La distribution en révolution

Sylvia Di Pasquale

C'est une bonne vieille tradition. Entre la galette des rois et les soldes, les distributeurs font leur inventaire. Dans tous les commerces, on compte les boulons, les fers à friser, les barils de lessive ou les clous de girofle. L'occasion de dénombrer, de vérifier, de camembériser les ventes et de faire le point sur la distribution telle qu'elle va, ou pas. Surtout qu'après la frénésie de Noël, le moment est plutôt bien choisi pour prendre le pouls de la consommation. Comment est-il ce cru 2007 de la razzia de cadeaux ?

Pas si gouleyant que ça, au dire de la distribution traditionnelle. Les hypers et les grandes surfaces spécialisées n'ont pulvérisé aucun record et peinent à enrayer une baisse des ventes. En revanche, du côté du cyber commerce et du luxe, c'est la fête aux pépètes. Selon le cabinet d'études ComScore, grand scrutateur d'audiences sur le Net, les sites de shopping ont augmenté leur chiffre d'affaires de 45% dès le début du mois de décembre.

Une frénésie qui touche aussi les enseignes qui s'adressent aux riches ou à ceux qui s'estiment l'être assez pour les fréquenter. Les boutiques des grandes marques ont turbiné comme jamais et les grands magasins parisiens, qui affichent eux aussi quelques griffes fameuses, ne s'étonnent plus de voir passer par leurs caisses des additions à 80 000 euros nous apprennent Lesechos.fr. Voilà donc d'un côté des clients frénétiquement dépensiers, et de l'autre, des consommateurs de plus en plus sourcilleux qui vont acheter sur le net par commodité, bien sûr, mais surtout parce que le Web leur permet de comparer et d'acheter au meilleur prix.

Entre ces deux extrêmes, la bonne vieille distribution classique a quelques soucis à se faire. Oh, pas tout de suite, pas demain matin non plus. Le sport très hexagonal qui consiste à pousser chaque semaine son chariot entre des gondoles est bien ancré. Mais si les clients ont aujourd'hui franchi le Rubicon de l'Internet pour s'offrir des produits technologiquement avancés, pourquoi ne le feraient-ils pas demain pour une boîte de petits pois ?

D'où les questions existentielles toujours plus nombreuses que se posent les groupes de distribution. D'où les réponses que peuvent et que doivent leur apporter leurs recrues de demain. Certes, les hypers auront encore et toujours besoin de chefs de rayons ou de départements. Mais plus que tout, leur besoin vital sera ailleurs. Dans les nouvelles voies où ces enseignes devront s'engager. Grâce à des professionnels capables de les y mener.

Du coup, ce secteur, que fuyaient il y a quelques temps encore nombre de jeunes diplômés effrayés par des boulots d'épiciers à 70 heures par semaine, est en train de subir de fortes mutations. Non par choix, mais par obligation. « Hypers cherchent cadres révolutionnaires ». Caricature d'offre d'emploi des années à venir ? Pas si outrancière que ça, vu les grandes manœuvres déjà engagées par certaines enseignes. Question de survie.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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