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La fabuleuse légende des emplois vacants

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Sylvia Di Pasquale

18/05/2009

L'air est connu. Son refrain est bourré de rancœur et ses couplets sont aussi vieux que le travail. Selon cette rengaine, donc, nombre de chômeurs feraient les fines bouches, puisque nombre de jobs ne trouveraient pas preneurs, même en ces temps de crise. Entre 300 000 et 600 000 selon les organisateurs. C'est forcément vrai, puisque le gouvernement a crée l'offre raisonnable d'emploi qu'un chômeur ne saurait refuser.

Tout ça pour contrecarrer cette pénurie et, bien entendu  pour empêcher les chômeurs de verser dans leur habituel et naturel penchant : la fainéantise. Une idée aussi risible que répandue qui a poussé deux chercheurs du CEE (Centre d'études pour l'emploi) à se pencher sur ces fameux jobs dont personne ne voudrait. Et ils n'ont pas tardé à démonter la légende.

La démonstration de Yannick Fondeur et de Jean-Louis Zanda tient en quelques arguments frappés de rigueur scientifique mais aussi au coin du bon sens. D'abord, sur 13 millions de contrats de travail signés chaque année, il est assez logique qu'en moyenne 400 000 offres soient disponibles en même temps et ne trouvent pas preneurs instantanément. Tout simplement.

Ensuite, les deux économistes expliquent que nombre de recrutements supposés restent totalement virtuels. Et de citer l'exemple d'un appel d'offres auquel plusieurs entreprises répondent.  Pour arracher le marché, elles prévoient chacune un certain nombre d'embauches, mais au final, une seule recrutera réellement en attrapant la queue du Mickey. Les besoins des perdants seront néanmoins comptés comme besoins réels. Un emploi peut donc compter triple (voire plus), c'est béta. L'enquête pointe également le manque de recherches approfondies de certains recruteurs. Ils évoquent leur désir d'embaucher auprès de deux ou trois personnes et si leur quête reste sans réponse à ce stade, ils répètent à qui veut l'entendre qu'il est difficile de trouver du personnel.

Enfin, les chercheurs du CEE se sont penchés sur les fameux secteurs pénuriques et notamment les plus célèbres d'entre eux : l'hôtellerie-restauration et le BTP. Et de s'apercevoir que les problèmes de recrutement du bâtiment ont été résolus et, ce, pour une raison toute simple : sans main d'œuvre, les entreprises auraient périclité. Du coup, les conditions de travail ont été améliorées, les avantages sociaux augmentés, les salaires gonflés, et les candidats ont afflué. CQFD. Quant à la restauration, elle propose toujours des horaires pas possibles, pour des rémunérations pas possibles non plus. Peut-être parce que son souci d'emplois non pourvus n'est pas si critique qu'on le dit.

Illustrations : Charles Monnier © Cadremploi.fr

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commentaires

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Tourist

16/07/2009

à 09:13

Perspicace et à priori fondé. Ca résume assez bien ce don je doutais depuis un moment, sans avoir les moyens de le vérifier. C'est donc étude intéressante qui trouverait bien sa place dans les textes au sujet de "l'offre d'emploi acceptable".

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Manuel Drigoz

09/07/2009

à 08:39

Mademoiselle-Madame Di Pasquale, à lire vos articles toujours très intéressants et pro-travailleurs, correspondant quasiment exactement à ce que je pense ou/et sais d'expérience, j'ai envie de demander...êtes vous d'extrême gauche et n'est ce pas parfois difficile de travailler sur ce site où l'on regrette par ailleurs (et finalement n'est ce pas la grandeur par la diversité ?) de ne pouvoir agonir en public ses employés ayant mal fait un travail que l'on aurait bien été incapable de faire étant omnubilé par la couleur de sa cravate (article mea culpa). Merci en tous cas pour votre participation à la construction de la vérité

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