1. Accueil >
  2. Actualités >
  3. L'édito de Sylvia Di Pasquale >
  4. La face cachée d'un comité fantôme

La face cachée d'un comité fantôme

la-face-cachee-dun-comite-fantome

Sylvia Di Pasquale

08/02/2016

On n’est pas là pour donner des conseils à Sébastien Bazin. Car le PDG du groupe AccorHotels est certainement, et largement, plus compétent que nous pour gérer son entreprise. En revanche, il vient de prendre une décision qui nous pose question. Et pour tout dire, nous turlupine. La semaine passée, au cours du 01 Business Forum – un grand raout organisé par BFM Business où un paquet de big boss sont venus parler de "renaissance numérique" –, il a annoncé la création d’un « shadow comex »

What’s that ? Il s’agit d’un « comité fantôme » uniquement composé de jeunes de 25 à 35 ans, de sept nationalités différentes, mais surtout de filles et de garçons à parité. Une bonne idée de mettre en avant les jeunes et de lutter contre les discriminations sexuelles ou ethniques. Sauf que ces heureux élus, cooptés par les anciens du comité exécutif, doivent rester cachés. « Plus aucune décision du groupe AccorHotels, ne sera prise dans les années qui viennent, sans que l’on n’ait préalablement écouté ces 12 garçons et filles qui vont répondre sur les mêmes préoccupations que mon Comité exécutif », assure le PDG.

On les attend sur les mutations numériques qui, bien entendu, dépassent les membres du comex puisqu’ils ont tous plus de cinquante ans.

Ben voyons.

C’est bien là le double problème de cette jolie opération qui consiste à planquer les jeunes, et à s’imaginer que les vieux sont incapables de se révolutionner eux-mêmes. Ainsi donc les quinquas du comex n’ont pas de smartphones ? Ne sauraient réserver un billet d’avion, ou une chambre d’hôtel sur le Net ? Quant aux jeunes, qui vont faire basculer le business sur le Web, ils ne seraient pas suffisamment présentables, ou aguerris, pour figurer dans un vrai comité ? 

En fait, cette annonce est peut être le signe ultime des difficultés de cet « accompagnement au changement » dont la littérature RH nous abreuve depuis quelques temps. Car la réticence des seniors envers le basculement numérique ne vient pas de leur méconnaissance du virtuel qu’ils utilisent tout un chacun au quotidien.

Que nenni.

Leur prudence vient des emmerdements qu’ils pressentent dans la transformation, et qui sont on ne peut plus réels. On leur a déjà fait le coup, dans la première révolution informatique, qui les a privés d’assistant(e)s, qui leur a imposé un do it yourself dont ils font aujourd'hui encore (et leur entreprise aussi) les frais. Ils en ont soupé des changements de logiciels farceurs, des blocages, des bugs, de la SSII qui ne répond plus, de la maintenance débordée. Ils ont l’expérience, et pire, de la mémoire. Ce n’est pas un front générationnel qu’ils opposent au basculement, c’est le front de la mauvaise expérience, nuance.

Et ce n’est pas un cabinet fantôme composé de jeunes qui, quant à eux, les heureux, n’ont pas eu encore à subir ces dysfonctionnements et ces surcharges de travail, qui risque de convaincre les ainés.

Garantir une transition sans heurts, avec des outils opérationnels, sans charger encore plus une barque au bord de chavirer sur la grève des horaires. C’est beaucoup plus difficile à mettre en place qu’un shadow comex.

Syl_DiPasquale © Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

9

commentaires

Participez à la discussion

Réagir à cet article

Piacenza

14/02/2016

à 11:51

Je suis en total accord avec ce qui est dir concernant cette génération de cadres seniors sacrifiés quant au développement très rapide de la micro informatique dans les années 80 90 . Livré à moi même en face de nouveaux logiciels "maison" j'ai du tatonner et m'accrocher pour rester au niveau pour rester 'up to date', mais que ce fut difficile face à une DRH qui n'en avait cure (heureusement que j 'avais un collégue bienveillant de la maintenance informatique ).Ce que les salariés attendent de leurs dirigeants c'est que ceux ci soient à l'écoute de leurs espérances de leurs besoins en formation et de mise à niveau et qu'ils jouent leur rôle de vigie à l'affût de tout changement se profilant à l'horizon.Mais cela est un voeu pieux bien souvent une de leurs priorités est de satisfaire l'actionnaire.....

> Répondre

Bago 40

10/02/2016

à 17:17

C'est étonnant d'être confronté à certains (trop de) managers français après avoir vécu trente ans avec des managers allemands ou anglais. D'une part, l'attitude des anglo-saxons est généralement plus humble et disponible vis à vis des outils de communication actuels, d'autre part, ils ont évolué avec depuis plus de 25 ans. C'est dommage, on a l'impression en rentrant en France, de changer d'age.. Il semble que le déficit se mesure en terme d'investissement en formation.

> Répondre

En réponse à Bago 40

smeli

13/02/2016

à 18:08

non, plutôt de mentalité... Qui? Moi? Me remettre en question? jamais!!!!

> Répondre

HCP

09/02/2016

à 20:37

C'est vrai que ce n'est pas parfait, mais, ça doit être tenté.
Non, il n'est pas raisonnable de positionner des personnes, aussi brillantes soient-elles, au Comex, cela nécessite du recul, de l'expérience, d'avoir pris des portes.
M. Bazin l'aurait appelé Comité Consultatif en Numérique que ce serait peut-être mieux passé, il n’empêche qu'il lui a donné un pouvoir de veto. Aussi, le terme de Shadow Comex n'est pas usurpé.
L'interrogation que je continue de me poser est sur le processus de nomination. Les membres du Comex désigne eux mêmes leurs candidats. La garantie de liberté de parole, d'opinion, d'indépendance me semble moins nette.

> Répondre

Forza Claire

09/02/2016

à 19:44

J'adore les articles de Sylvia parce qu'ils bousculent les idées reçues (et accessoirement sont bien écrits, et même me font rigoler sur des sujets tout ce qu'il y a de sérieux). Etant une très vieille travaillant dans une très grande entreprise, contrairement à Kristof (mais l'appétence pour les NTIC n'est-elle pas plutôt une question de culture que de taille d'entreprise ?), je ne peux qu'être du même avis que Sylvia. J'ajouterais que de leur côté, les jeunes doivent faire gaffe à ne pas se laisser cantonner dans des fonctions de "digital natives" : genre tu seras toute ta vie la petite main de la Dircom qui ne sait pas créer une invitation sous InDesign, et tu apprendras à fermer ta boîte dès qu'il sera question de sujets sérieux :-)))

> Répondre

HCP

09/02/2016

à 18:26

C'est vrai que ce n'est pas parfait, mais, ça doit être tenté.
Non, il n'est pas raisonnable de positionner des personnes, aussi brillantes soient-elles, au Comex, cela nécessite du recul, de l'expérience, d'avoir pris des portes.
M. Bazin l'aurait appelé Comité Consultatif en Numérique que ce serait peut-être mieux passé, il n’empêche qu'il lui a donné un pouvoir de veto. Aussi, le terme de Shadow Comex n'est pas usurpé.
L'interrogation que je continue de me poser est sur le processus de nomination. Les membres du Comex désigne eux mêmes leurs candidats. La garantie de liberté de parole, d'opinion, d'indépendance me semble moins nette.

> Répondre

PhilB59

09/02/2016

à 16:27

Si des cadres de haut niveau n'ont pas pleins d'applis sur leur smartphone, ce n'est pas bien grave. Ce n'est pas non plus ce qu'on leur demande...
Ce qu'on leur demande, c'est d'avoir assez de pouvoir d'abstraction pour savoir ou imaginer à QUOI tous ces trucs numériques pourraient servir, à QUI ça pourrait rendre des services, COMBIEN ça va coûter, COMBIEN ça va rapporter, et COMMENT les mettre en place sans f***re tout le reste par terre.

> Répondre

Kristof

09/02/2016

à 07:20

Je travaille dans une PME de 200 salariés, dans le service RH. Le DRH qui a 48 ans, est incapable de réserver lui-même ses billets de trains, d'avions ou autres. Il ne se sert de son ordi ou smartphone que pour envoyer des mails. Oui, il y a des cadres dits de haut niveau qui n'ont aucunes connaissances dans les nouvelles technologies, à part quelques appli sur leur smartphone de fonciton.

> Répondre

En réponse à Kristof

Carole

11/02/2016

à 11:17

Je ne sais pas s'ils ne savent pas se servir des outils ou s'ils ne veulent pas s'en servir, question de rang.
Je me souviens d'un DAF il y a très longtemps qui venait à mon bureau pour me demander de faire une photocopie. Mais j'ai déjà eu l'occasion de le voir faire une copie de son avis d'imposition. Comme quoi il savait le faire, mais ne voulait pas s'abaisser à ce genre de tâche.

> Répondre

+
Confidentialité de vos données
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires permettant l’utilisation de données relatives à un même utilisateur par notre société ainsi que par des tiers comme les régies publicitaires partenaires, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services en lien avec votre recherche d’emploi, une offre publicitaire adaptée à vos centres d'intérêts et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus
J'accepte