La Position du Démissionnaire #12 : ils font un job de rêve mais en enfer

Publié le 24 novembre 2019 Sylvia Di Pasquale

[Chronique] Que se passe-t-il avant, pendant, après la démission ? Toujours à l’affût de vos expériences, je partage dans cette chronique ce que vous me racontez sur ce sujet hautement tendance. Cette semaine, Florian et Ambre adorent leur job. Mais au fil du temps, l'entreprise où ils l'exercent est devenue un enfer. L'un décide de rester. L'autre de partir.
La Position du Démissionnaire #12 : ils font un job de rêve mais en enfer

Je ne sais pas vous, mais moi je rencontre de plus en plus de gens pour qui tout va mais rien ne va. Des filles et des garçons qui ont accédé, parfois rapidement, parfois au bout d’une longue galère, au job dont ils rêvaient. Sauf qu’ils l’exercent dans des boîtes qu'ils n'aiment pas (ou plus) et le pratiquent avec un gros hic.

C’est le cas de Florian. Avec son diplôme d’école de commerce dans les jambes et un doctorat de philosophie sous le bras, il a été propulsé responsable de la marque employeur d’une bonne grosse entreprise. Recruté pour tenter de donner à des candidats intéressés, l’envie de venir travailler dans cette boîte où il fait bon vivre. Plus qu’un job, c’était son objectif depuis des lustres. Sauf que lui-même a déchanté : 

Je n'y crois pas moi-même. La boîte n’est absolument pas comme je la présente en externe. J’ai l’impression de me trahir chaque jour, de tromper les gens. C’est douloureux tous les matins.

 

Alors Florian, en philosophe qu’il est, s’interroge. Rester la caution « bienveillance » de sa multinationale, ou s’envoler ? Mais vers quoi ? Il ne sait pas. Il n'a pas digéré sa déception. Alors pour le moment il reste, au chaud, insatisfait, tentant d’oublier sa déprime dans la rédaction d’un ouvrage de philo.

 

Ambre, elle, est responsable marketing dans un grand groupe international. Mais elle travaille dans une filiale. Elle est jeune, elle a de sacrées responsabilités, et c’est ce qu’elle souhaitait : de l’autonomie dans son travail pour faire aboutir les projets qu’elle a cogité avec sa petite équipe. Sauf que le poids du grand groupe l’a rattrapé.

 

L’autonomie, c’est sur le papier, au moment du recrutement. Après, c’est terminé. Le moindre e-mailing nécessite 6 validations. Un projet un poil innovant, c’est trois ans.

 

Mais contrairement à Florian, Ambre a décidé de quitter sa filiale sans autonomie. Elle rejoint une startup où tout va plus vite, mais où la réussite reste hypothétique.

 

Florian lui, s’apprête à publier un ouvrage sur le nouveau sens du travail, appelant Kierkegaard et ses compères à la rescousse. Le Danois lui a fait oublier sa déprime. Il a fait l’impasse sur Sartre et son « L'enfer, c’est les autres ». Car la philo, c’est connu, doit permettre de s’extraire de soi, de son propre cas.

 

Tous deux, chacun, à sa façon, se débrouillent avec leur situation. Partir ou rester, il faut s’arranger. Quand tout va mais que rien ne va, on essaie de trouver la juste voie.

 Dessin de Charles Monnier

 

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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