La journée des femmes joue les prolongations

Sylvia Di Pasquale

La journée des femmes joue les prolongations

D’habitude, la journée internationale des  droits des femmes remplit la même fonction que le carnaval au Moyen Âge. C’est une petite bulle, une bouffée d’air, une fois l’an. À l’époque féodale, les serfs pouvaient, durant ce petit bout de temps, râler contre leur condition. De nos jours, tout au long du 8 mars, les femmes peuvent s’insurger contre leur situation, contre leur salaire inférieur à celui des hommes, le sexisme ordinaire au boulot ou le harcèlement de rue. Et puis, le soleil de ce 8 mars couché, chacune s’en retourne à ses occupations.

Curieusement, cette année, cette journée semble se prolonger.

Elle a même commencé à l’avance, dès le 3 mars, par la proclamation du  "macho de l’année", ce trophée de l’élégance remis par l’association féministe Les chiennes de garde. Et le héros 2016 de ces Oscars du ringard s’appelle Jean-François Mayet.  Pour ce sénateur Les Républicains, si désertification médicale il y a, c’est parce que cette profession s’est trop féminisée et que toutes ces femmes médecins, « sont quand même là pour faire des enfants ». 

Le deuxième de ce podium de la honte est un militant EELV – comme quoi, le machisme ne connaît pas de clivage droite-gauche. Cet homme a commenté, tout en finesse, la nomination de Barbara Pompili au secrétariat d’État chargée de la biodiversité. « Une place de ministre pour une pipe ? », a-t-il tweeté. D’une extrême finesse, on vous avait prévenu. Les organisations syndicales, ou patronales, devraient elles aussi établir un palmarès annuel de la grossièreté machiste, histoire de prouver que le sexisme n’est pas l’apanage des hommes politiques.

Durant cette longue semaine pour rappeler les droits des femmes, hormis le point d’orgue du 8 mars, et de ses manifestations devenues classiques, c’est une autre manifestation, dès le lendemain qui devrait là aussi placer les femmes au centre des turbulences. C’est celle du 9 mars, journée nationale de grève contre l’avant-projet de loi travail. Et ce sont bien deux dames qui risquent de confronter leur vision ce jour-là. D’un côté Myriam El Khomri, ministre du Travail, chargée de défendre le texte. Et de l’autre Caroline De Haas, féministe, militante politique plutôt très à gauche et, surtout, instigatrice de la pétition contre ce projet de loi qui a déjà engrangé plus d’un million de signatures.

Des femmes qui agissent et dont on parle, en bien ou en mal. Des femmes dans l’actualité qui déplacent enfin le débat et le sortent de la journée mausolée qui lui est consacré. Nous vous en sommes gré.

 

@Syl_DiPasquale © Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

Voir aussi :

Notre point route sur la parité au travail

 

 

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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