et de s'en aller voir ailleurs que dans la finance. Dans la R&D par exemple.

Ce dont se réjouit ce recruteur européen de Honda, le deuxième constructeur japonais, en pleine forme financière. Pour le moment. « On va enfin récupérer des ingénieurs polytechniciens. Des diplômés qui jusqu'à présent nous snobaient « complètement ». Question de salaires, évidemment, puisque entre un chercheur d'un constructeur auto, en aussi bonne forme soit-il, et un « quant » roi des salles de marché, le différentiel financier peut atteindre un coefficient de dix.

Cette bifurcation vers le raisonnable est également sensible chez les jeunes cadres issus d'écoles de commerce et d'ingénieurs déjà en poste. Interrogés par le cabinet d'études Universum qui leur a demandé en ce septembre noir quel était leur employeur préféré, ils ont fait quelques réponses à faire se retourner dans leur tombe les fondateurs d'un ultra-libéralisme débridé. KPMG et Ernst & Young, pourtant plébiscités il y peu de temps encore arrivent respectivement en 50ᵉ et 46ᵉ position. Alors que cette bonne vieille Poste est en 25ᵉ position et que la SNCF est 7ᵉ. Des établissements publics, donc, qui font mieux que des boites privées. Si ça se trouve, les anciens élèves de grandes écoles ont tout simplement anticipé le mouvement de prises de participation de l'Etat dans d'autres entreprises en difficulté....

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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