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La journée des femmes joue les prolongations

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Sylvia Di Pasquale

07/03/2016

D’habitude, la journée internationale des  droits des femmes remplit la même fonction que le carnaval au Moyen Âge. C’est une petite bulle, une bouffée d’air, une fois l’an. À l’époque féodale, les serfs pouvaient, durant ce petit bout de temps, râler contre leur condition. De nos jours, tout au long du 8 mars, les femmes peuvent s’insurger contre leur situation, contre leur salaire inférieur à celui des hommes, le sexisme ordinaire au boulot ou le harcèlement de rue. Et puis, le soleil de ce 8 mars couché, chacune s’en retourne à ses occupations.

Curieusement, cette année, cette journée semble se prolonger.

Elle a même commencé à l’avance, dès le 3 mars, par la proclamation du  "macho de l’année", ce trophée de l’élégance remis par l’association féministe Les chiennes de garde. Et le héros 2016 de ces Oscars du ringard s’appelle Jean-François Mayet.  Pour ce sénateur Les Républicains, si désertification médicale il y a, c’est parce que cette profession s’est trop féminisée et que toutes ces femmes médecins, « sont quand même là pour faire des enfants ». 

Le deuxième de ce podium de la honte est un militant EELV – comme quoi, le machisme ne connaît pas de clivage droite-gauche. Cet homme a commenté, tout en finesse, la nomination de Barbara Pompili au secrétariat d’État chargée de la biodiversité. « Une place de ministre pour une pipe ? », a-t-il tweeté. D’une extrême finesse, on vous avait prévenu. Les organisations syndicales, ou patronales, devraient elles aussi établir un palmarès annuel de la grossièreté machiste, histoire de prouver que le sexisme n’est pas l’apanage des hommes politiques.

Durant cette longue semaine pour rappeler les droits des femmes, hormis le point d’orgue du 8 mars, et de ses manifestations devenues classiques, c’est une autre manifestation, dès le lendemain qui devrait là aussi placer les femmes au centre des turbulences. C’est celle du 9 mars, journée nationale de grève contre l’avant-projet de loi travail. Et ce sont bien deux dames qui risquent de confronter leur vision ce jour-là. D’un côté Myriam El Khomri, ministre du Travail, chargée de défendre le texte. Et de l’autre Caroline De Haas, féministe, militante politique plutôt très à gauche et, surtout, instigatrice de la pétition contre ce projet de loi qui a déjà engrangé plus d’un million de signatures.

Des femmes qui agissent et dont on parle, en bien ou en mal. Des femmes dans l’actualité qui déplacent enfin le débat et le sortent de la journée mausolée qui lui est consacré. Nous vous en sommes gré.

 

@Syl_DiPasquale © Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

Voir aussi :

Notre point route sur la parité au travail

 

 

5

commentaires

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Alain53

24/01/2017

à 23:19

Je sais que tout le monde s'en fout, mais s'il vous plaît : savoir gré.

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Dom

09/03/2016

à 16:09

Pour moi les meilleures ennemies des femmes sont bien souvent... des femmes ! Ainsi dans les entreprises, sauf erreur grossière de ma part, la grande majorité des responsables des ressources humaines sont des femmes. Or ce sont elles qui acceptent sans jamais protester que soit pérennisé un système sidérant où il va de soi qu'à job égal une femme sera payée nettement moins qu'un homme... Si toutes les DRH se levaient un beau jour pour dire "ça suffit !", peut-être que ce dossier bougerait enfin, mais pour le moment, on se demande quels sont les critères de recrutement des DRH en France : S'appeler Anne-Sophie, être conventionnelle, docile, formatée ? Etre d'accord pour continuer à être bien payée pour exercer son job en échange de son silence ?

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LeChat

09/03/2016

à 19:26

@ Dom
L'égalité n'est pas une affaire de sexe. Devant une malversation, un manque d'éthique, une absence de conscience, les humains sont égaux. Hésitant entre le "suis-je en train de cracher dans la soupe" ou le "me prends-je pour un lanceur d'alerte", l'humain mâle ou féminin se résout souvent au silence de convenance.
Les dispositifs légaux, notamment les bilans sociaux, ne sont là que pour inciter à plus de clarté. C'est à l'humain, si petit cadre soit-il ou si grand leader soit-il, de réagir et par les moyens qui sont à sa disposition de tendre vers une situation plus juste et plus représentative des qualités de chacun.

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Louis Angélique

30/03/2016

à 12:29

J'aime beaucoup votre réaction et analyse, 100 % d'accord avec vous, rien à ajouter.

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Dom

09/03/2016

à 11:05

Pour moi les meilleures ennemies des femmes sont bien souvent... des femmes ! Ainsi dans les entreprises, sauf erreur grossière de ma part, la grande majorité des responsables des ressources humaines sont des femmes. Or ce sont elles qui acceptent sans jamais protester que soit pérennisé un système sidérant où il va de soi qu'à job égal une femme sera payée nettement moins qu'un homme... Si toutes les DRH se levaient un beau jour pour dire "ça suffit !", peut-être que ce dossier bougerait enfin, mais pour le moment, on se demande quels sont les critères de recrutement des DRH en France : S'appeler Anne-Sophie, être conventionnelle, docile, formatée ? Etre d'accord pour continuer à être bien payée pour exercer son job en échange de son silence ?

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